SCENE III
LIGUEIL. — Enfin, docteur, vous voici ! Le chirurgien ne vous a pas accompagné ?
LE DOCTEUR. — Il arrivera tout à l'heure. Il a tenu à faire immédiatement 1 amputation d'une jambe, dont on est venu lui parler au moment où je passais le prendre... Ah! il a aussi une fluxion... {Faisant une indication sur sa joue.) comme ça! Voilà six mois qu'il recule à se faire arracher un petit bout de racine. Il est sensible comme une jeun© miss. {A Nohan.) Eh bien! comment allons-nous, ce matin ?
NOHAN. — Je vous attendais pour le savoir.
LE DOCTEUR, lui tâtant le pouls. — Vous avez moins de fièvre. {Regardant autour de lui.) On donc est notre jeune interne ?
LIGUEIL. — Il a, paraît-il, découvert .une canne à pêche. Et, comme c'est un I garçon qui ne peut pas rester un instant
LIGUEIL, LE DOCTEUR, ^is L'ORDONNANCE.
LIGUEIL, avec empressement. - — Et maintenant, docteur, de vous à moi, comment vous paraît-il, ce matin? Puisqu'il n'est point mort dans les deux jours, contrairement à vos premières prévisions, croyez-vous alors qu" une guérison devienne possible ?
LE DOCTEUR. — C'est toujours bon signe de n'être pas mort.
LIGUEIL. — Après que le chirurgien a eu fait la ligature de la carotide, il m'a déclaré que cette opération réussissait une fois sur dix, et que, justement, il en avait manqué neuf.
LE DOCTEUR. — C'était une façon de vous donner bon courage.
LIGUEIL. — Enfin, quand saurez-vous si vous pouvez sauver Nohan?
LE DOCTEUR. — Peut-être tout de suite.
Les Paroles restent
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LE DOCTEUR. — Il marche tolt de même avec plus de fermeté.
Si je constate que la circulation n'est plus rétive, qu'elle se décide à se rétablir avec une régularité suffisante... Au surplus, je vous répète que, au premier aspect, mon impression d'aujourd'hui est devenue moins mauvaise.
LiGUEiL. — C'est que, pour l'instant, il est animé, voyez-vous, d'une telle volonté de vivre !...
LE DOCTEUR. — Ah ! dame ! quand un malade ne veut pas mourir... la science perd ses droits !
l'ordonnance, sortatjt de la maison. ■ — • M. le mai-quis est prêt.
{L'ordonnance vient enlever la table.)
LIGUEIL, au docteur. — Avant de le rejoindre, permettez-moi de vous faire une recommandation qui va vous sembler singulière... Si l'inspection à laquelle vous allez procéder pouvait confirmer l'espoir que vos paroles laissent renaître en moi, je vous adjure de n'en rien dire devant le blessé, de n'en rien faire paraître.
LE DOCTEUR. — ■ Soit ! Mais pourquoi?
LIGUEIL. — Cela lui ferait probablement beaucoup de mal.
LE DOCTEUR. — Par excès de joie ?
LIGUEIL. — Non, au contraire..
LE DOCTEUR. ■ — Comment ? Un homme — et c'est d'ailleurs bien son droit ! — qui a si peur de la mort ?
LIGUEIL. — Il n'en a pas peur. Il redoute seulement de mourir avant d'avoir mené à bien... une affaire... qui exige quelques jours de répit.
LE DOCTEUR. • — Eh bien ! s'il ne meurt pas du tout, il mourra encore moins d'ici à quelques jours.
LIGUEIL. — Oui, mais, étant données la nature de sa combinaison et l'âme avec laquelle il l'envisage, je devine, je sens, JQ sais que Nohan tient à mourir... ensuite.. tout de suite après l'acte projeté, si c'est possible... pour la validité de cet acte. El il y tient, j'en suis sûr, avec une ardeur qui doit tuer, si la ténacité dont vous lef voyez s'accrocher momentanément à l'existence est capable aussi de prolonger celle-ci.
LE DOCTEUR. — C'est convenu !
LIGUEIL. — Par conséquent, s'il y avait lieu de prévenir le malade qu'il doit s'apprêter... à vivre, je me chargerais de la communication, et d'en choisir le moment favorable. (Us entrent dans la maison.) ,
Les Paroles restent
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RÉGINE. — Allez empêcher qu'ox Ln fasse encore du Mil..