SCENE XIII
REGINE et NOHAN, cachés aux an vants par la charmille ; MADAMj DE SABECOURT, MADAME D MAUDRE entrent par la droite HERMANN, SAINT-CHEF, ces dev derniers en tenue de chevcd, surviei nent par la gauche.
SAINT-CHEF. — Ah! ensemble! E encore, nous vous avons attendue
RÉGINE. — Ah! au secours!
Les Paroles restent
pendant une demi-heure au Pré-Catelan.
MADAME DE SABÉcouRT, désignant j/me ^fg Moudre. — C'est la migraine de cette amie qui nous a mises en retard.
HERMANN, à J/"'® de Maudre. — En effet, madame, vous êtes bien pâle.
MADAME DE MAUDRE, respirant un flacon de sels. ■ — Cela va se passer.
NOHAN, à part. — Cette voix...
MADAME DE MAUDRE. — Mais j'ai failli ne pas avoir le courage de sortir.
RÉGINE, après avoir regardé à travers le feuillage et bas à Nohan en se serrant contre lui. — M™^ de Maudre!... Je ne veux pas qu'elle me voie... ni tous ces gens-là! Cachez-moi... Je ne veux pas les voir.
MADAME DE SABÉCOURT. — Est-ce bien ici, d'abord? Mon petit Hermann, renseignez-vous, demandez s'il y a un registre pour s'inscrire, et rapportez-nous des nouvelles. {Hermann va vers la maison, sur le seuil de laquelle il parlemente avec Vor- (lonnance Bernard qui sortait, porteur de textes de télégrammes.)
SAINT-CHEF. — Celles que l'on avait reçues hier au club ne laissaient plus d'espoir. {Régine proteste, à part, ilans un mouvement d' expression bienheureuse.)
MADAME DE SABÉCOURT. — Quel dommage ! 11 se plaisait tant chez moi ! {A M^^ de Maudre.) Vous aussi, n'est-ce pas, vous l'aimiez bien?
MADAME DE MAUDRE, très émue. — Je tenais beaucoup à lui... Et ce serait pour moi quelque chose d'horrible s'il s'en allait sans que j'aie pu obtenir... sans qu'il m'ait laissé lui serrer la main.
l'ordonnance. — J'ai justement là une dépêche pour M"° de Sabécourt.
MADAME DE MAUDRE, vivement. — Et pour moi?
hermann. — Donnez, donnez donc !
(Revenant avec les dépèclies qii'il s'est fait prêter.) Voici les bulletins que le commandant de Ligueil envoie au télégraphe. (Lisant tout haut une des feuilles, tandis que M"^^ de Maudre tressaille à la lecture d'une autre qu'elle a saisie.)
« Secrétaire Riding-Club, avenue Gabriel, Paris. Marquis de Nohan hors de daa- '^er. »
RÉGINE, bas à Nohan. — O mon ressuscité !
hermann, un peu interloqué. — Ah !
tant mieux! vraiment, j'en suis enchanté.
madame de SABÉCOURT. — Moi aussi...
Mais nous sommes à une drôle d'époque,
où on a la rage de tout exagérer.
saint-chef. — Le fait est que c'était moins grave qu'on ne l'avait cru.
madame de maudre, ironiquement.
Ou qu'on ne l'avait prétendu. Ecoutez plutôt : ceci concerne le procureur de la République, et savourez-en la signification : « Dispense pour mariage Nohan- Vesles, inutile, publications normales pouvant être faites ultérieurement. Excuses et remerciements. Ligueil. »
nohan, à part. -^ Ah! cela, c'est impudent, c'est trop fort.! {Hermann rend les télégrammes à V ordonnance qui se retire.)
madame de maudre, fîirieuse. — Avonsnous été assez naïfs!... Moi, j'ai été bien bête!... On s'apitoie, on se tourmente, on se met martel en tête... Mais pouvait-on mieux s'y prendre pour préparer au futur couple l'auréole, l'espèce de poésie dont ils vont avoir tant besoin !
RÉGINE, voulant intervenir, et dans une lutte contre Nohan. — Laissez-moi, je vous en supplie... Laissez que je les chasse !
SAINT-CHEF, insinuant. — La veine qu'il a de s'en tirer ne lui vient pourtant pas d'une mascotte...
RÉGINE, à Nohan qui s'est levé et qu'elle s'efforce de contenir, tout en lui couvrant les oreilles de ses mains. — Non, n'écoutez pas...
MADAME DE MAUDRE, s'en allant en tête de la compagnie. ■ — Mais ne mérite-t-on pas encore mieux sa chance, quand on remplit les trois conditions du proverbe?...
HERMANN. — Battu... content...
MADAME DE MAUDRE, sc retournant vers Hermann avec le plus méchant sourire. — Et...
[A cet instant elle aperçoit Nohan gui, échappé
Les Paroles restent
à Bégine, se précipite vers U groupe, avec un cri et dans un effort dont il tombe mort.)
RÉGINE, affolée. — Ah! au secours!