SCENE VI
M'"« LE CHESNE, PRIOL^V
Priola s'incline devant M"" Savières qui s'éloigne à regret. Elle ne lui rend pas son salut. Il arrive près de M"* La Chesne qu'il salue. Silence.
MADAME LE CHESNE, avec effort.
— Que me voulez-vous ?
PRIOLA. — Ne craignez rien !
M.ADAME LE CHESNE. — Ai-je l'air d'avoir peur 1
PRIOLA. — Vous avez raison.
Vous savez bien que vous m'êtes à jamais sacrée par tout le mal que je vous ai fait.
MADAME LE CHESNE. Il suffit.
' Que me voulez-vous ?
PRIOLA. — Rien. J'étais là dans le désert de cette fête, je pensais à vous... Ne souriez pas ! J'y pense toujours.
MADAME LE CHESNE. — T)eà remords ?
PRIOLA. — Je n'ai plus que cela., quand soudain vous m'êtes apparue... J'ai revu face à face le bonheur brisé de ma vie. Je vous ai retrouvée après quatre ans d'une séparation...
MADAME LE CHESNE. — Eternelle.
PRIOLA. — ■ Ne me le rap]>elez pas.
Alore le cœur soulevé d'une angoisse dont mon trouble, ma voix, mes regards, vous crient assez la violence et la sincérité, j'ai voulu vous approcher, vous parler...
MADAME LE CHESNE. — Plus Vin mot !
PRIOLA. — Le dernier. J'ai voulu vous dire mon repentir, mon respect, mon inconsolable douleur. Je sais bien que vous me haïssez ?
Priola. — C'est fini. Je termine cet entretien qui vous est penible.
Le Marquis de Priola
MADAME LE CHESNE. — Je ne hais personne.
PEiOLA. — Vous ne me haïssez pas !
Merci poux cette paroie-là. Je n'osais plus l'espérer. En tout cas, vous êtes bien vengée, car vovis êtes heureuse, vous?
MADAME LE CHESNE. — Très heureuse.
PRIOLA. — Ah ! tant mieux ! Rien ne pouvait m'être plus doux, au fond de ma peine, que la certitude de vos joies. Oui, vous avez là le vrai bonheur, la paix, l'estime et l'admiration des honnêtes gens.
Vous méritez bien tout cela, et je ne vous méritais pas.
MADAME LE CHESNE. — Je VOUS en prie, monsieur...
PRIOLA. — C'est fini. Je termine cet entretien qui voiis est pénible.
MADAME LE CHESNE. — Certes.
PKioLA. — J'en emporte une tristesse affreuse, toute l'amertume de l'irrépa- ' rable et cette conviction, qui est un châtimient, que nous ne sentons vraiment tout ce que valaient noG paradis qu'après les avoir perdus! Et alors, il est trop tard!
MADAME LE CHESNE. — A qui la faute?
PRIOLA. — A moi, à moi seul. Aussi j'expie. Je ne suis plus le même homme.
MADAME LE CHESNE. — Ni moi la même femme.
PRIOLA. — C'est vrai. La marquise de Priola...
MADAME LE CHESNE. — La marquise de Priola est morte.
PRIOLA. — Est-ce bien sûr?
MADAME LE CHESNE. Adieu !
MADAME LE CHESNE, rejoignant if™® Savières gui la guettait et vient au-devant d'elle. — Partons ! partons ! (Elles s'éloigneîit.)