ORIENTALE
Les Palmiers aux feuilles en lattes A vaient, dans les campagnes plates, Perdu la mémoire des dattes.
En passant sous les bananiers, Les bananes, maigres âniers.
Ne pleuvaient pas dans vos paniers.
Et j'ai dit alors à mon hôte :
« O Sidi, ta sagesse est haute.
Et pour sûr ce n'est pas ta faute;
« Mais je ne vois pas les lions...
Or, j'entre en des rébellions; C'est les lions que nous voulions !
a Où donc est le désert aride?
Où donc est le soleil torride
Et le ciel bleu que rien ne ride ?
« Ow trouve-t-on ça, dis, Sidi?
Et, grave, le Sidi m'a dit :
« On trouve ça dans le Midi. »
Frère, par ta bouche vermeille.
Oui, c'est Allah qui me conseille Je vais retourner vers Marseille.
tP^
Mme GIGOU, 45 ans M. GIGOU, so ans.
JEAN, domestique.
Jne salle à manger confortable : vieux plats,
vieilles tapisseries, buffet Renaissance.
Quoique M. et M me Gigou soient seuls à
table, il y a pourtant trois couverts.
]\jme Gigou, au domestique. — Jean, îst-ce que M. Georges a prévenu qu'il le rentrerait pas déjeuner?
Jean, bégayant. — Je... je... je n'en ai Das connaissance; monsi... monsieur jeorges n'... n'... n'a rien dit.
M. Gigou. — Vous enlèverez son couvert.
Mi»e Gigou. — Voyons, mon ami, il l'est pas très en retard : nous nous met- ;ons à table. . . On pourrait bien attendre incore cinq minutes...
M. Gigou. — Pas du tout; je ne veux )as que ton fils s'habitue à prendre la naison pour une table d'hôte. (Sévèrenent.) Jean, vous entendez ce que je TOViS ai dit ! Qu'est-ce que vous attendez )our enlever ce couvert?
Jean. — Mais... mais... mais je n'atends rien du tout; seulement, comme kladame est... est... propice pour qu'on le l'enlève pas...
M. Gigou. — C'est bon, c'est bon; aites ce que je vous dis.
ean enlève le couvert. Petit silence. Cl^ufs brouillés aux tomates.
Mme Gigou, timidement. — Quelquefois, Georges est retenu très tard par son patron.
M. Gigou. — Voyons, voyons, ma bonne, il ne faut pas me raconter ça : je l'ai vu, son patron ; j'ai vu M. Michaud, et pas plus tard qu'hier soir... Il y a plus de quinze jours que Georges n'a mis les pieds chez lui; tu entends, Clotilde, quinze jours.
:Mme Gigou. — Est-ce possible?
M. Gigou. — Vois-tu, ton fils est dans une mauvaise voie. Pourtant, il est bien placé chez Michaud, une des gloires du barreau moderne. Je l'ai fait entrer là comme secrétaire... il pourrait apprendre son métier; je t'en moque, il ne fait rien; il n'a pas le moindre souci de sa position, de son avenir; il serait temps d'y songer, il a vingt- deux ans.
Mme Gigou. — C'est un enfant. Et puis, je sais bien, moi, ce qu'il y a au fond de tout cela.
M. Gigou. — Qu'est-ce qu'il y a?
M°ie Gigou. — Il y a qu'il n'aime pas du tout ce métier-là; il me le disait encore l'autre jour, quand Michaud a fait acquitter cette coquine qui avait empoisonné son enfant et son mari. Georges