SCENE VI
Les MÊMES, MADAME BLANDIN, MADEMOISELLE ALTCE GUE- NOSA, DUPALLET.
MADAME BLANDIN, venant sur la pointe des pieds, 2}uis bondissant vers M^^ Salomon. — Philippine!
MADAME SALOMON, même jeu. — Bonjour, Philippine.
MADAME BLANDIN. — Trop tard, ma chère.
MADAME SALOMON. — Ensemble, Ger- 'uaine! Nous l'avons dit ensemble!
SALOMON, à sa femme.— Tu as perdu, va ! ! MADAME SALOMON. — Ce n'est pas de !jeu. Pas chez Cassel!
MADAME BLANDIN. — Ta, ta, ta. Elle doit une discrétion. (A M^" Rivière.) Bonjour, madame Rivière.
SALOMON. ■ — Dites laquelle. Nous sommes beaux joueurs. C'est accepté d'avance.
DUPALLET, à M^° Blandin. — Trouve quelque chose de pas banal.
OLGA, à 2J^'ft, derrière son paravent. - Moi, j'y demanderais un million.
Elle sort.
MADAME BLANDIN. — Oli ! c'est bien simple, papa. L'année dernière pour une Philippine pareille noue les avons invités à déjeuner à Naples, jour pour jour, dans la huitaine... Cette fois-ci ce sont eux qui vont nou? inviter à déjeuner...
Elle cherche.
SALOMON. — Oïl vous voudrez.
MADAME SALOMON. — Pas trop loin pourtant i
MADAME BLANDIN. - - Non. A Stockholm.
DUPALLET. — Oh! le sacré pays! Pourquoi vas-tu choisir ça?
SALOMON. -— Entendu. Quand?
MADAME BLANDIN. — Voyons Ça s'appelle aujourd'hui ?.. .
CASSEL. — Mardi, 6 mai.
MADAME BLANDIN. — Eh bien, de mardi en huit...
SALOMON. — Nous VOUS paierons à tous une côtelette à Stockholm.
DUPALLET. — • Elle sera froide.
MADAME BLANDIN. — Et allez donc !
Voilà comment nous autres, dans 1© grand commerce, nous comprenons la vie.
MADAME RIVIÈRE, à part. — Sont-ils heureux !
MADAME BLANDIN. — Ah! OU va donc enfin s'amu<5er !
CASSEL, qui brasse des costumes sur des chaises depuis un instant. A il/™'' Ri-
Viveurs
vière. — Je n'ai pas le costume de AI"" Ouénoea...
MADAME RIVIÈRE. Il y était.
CASSEL. — II n y est pas.
M"' Rivière sort à gauche.
DXTPALLET, bas à Cassel. — Y a-t-il de la femme, au moins, à Stockholm?
CASSEL. — Oh ! il doit y en avoii-. Les Stockholmoises !
DUPALLET, haut. — Mais j'y pense. Il ;aut que Cassel soit de la partie?
MADAME SAi.oMON. — Mais oui.
CASSEL. — Vous badinez ! Eh bien ! et ça? Cent mille francs d'affaires par jour!... Enfin noue verrons, assez blagné, essayons, essayons. Sûrement nous n'allons pas être prêt« pour après-demain !
MADAME BLANDiN, Sursautant. Pas
de bêtises, hé! mon petit Honoré? Mes cartons sont lancés. J'aurai tout Paris. Et il y a au moins cent cinquante d© mes invités que je ne connais pas, des gens célèbres que je n'ai jamais vus, mais qui viendront tout de même, pour moi, qui m'ont répondu. Oh! ce sera superbe. On mettra frapper toutes les bouteilles dans
ALICE. — Elle n'est vks, trop transparente?
Viveurs
ma baignoire qui sera pleine de glace jusqu'aux bords. Corbinel m'a dessiné des petits programmes ! à sévanouir !
CASSEL. — Il ne s'amène pas vite, Corbinel.
MADAME BLANDiN. — Il m'a téléphoné tout à l'heure, il est cramponné par son portrait du nonce, il va venir tout de suite avec les aquarelles des costumes. Enfin, hier matin, j'ai fait jeter par terre la cloison de ma salle à manger. Ça me coûtera quinze cents francs, mais je gagne neuf places. Par exemple il ne faut pas voir mon appartement aujourd'hui, ça n'est qu'un plâtras... les ruines de la Cour des comptes! [Montrant Alice Guénosa.) Demandez à la petite? Elle en sort avec papa.
ALICE. — C'est vrai. Et tenez! M. Dupallet est tout blanc.
Elle veut l'essuyer.
DUPALLET. — I^aissez donc, on croira que c'est de la poudre de riz.
MADAME SALOMON, à Dupallet. — Jusqu'au bas de votre pantalon ! Vous exagérez ! (-4 Alice.) Verra-t-on le docteur? ALICE. ■ — ■ Papa ? Il ne viendra me chercher qu'à trois heures et demie. Il a tantôt des ta« de gens à piquer.
MADAME BLANDiN. — La piqûre Guénosa... la santé du corps! (.4 Salomon.) Vous devriez vous y mettre, Salomon ? Un petit peu de sérum? c'est excellent!
SALOMON. — Merci. Ça m'abîmerait la peau.
ALICE, à Salomon. — Pauvre petit douillet ! Je vous parie que vous y viendrez.
SALOMON. — Jamais.
ALICE. — Vous avez tort. Voyez, tous vos amis sans exception, père les pique. M'^'^ Blandin...
MADAME BLANDIN. — Deux fois par semaine. A mon petit mollet. {Montrant Dupallet.) Papa aussi.
DUPALLET. — Je ne pourrais pas fonctionner sans ça. Aussi j'ai toujours vingt ans. A la lettre.
ALICE. — Moi, j'adorerais aussi être piquée.
SALOMON. — ■ Eh bien, vous êtes à [ source !
ALICE. — Papa n'a jamais voulu. Il d que je n'ai pae besoin de ça.
MADAME RIVIÈRE, rentrant avec le co fume de il/"* Guénosa. — Voilà la tuniqi de Diane.
AiiCE, à Cafssel. — Elle n est pas trc transparente ?
CASSEL, la rassurant . — A point.
MADAME RIVIÈRE, à Alice . — Mademo selle va être à la fois d'un comme il fax et d'un troublant!
Eve et Denise tirent le grand paravent de droi et le déplient par dessus le groupe Blandi. Salomon, Guénosa.