SCENE YI
Les Mêmes, ALICE
ALICE. — Pas la peine. Renaud, réserez-nous cette pièce. (A Lacroix.) Comme DUS êtes exact !
Renaud sort.
LACROIX. — En êtes-vous fâchée?
ALICE. — Non ! Pas encore. Avant- [ier soir, chez M""' Blandin, pendant les
tableaux vivants, vous m'avez demandé la faveur d'un entretien sérieux, j'ai eu 1^ faiblesse de vous l'accorder. C'est fait, c'est fait ! Que d'histoires depuis l'autre jour ! Ah çà ! vous vous êtes donc battu ?
LACROIX. - — Vous savez ?...
ALICE. ■ — La clameur publique, leg journaux ; on ne parle que de ça. Pourquoi ?
LACROIX. — Une altercation de souper.
ALICE. — Seulement ? Un motif bien futile... (A part.) Il ne dira rien...
(Haut.) Alors, asseyez-vous et grondez-.
ii\oi, comme à l'ordinaire, puisque c'est là sans doute l'iinique raison de votre visite.
LACROIX. — Je ne vous gronde jamais, mademoiselle.
ALICE. — Oh ! comment donc appelezvous les scènes que vous me faites ?
LACROIX. — Je suis triste, et je vous adresse d'affectueux reproches.
ALICE. — C'est déjà de trop.
LACROIX. — A qui la faute ? Pourquoi êtes-vous si coquette ?
ALICE. — Vous me connaissez mal, je suis tout l'opposé.
LACROIX. — C'est encore une coquetterie, et la pire. Pourquoi êtes-vous sans cesse escortée d'un tas de soupirants ?...
ALICE. — Puis-je prendre un bâton ?
Relisez votre Molière.
LACROIX. — Et pourquoi raillez-vous et me faites-vous constamment souffrir !
ALICE. — Parce que vous m'ennuyez.
Gentil comme vous l'êtes, et avec tous vos moyens, vous ne trouvez que celui d'être ennuyeux. Je vous parais dure ?
LACROIX. — Franche.
ALICE. — On ne l'est jamais assez.
Prenez garde, jeune provincial : parce que vous voilà célèbre pour un duel heureux... Vous avez traversé le bras de Morvillette, c'est très flatteur, mais enfin, ça n'est pas grandiose. Il n'y a pas de quoi prétendre, après comme avant, tout régenter, jusqu'à moi, blâmer mes manières, critiquer mes relations, me défendre de parler à Pierre ou à Paul, et me surveiller. Vous n'avez aucun de ces droits.
Viveurs