POUR NOUS COMPRENDRE
Depuis quarante-huit heures, figurezvous, que je ne ferme plus l'œil, j'ai trop de choses là. {Il se touche le front.) Et puis là. (77 se touche le cœur.) Je m'explique mal, je bafouille.,.
ALICE. — Mais non.
SALOMON. — Si. Aidez-moi, et le ciel m'aidera... Vous êtes seule ici ? Le grand maître est absent?
ALICE. — Il a une amputation en ville.
SALOMON. — Quoi ? Une jolie jambe f
ALICE, à jJO't. — Où veut-il aller ?' (Haut.) Deux.
SALOMON. — Tant mieux, ça nous donne plus de temps. Eh bien, alors, je me lance.
ALICE. — Lancez- vous !
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Viveurs
SALOMON. — Regardez-moi. Vous avez deviné, n'est-ce pas, que j'ai ])Our vo-us un sentiment ?...
ALICE. — Qualifiez-le.
SALOMON. — Pas facile.
ALICE. — Pourquoi! ?
SALOMON. — Trop raide.
ALICE. — De vous à moi " Je suis la vraie jeune fille moderne, comme vous dites, la jeune fille de ce matin et de tantôt, qui trotte chic dans la vie, le plat du jour...
SALOMON. — Ail ! je le voudrais bien !
ALICE. — Alors, allez donc, poltron !
SALOMON. — Vous VOUS fàclierez.
ALICE. — Mais non.
SALOMON. — Vovie me donnez du cœur.
C'est sur vous que ça retombera.
ALICE. — Allez, allez !
SALOMON. — ■ Eh bien... je vous désire et je vous veux.
ALICE. — Traduction libre : je vous aime.
SALOMON. — C'est ça. Je n'osais pas le dire de peur de vous offenser.
ALICE. — Trop de tact !
SALOMON. — Assez plaisanté. Avec une franche et belle personne comme vous, c'est amusant, parce qu'il n'y a pas besoin de mettre les points sur le« i.
ALICE. — D'autant plus qu'ils y sont déjà.
SALOMON. — On se juge, on se connaît, je ne vous déplais pas, vous me plaisez... Où, quand... peut-on se voir seuls et en sécurité ? Dites vite, je vous adore.
ALICE. — Mais vous êtes ignoble, et plus bête encoi-e que je ne croyais ! Comment ! vous avez pu croire que moi... une jeune fille, j'allais... Ah çà i pour qui me prenez-vous donc ?
SALOMON. Et vous ?
ALICE. — Pour un malhonnête homme et un imbécile !
SALOMON. — Je proteste pour imbécile. Je vois très clair dans votre petit jeu. Vous êtes amoureuse folle de M. Octave Lacroix.
ALICE. — Quand ce serait ?
SALOMON. — Et vous ragez, parce qu'il ne vous aime pas
ALICE. — Vous n'avez pas de charc Il y a cinq minutes, à cette même place, me disait tout le contraire.
SALOMON. — Il ne vous a/mie pas, et preuve, c'est qu'il s'est battu pour c beaux yeux, et c'était pas pour les vôtre
ALICE. — Il s'est battu... pour m femme ?
SALOMON. — Claudine de Jerse; C'est ce que vous vouliez savoir ? Vcif êtes contente à j^résent.
ALICE, à part. — Oh !
SALOMON. — Suis-je encore un imb< cile, hé? Je l'ai été tout à l'heure, c'cs vrai, et dans les grands prix... en me lait sant rouler par une gamine...
ALICE. — Ça ne doit pas être la prc mière fois.
SALOMON. — C'est la dernière. Ainai ne me poussez plus à bout.
ALICE. — Des menaces l
SALOMON. — Je suis un malhonnêt homme, moi, vous venez de le dire... nou' sommes seuls et vous êtes à ma discrétion
ALICE. — Plus maintenant, mon pèrf est rentré.
SALOMON. — Allons donc ! Il a uni taille en ville.
ALICE. — Un pas de plus. . et je l'ap pelle !
SALOMON. — Oh ! je n'ai pas peur.
ALICE. — Papa !
SALOMON. — Oh ! que c'est bête !
ALICE. — Qu'avez-vous ? liestez donc Vous êtes pâle.
SALOMON. — Ne dites rien, je vous en supplie ! Je ne le ferai plus. Pardon, pardon !
ALICE. — Lâche !