ALICE, SALOMON
SALOMON. — Bonjour. Je viens de croiser votre aspirant Lacroix. Il m'a lancé un regard ! Il vous rase, hein ?
ALICE. — Lui? C'est le plus brave garçon que je connaisse. Je l'estime plus que vcufe.
SALOMON. — Estimez-le. Mais préférez-moi.
ALICE. — Vous n'êtes pas dégoûté !
SALOMON. — Nous sommes si bi( faits pour nous comprendre, tous I , deux !
ALICE. — Vous allez me donner de l'o gueil !
SALOMON. — Je vous connais à fond.
ALICE. — Tant que ça ?
SALOMON. — J'ai l'œil. Vous êtes bie la fille de votre père — un homme ém nent ! — la vraie jeune fille modem» d'aujourd'hui et d'il y a cinq minute! i Mon type.
ALICE. — Ça me fait plaisir d'être v(i tre type.
SALOMON. — Gaie, spirituelle, ami santé, sans faux scrupules ni sots préju gés, une jeune fille en liberté, quoi, qu trotte chic dans la vie avec de belles ac tions... et puis rien de pot-au-feu... maii des idées et des sentiments de plein air. Ji suiis pour le plein air, moi '
ALICE. — Et avec ça ? Quoi encore Continuez mon portrait. Jusqu'à présent} c'est d'une ressemblance...
SALOMON. — N'est-ce pas ? Ainsi, j< suis sûr que vous tiendrez votre parole de ne jamais vous marier ?
ALICE. — N'ai-je pas raison ?
SALOMON. — A crier. C'est le boB sens ! Le mariage ? Ah ! Seigneur !
ALICE. — Vous n'êtes pas heureux ?
SALOMON. — Si. Mais je pourrais l'être davantage. Le célibat pour tous... pour vous... pour moi... voilà le paradis !
ALICE. — Ei: alors? c'est tout?"! On s'en tient là? Chacun choz soi, les messieurs d'un côté, les dames de l'autre?
SALOMON. — Que non pas ! On voisine. On a des goûts, des sympathies, despassions, des coups de foudre, des enivrements... tant que ça dure... La vraie existence, quoi !
ALICE, j)h}ee-sat!s-rire et rêveuse. -- Oui... ça serait bien tentant ! Pourquoi faut-il que l'éducation... la société...
les bonnes mœurs... élèvent tant de barrières !
SALOMON. — On les franchit.
ALICE. — Quand on ne i>eut pas ?
Viveurs
SALOMON. — On les tourne.
ALICE. — Pourtant, voyez... Vous êtes arié... Supposons qu'un de ces coups de udre dont vous parlez...
SALOMON. — Je n'hésiterais pas, je me isserais aller.
ALICE. — Je vous reconnais bien là.
t si celle que vous aimiez n'admettait !s de partage avec votre femme ?
SALOMON. — Je divorcerais.
ALICE. — Bravo ! Vous savez aimer, us !
SALOMON. — Ça, oui !
ALICE, à part. — Quelle clique !
SALOMON, à part. — C'a marche !
laut.) Et voilà !
ALICE. — Mais avec tout ça, racontezoi donc le duel Lacroix. Comment ça 2st-il passé ?
SxVLOMON. — Très bien. Très convenae.
ALICE. — Il avait bien fait de vous endre pour témoin.
SALOMON. — Oui. Ça me connaît. Je a.i jamais encore eu l'occasion de me ittre. Mais j'ai été témoin des quantis de foie.
ALICE. — Pourquoi se battait-il, déjà?
11 me l'a dit. Je ne me rappelle i^as.
SALOMON. — Moi non plus.
ALICE. — Vous ne voulez pas me le re, à moi ?
SALOMON. — A quoi bon ?
ALICE. — Ça m'amuse.
SALOMON. — Je ne peux pas. Secret ofessionnel.
ALICE. — Bah ! Trahissez-le ! Je le irderai mieux que vous !
SALOMON. — Impossible. Pas correct.
ALICE. — Vous n'êtes guère gentil.
SALOMON. — En tout cas, pas maintemt. Plus tard, là, si vous êtes mignonne 'ec votre ami. Ah 1 faut être mi- :ionne !... Et puis... En voilà assez de «acroix, hein ? Noue sommes là à nous alcr sur lui. Je ne suis pas venu ici )ur ça.
ALICE. — Et pourquoi donc 1
SALOMON. — Pour voue. Je passais. Je e suis dit : Si je montais la voir, je ne
vois pas assez.
ALICE. — Là, c'est moi?
SALOMON. — Là, c'est vous.
ALICE. — Et tous les jours que nous nous voyons, ça ne vous suffit donc pas ? Ça me suffit bien, à moi.
SALOMON. — Depuis avant-hier ça ne me suffit plus ! Oh ! quel succès vous avez, remporté, en Diane !
ALICE. — Après vous, jeune Actéon !
SALOMON. — C'est vrai. Je n'étais pa; mal aussi. Je m'oublie. C'est le bonheur..
SALOMON. — Nous sommes si bien faits