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SCENE XIII

MADAME BLANDIN, GUENOSA

GUÉNOSA, parlamt dans la coulisse avant de fermer la ]}orte. — Restez là tranquille, et ne vous croyez pas mort ! Chut ! (Il va à J/™^ Blandin.) Bonjour. (Baisef sur la main.) Comme c'est gentil! A la bonne

'-- '^^*.rï^

Alice. — Monsieur a dans ce moment le cœur et la tete malades.

Viveurs

heure ! Qu'ect-ce que vous avez? Vous avez la fièvre?

MADAME BLANDIN. — Moi 1 non.

GUÉNOSA. — Si. La joue en feu... Vos veux ont un éclat, pas naturel...

MADAME BLANDIN. ■ — Dites tout de suite que je me maquille !

GUÉNOSA. — Non. Pas aujourd'hui.

MADAME BLANDIN. IllSolent.

GUÉNOSA. — ^ Il y a quelque chose?

Qu'est-ce qu'il y a?

MADAME BLANDIN. — Rien... Si... Là...

Je vais vous le dire... O'h ! n'allez pas vous imaginer... (Elle change de place.) Non, près de vous.

GUÉNOSA. — ■ O'h ! (// l'observe.) Qu'estce qu'elle a?

MADAME BLANDIN. D'aboid, VOUS sa-

vez que je vous aime bien ?

GUÉNOSA. — C'est vrai, cette blague-là?

MADAME BLANDIN. — Je VOUS aime beaucoup, oui, mon ami, vous et votre fille.

GUÉNOSA. — Ah! ma fille en est aussi?

Moins que moi, j'espère?

MADAME BLANDIN. — Autant.

GUÉNOSA. — Oh ! il y a bien un petit faible pour moi, allons?

MADAME BLANDIN. — Oui, !à. EteS-VOUS

content ?

GUÉNOSA. — Je ne m'embête pas.

MADAME BLANDIN. — Savez-vous Ce qui m'amène ? C'est une idée que j'ai eue !... Mieux qu'une idée... un projet, auquel je me suis attelée, que j'ai juré de réaliser... Et dame, quand j'ai quelque chose en tête, et que je m'attelJe, moi, vous me connaissez ?... Il faut... il faut...

GUÉNOSA. — Oui. Dites...

MADAME BLANDIN ■ — Jc vGUx marier Alice.

GUÉNOSA. — C'est ça?

MADAME BLANDIN. Oui.

GUÉNOSA. — Vous tombez mal.

MADAME BLANDIN. PourqUoi ? VouS

refusez ?

GUÉNOSA. — Il ne s'agit pas de moi, mais d'elle...

MADAME BLANDIN. — La laissez-vous libre ?

GUÉNOSA. — Comme l'air.

MADAME BLANDIN. — Alors, c'est faili Elle aime quelqu'un.

GUÉNOSA. — Personne.

MADAME BLANDIN. — Père que vc êtes ! Vovis ne savez rien !

GUÉNOSA. — Je vous demande pardc Je sors d'avoir avec Alice une convers tion à oe sujet... Je lui ai proposé un J3U homme que vous connaissez...

MADAME BLANDIN. Ah! Qui ?

GUÉNOSA. — Tout à l'heure. Et ej m'a envoyé promener, moi et mon cane dat.

MADAME BLANDIN. — Tant micux ! J'« ai un qu'elle ne me refusera pas. Voulc vous parier ?

GUÉNOSA.

Je n'en sais rien! Ma quelle chaleur ! Qvielle précipitation ! propos de quoi, diable... vous prend comme ça 1 idée de faiire un eort à n fille ?

MADAME BLANDIN. — Parce que m'intéresse à ©lie. Et à vous.

GUÉNOSA. — Oui, c'est par amour poi moi ?

MADAME BLANDIN. — Peut-être!

c'était vrai tout de même. Ah! ah!...

GUÉNOSA. — Je ne vois pas le lien.

MADAME BLANDIN. — Ouvrez l'œil. Ali<' .

une fois casée... vous redevenez un homni libre... un garçon...

GUÉNOSA, déridé. — Sans doute.

MADAME BLANDIN. Ça VOUS va, Ç2

hein ? Vous faites déjà une rlisette ? GUÉNOSA. — Dame !

MADAME BLANDIN. PÎUS de gêni

plus de contrainte... Et alors...

GUÉNOSA. — Alors ?

MADAME BLANDIN. — Eh bien, je n sais pas, moi... s'il se présente des petite occasions...

GUÉNOSA, à part. — Ah çà?

MADAME BLANDIN. - — ... On peut voil

à en profiter... Alors, écoutez-moi... peti' docteur. Vous êtes gentil tout plein au jourd'hui ? (Elle rit.) Ma parole ! Vou; avez vingt ans!... Je vous disais que j'a un candidat : une perle !... Jeune, be.ai; garçon, de la fortune, pas empoté, tout enfin !... Et il est fou d'Alice !... Vous m connaissez que lui, c'est Lacroix !

GUÉNOSA. — Ah bien ! c'est pas de chance !... Elle le déteste !

MADAME BLANDIN. -— C'est qu'elle

l'adore !

GUÉNOSA. — Elle ne veut pas entendre parler de lui ^surtout depuis son duel pour Claudine...

MADAME BLANDIN. - — Quelle Claudine?

GUÉNOSA. — ... de Jersey

MADAME BLANDIN. — En voilà Une balançoire ! Pour elle. Pour elle, Alice, Alice votre fille, c'est pour elle qu'il sest battu, et pas pour une autre!

GWÉNOSA. — Ah ! mais cependant,

quelqu'un qui était pourtant bien renseigné a dit à Alice...

MADAME BLANDIN. — Qui ça ? Qui ?

GUÉNOSA. — Salomon.

MADAME BLANDIN, éclatant. — Tiens, parbleu! {Se rc'prenant.) Hein 1 Quoi ? Quest-çe que je disais ?... Claudine était le prétexte pour le monde, comprenezvous ? Lacroix ne pouvait pas avoir l'air de se battre pour une jeune fille !... Mais c'est pour elle qu'il a risqué sa vie !... Ah ! il pouvait être tué raide !

GUÉNOSA. — Mais à quel propos, ce duel ?

GUÉNOSA. — Gomme c'est gentil î A la bonne iieureI

Viveurs

MADAME BLANDiN. — Il a enteiidu Morvillette et Claudine qui rossaient sur votre mignonne... Ça lui a suffi ! Il a marché comme un paladin ! C'est donc pas cliic et gentil, ce qu'il a fait là par amour? Ça ne mérite pas une bonne récompense, allons ?

GUÉNOSA. — Oui. Ah. ! dame, quand Alice saura ça...

MADAME BLANDiN. — Elle ne le sait pas ?

GUÉNOSA. — Mais non.

MADAME BLANDiN. — Sacré mille millions ! Faut lui dire...

Elle sonne.

GUÉNOSA. — Qu'est-ce que vous faites?

MADAME BLANDiN. — Je la sonnc, donc l Dare-dare !

GUÉNOSA, à part. — Elle est emballée...

Le domestique paraît.

MAD\ME BLANDiN, ttu clomestique.

Priez M"*^ Alice de venir. Dites que son père la demande à la minute, que c'est très urgent. (Le valet sort.) Ah! je serais contente si ça pouvait s'emmancher!... Vous n'imaginez pas, mon petit docteur !...

GUÉNOSA. — Si... si... je m'imagine très bien... plus que vous ne croyez...

MADAME BLANDIN. — Qu&nd elle va savoir que c'est pour elle que Lacroix... pan, pan... vous croyez qu'elle va. pas? Oh! oui... oui.

écrit ! Elle serait un

vouloir, n'est ce Ça me paraît monstre !

GUÉNOSA. —

J'espère.

Peut-être...

MADAME BLANDIN. Oh ! il faut !...

Vous m'aiderez ? Usez de votre autorité de père. Et puis, c'est son intérêt. Surtout dans notre monde. Une jeune fille est si exposée! C'est effrayant! Marie-zles Le plus tôt possible, je vous en prie, faites ça pour eux... peur vous... pour moi!

GUÉNOSA. — Soit! Mais après?

MADAME BLANDIN. — Après? Je serai pour vo'is une amie... Mais une amie !...

GUÉNOSA. — C 'est-il bien sûr, au moins ?

MADAME BLANDIN. — ■ Je VOUS le jure!...

Après — puisque j'ai promis — vous pourrez me demander... j

Elle a des larmes dans la voix. !

GUÉNOSA, lui mettant la 7/iain sur la bouche. — Chut! Chut (.4 ijart .) Pauvre femme !

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