‹ L'esprit françaisChapitre 245 sur 315 · SCENE YIII · texte numérisé non relu

SCENE YIII

Les Mêmes, BLANDIN, SALOMON, GUENOSA

BLANDIN, très lancé, à Salomon et à Guénosa. Il est en habit de voyage. — ■ Jamais de la vie ! Nous allons bien voir. {A sa femme.) Qu'est-ce que Salomon me dit ? que tu ne pars plus ?

MADAME BLANDIN. — Oui, j'en ai assez ! Tu vas être content! Tout d'un coup j'ai vu clair. Mon pauvre petit, et je te demande pardon pour tout ce que je t'ai fait souffrir. T'ai-je assez bousculé jusqu'à présent ! T'ai-je rendu malheureux. Seigneur ! Eh bien! c'est fini. Une tout autre vie qui va commencer! Tu sais?... ton rêve, la petite maison blanche avec des volets verts, nous allons le réaliser, et dès cet été, nous chercherons ça ensemble, un peu loin de Paris... de ce sale Paris! Ça te va-t-il ? Tu n'en reviens pas, tu tombes de la lune. Ah ! embrasse-moi bien fort, va. Tu es encore le meilleur de tous.

GUÉNOSA, à Blanflin. — Embrassez-la.

BLANDIN. — Voyons, voyons... nous battons la breloque. Tout ça, c'est très gentil, mais c'est déjà de l'histoire ancienne. Soyons pratiques. Eh bien ! et Stockholm ?

MADAME BLANDIN. — NoUS le lâchons,

quoi donc !

BLANDIN, à Salomo?2. — Nous le lâchons... Nous le lâchons.

SALOMON. — Oui. Elle ne parle que de lâcher aujourd'hui!

BLANDIN. — Heureusement que je suis là. (La femme de chambre entre et ferme la mcdle.) Es-tu enfant ! Gentille, mais peu sérieuse. Mais nous ne pouvons pas, ma chère! Dans cinq minutes, l'omnibus va être ici. Tu oublies tout! Elle est inouïe! Nous sommes dans le mouvement... on ne s'appartient plus. Et notre monde? Et nos relations? D'abord nous avons Stockholm.

L'avons-nous promis?

SALOMON. — Une philippine, c'est sacré !

MADAME BLANDIN. — Eh bien ! va pour

Stockholm, puisqu'il paraît que c'est s;: cré ! (Dernière tentative auprès de so\ mari.) Mais après? Oh! après, dis-moi oÀ nous filerons bien vite à la campagne] dans un coin oîi il n'y aura personne... BLANDIN. — Je ne veux pas. Je m'ei bêterais à crever ! Voilà que tu exagère Avant tu avais la rage d'aller partoul] maintenant, c'est la vie de recluse. Ecout tout ce que nous avons sur la planche tout ce qui nous attend au retour.

Il sort un carnet.

MADAME BLANDIN. — Inutile, puisquj] tu ne...

BLANDIN. — Si j'y tiens. Nous avon^l le jeudi 17, le photographe, le marché aus'l oiseaîux, l'académie, le prix de beauté deî vieillards à l'Olympia et deux dîners...

MADAME BLANDiNf. — Oui, je me souviens.

BLANDIN. — Le 18. Atelier de Corbi-1 uel, courses d'Auteuil, five o'clock à la légation péruvienne. Le 19, cours mondaini de chirurgie, le match des voitures à va-'[ peur... Le 20...

MADAME BLANDIN. Assez, aSSez.

BLANDIN. — Nous en avons comme ça' encore pour trois mois...

MADAME BLANDIN. — • Pour trois m-ois et pour toujours. J'ai compris. N'insiste' plus.

BLANDIN. ■ — Enfin, te voilà raieonnable.

GUÉNOSA, à part. — Pauvre- femme !

Bruit à la cantonade, éclats de rire, clameurs; Dupallet ! Dupallet ! DunaPet ! Bravo' rires ! A ta fenêtre ! Dupallet paraît. A Stockholm ! à Stockholm ! à Stockholm. Bravo, Bravo. Bravo !

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