GOU
CLAUDINE. - — C'était le père de votre petite fille?
M'"" JAMINE. — Non, j'ai eu Yvonne avec...
CLAUDINE. — Oui, oui, je ne me rappelais pas... je vous demande pardon... Et alors, comment avez-vous fait?
M™"" JAMINE. — Oh! j'ai été très triste, très abattue. J'ai pleuré toutes les larmes de mon corps, je l'adorais ce garçon... Pendant deux mois je n'ai voulu voir personne... Enfin, j'ai repris le dessus, he\xreu.sement. . . je suis maintenant avec Prunier.
CLAUDINE. — Prunier, le fabricant de ciments ?
M™^ JAMINE. — C'est cela même.
VÉTHEUIL. — Mais il y a deux Prunier : Ernest et Jules.
M™^ JAMINE. — Le mien, c'est Ernest...
CLAUDINE. — Celui qui vient de perdre sa femme.
M™® JAMINE. ■ — Justement.
CLAUDINE. — Mais je croyais qu'il avait eu un immense chagrin ?
M™" JAMINE. — Oh! oui... il faisaitll peine à voir... C'est au cimetière que jejj l'ai connu.
CLAUDINE. ■ — Au cimetière!
VÉTHEUIL. — Racontez-nous ça.
M™® JAMINE. — C'est bien simple...
j'allais tous les huit jours porter des fleurs sur la tombe de Philippe et, une fois, j'ai, rencontré Pimnier qui venait aussi porte des fleurs à sa feinme... 11 faut vous dire que le caveau de la famille Prunier est dans la même allée^ à deux tombes du caveau de la famille de Philippe. Alors je suis revenue le lendemain...
VÉTHEUIL. — Vous disiez tout à l'heure que vous alliez au cimetière toutes les semaines...
m""® JAMINE, inconsciente. — Oui, mais le gardien de notre allée m'avait dit que Prunier venait tous les jours... Alors, je suis i-evenue le lendemain et puis, peu à
Amants
peu, on a causé, n'est-ce pas?... Je l'essem- , biais beaucoup à sa femme : ça été le point de départ. Et puis enfin il a vu que je le comprenais... je lui disais des choses unir le consoler... Voilà comment ça s'est mit...
Claudine se détourne pour ne pas rire.
vktheuil. m"^** .tamine.
Est-elle gentille !...
— Pourquoi riez-vous?.
."est drôle ce C|ue je dis?
VÉTHEUIL. — Oui... c'est drôle]
m"* jamine. — Dame, vous comprelez, moi, j'ai charge d'âmes. Il faut jue j élève ma fille, que je lui amasse ine dot, parce que je veux qu'elle puisse hoisir, qu'elle puisse épouser un brave jarçon .
CLAUDINE. — Pour ça, elle a raison.
VÉTHEUIL. — Vous avez le temps d'y onger.
M™"^ JAJMINE. — Pas tant que ça, et îuis on ne sait ni qui vit ni qui meurt. \.h ! non, je ne veux pas Cj^u'elle épouse l'importe qui, un homme qui la rendrait alheureuse! D'ailleurs, je veillerai : si non gendre trompe ma fille, je lui colle
me balle'dans la tête!.
Elle se lève.
VÉTHEUIL, se levant. — Comme vous allez! Et si c'est elle c^ui le trompe?
M'"^ JAMINE. — Alors c'est différent...
e l'aiderai... Allons, je me sauve. Au re- ■oir, monsieur le moqueur !
VÉTHEUIL. — Oh ! je ne me moque pas.
M'"^ JAMINE. — Et ma fille?
CLAUDINE, rentrainant à droite. — .'enez, .sortons par là... elle doit être en rain de jouer avec Denise, vous la pi'enrez en passant.
jUes sortent. Vétheuil resté seul va examiner un grand portrait de Claudine, posé sur un chevalet.