‹ L'esprit françaisChapitre 261 sur 315 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

N-^ous n'aimez pas les en Je les adore, mais je n'ei

CLAUDINE, VETHEUIL, quand Mis:

et Denise sont parties.

CLAUDINE. — C'est \u\ type ma fille [Petit silence.) Non, décidément, je penei à ce que nous disions tout à l'heure ; 1< bonheur, le vrai, c'est de consacrer sa vit à ces êtres-là '

VÉTHEUIL. — Oui, mais pour moi, c'esl gelé ce bonheur-là

CLAUDINE

fants ?

VÉTHEUIL

r.i pas.

CLAUDINE. — • Ayez-en.

VÉTHEUIL. — H faut être deux.

CLAUDINE. — ■ Ça se trouve.

VÉTHEUIL. — Pas quand on cherche., et puis il y a neuf mois terribles à pas ser.

CLAUDINE. — Qu'est-ce que nous cliron alors, nous?

VÉTHEUIL. — Oui, mais quand on al»

cœur bien placé, n'est-ce pas 2)itoyabl< d'avoir mis une créature que l'en préteiMi aimer dans cette position grotesque fi dangereuse, car on ne sait jamais coffl meut que ca se terminera.

CLAUDINE. — Heureusement que tonl le monde ne raisonne jîas comme vous

VÉTHEUIL. — Et puis il y a une grosfe responsabilité... si on a fait un monstlïi

CLAUDINE. — Vous prenez les cas es; trêmes.

VÉTHEUIL. — Ou mêjne un imbécile c'est pire! car \\n monstre a toujours dâ chances de se tirer d'affaire... il y en" moins ; non, j'aimerais bien prendre lU enfant tout fait, tout élevé, dont je serM 6Ûr qu'il est intelligent et joli, comme ^ tre fille jDar c-emple.

CLAUDINE. — Vous u'êtes pas dégoûté Enfin, vous ne voulez pas bâtir vousmême ; vous êtes comme ces gens qui achè tent des- propriétés tout installées, qui at tendent une occasion.

VÉTHEUIL. — Ça s'appelle profiler ai la bêtise dee autres.

Amants

CLAUDINE. — C'est gracieux pour lo ; re de Denise ce qiie vous dites là.

vÉTiiEuiL. — Je ne le connais pas. {Se nuit.) Il faut tout de mèine que je m'en ille.

CLAUDINE. — Mais non. VÉTHEUIL. — Jai peur de vous cnl'vcr.

CLAUDINE. — Pas du tout. Je vous asire que j© n'ai absolument rien à faire... ou, sérieusement, je vous le diiaiâ.

VÉTHEUIL. — Alors, je reste. A vrai

ir;? je suis très bien près de vous... vous

s si jolie, si fine et vous paraissez sur-

mt si bonne.

CLAUDINE. — Je ne suis pas méchante.

VÉTHEUIL. — Enfin, il faudra bien,

lut de même, vous quitter tout à

li'.ure... il me semble que je vais ren-

cf dans la nuit.

CLAUDINE. — Mais non, vous exagérez.

VÉTHEUIL. — J'ai passé une heure ex-

uiso dans votre atmosphère, dans le

i;iinie qui est épars autour de vous, et je

ludrais pouvoir prolonger cette heure-là.

CLAUDINE. — Vous pouvez la prolonger

ir le souve'nir... Et puis, vous pouvez re-

iiir... o>i ne vous voit jamais.

VÉTHEUIL. — Je suis déjà enveloppé ir votre charme : si je reviens, j'en &erai iru vite pénétré, possédé, si vous airaoz ici'x. CLAUDINE. — Je ne le crois pas.

VÉTHEUIL. — Qu'est-ce que vous •oyez?

CLAUDINE. — Je crois que vous avez le .'■sir de me plaire et vous faites tout ce u il faut pour ça, mais c'est dans votre ature ; vous seriez auprès d'une autre ;mme, ça serait absolument la même lose. Vous voyez, moi, je ne suis pas coaette avec vous, et la plus femme de nous ux... c'est vous.

VÉTHEUIL. — Vous me croyez incapale d'un sentiment véritable et profond, larce que j'ai toujours l'air de me moquer 3 moi-même... mais ce n'est pas une rain.

CLAUDINE. — Oh ! je sais bien... je suis -Tsuadéo qu'avec vos airs de bon blaueur vous devez parfois être très tendre.

très petite (leur bleue. N'est-ce pas, vous êtes très sentimental ?

VÉTHEUIL. — Comme les étoiles.

CLAUDINE. — Et avec tout votre scepticisme, vous devez être très jaloux?

VÉTHEUIL. — C'est-à-dire que d'ii'.stinct, je suis jaloux, mais je me corrige par le raisonnement... c'est-à-dire que je peux être très jaloux, sans raison, et m'en rendre compte, mais alors je ne le fais pas voir.

CLAUDINE. — Et quand vous avez des raisons de l'être.

VÉTHEUIL. — Alors, je suis insupportable, je prends en grippe le genre humain et si je me trouve dans une partie joyeuse, je suis celui dont les femmes disent : « Tu n'inviteras plus ton ami. »

CLAUDINE, rmnt. — Je ris parce que je me reconnais, je suis aussi ridiculement S'&ntimeJntale et jalouse. D'ailleurs, vous m'avez dit tout à l'heure des choses que je pense souvent... C'est étonnant ce que nous nous ressemblons.

VÉTHEUIL. — Vous conuaissez le proverbe : Qui se ressemble...

CLAUDINE. — Ah oui... mais non, non... ça jamais. {Petit silence.) Etes-vous fidèle !

VÉTHEUIL. — Fidèle... mon Dieu! ça dépend.

CLAUDINE. — Comme chausson.

VÉTHEUIL, riant. — C'est drôle' Ah!

nous ne nous ennuierions toujours pas.

CLAUDINE. — Oh ! ça, j'en suis sûre.

VÉTHEUIL. — Et puis, je vous serais fidèle, à vous, parce que vous avez tout ce qu'il faut pour rendre un homme absurtiement fidèle.

CLAUDINE. — Absurdement, mais pas éternellement.

VÉTHEUIL. — Vous ii'avcz pas assez d'illusions.

CLAUDINE. — C'est pour cela que si j'aimais encore, je serais bien coupable, car je saurais à quoi je m'expose !

VÉTHEUIL. — Vous 11© seticz pas coupable, mais renseignée, et alors ça serait très amusant.

CLAUDINE. — Ça serait très grave! Et puis c'est inutile d'en parler, puisque ça

Amants

ne 6e fera pas... c'est fini, je suis une bonne bourgeoise très pot-au-feu.

vÉTHEUiL. — Allons donc! Vous êtes une amoureuse' et vous aimerez encore. Je ne dis pas, notez bien, que ça sera moi, je ne suis pas assez fat. . mais vous aimerez. CLAUDINE. — Dieu m'en préserve! Je ne voudrais pas repasser par ori j'ai passé ! Ah ! les trahisons, les larmes, les nuits sans sommeil et les désirs de vengeance ! Ah ! que c'est vilain tout ça et que c'est bête, oui... oui, bête! Et vous voudriez que je recommence ça? Et puis à quoi bon? Pour 'aboutir à la rupture, c'est-à-dire la mort et l'agonie après la mort!... La rupture!... A^ous envisagez ça avec sérénité, vous ?

VÉTHEUIL. — Je ne l'envisage pas, je m'éloigne, parce qu'en amour « la seule victoire, c est la tuire ». C'est pourquoi je tiens toujours toute prête ma valise, une merveilleuse valise en vache, avec une demi-douzaine de chemises, deux habillements complets dent un pour le soir, de l'eau de Cologne et dentifrice dans les' flacons, enfin toute prête, comme les chasseurs de Pont-à-Mousson, qui ont leur paquetage tout prêt sur les planches et qui, un quart d'heure après le boute-selle, peu- Vent être à la frontière ; car j'ai remarqué que dans ces circonstances et lorsqu'on voulait partir, c'est toujours le temps que l'on passait à faire sa valise qui vous était funeste : pendant ce temps-là les amis interviennent, la maîtresse revient et pleure... on est perdu!

CLAUEixE. — Et vous avGz déjà eu à vous en servir de cette valise?

Entrée du comte de Ruyseux.

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