‹ L'esprit françaisChapitre 268 sur 315 · CLAUDINE, LE COMTE · texte numérisé non relu

CLAUDINE, LE COMTE

LE COMTE. — Vous savBz que je vaia vous faire mes adieux ce soir.

CLAUDINE. — Vos adieux ! Vous partez donc demain ?

i^.E COMTE. — ■ Oui, il faut que je parte pour Naples, d'où j'ai reçu une dépêche tantôt.

CLAUDINE. — Vous allez encore conspirer.

LE COMTE. — Je resterai j^robablement une semaine.

CLAUDINE. — Vous avez de la chaincê d'aller vers le soleil, vers le ciel bleu.

LE COMTE. — Je n'ai pas de chance, puisque je ne peux pas vous emmener.

CLAUDINE, jjoïir dire quelque chose. — - Ah ! oui, l'Italie!

Petit silence.

LE COMTE. — Il y a bien longtemjis que vous ne m'aviez admis à l'honneur de votre petit coucher.

CLAUDINE. — Il V a si longtemps que ça?

LE COMTE. — Mais oui... vous ne le remarquez pas ; mais moi, j'y fais plus attention.

Il s'approche d'elle et l'embrasse.

CLAUDINE, sur2)n'sc. — Qu'est-ce que vous faites?

LE COMTE. — ■ Je VOUS embrasse... Je ne peux plus vous embrasser ?

CLAUDINE. — Oh! si, si.

LE COMTE. — Vous avez l'air fâche

CLAUDINE. — Fâchée? Oh! non... ça 'm'a surprise, voilà tout. Je ne m'y atten-

dais pas... vous savez bien comme je suis nerveuse. Là, maintenant que je suis prévenue, vous j^ouvez m'embrasser. (Elle lui tend ses joues.) Gentiment... là, là...

LE COMTE. — Là, ça veut dire assez, n'est-ce pas? Quel parfum avez-vous donc ce soir ?

CLAUDINE. — Mais le même que d'habitude.

LE COMTE. — ■ Peut-on savoir?

CLAUDINE. — C'est un mélange à moi...

je ne le dis à pereomie.

Deux heures sonnent.

LE COMTE. — C'est deux heures qui sonnent?

CLAUDINE. — Oui, c'est deux heures.

/Dieu, que j'ai sommeil!

LE COMTE. — Allons... je vais vous laisser dormir... au revoir!

CLAUDINE, — Au revoir !

LE COMTE, vfi ^j/'è-b' de la fenêtre. — Claudine ?

CLAUDINE. Quoi ?

LE COMTE. — Vous savez quel temps il fait dehors?

CLAUDINE. — Il neige, je crois.

LE COMTE. — Oui, il neige, et ça ne vous fait rien de me laisser partir comme ça ?

CLAUDINE. — Comment, comme ça?

LE COMTE. — Oui, enfin, je veux dire par un temj5s pareil.

CLAUDINE. — Voyons, mon ami, vous avez votre voiture qui vous attend en bas, vous n'êtes pas bien à plaindre. Clara vous a porté une bonne boule d'eau bouillante. Je suis obligée de vous laisser partir, vous ne pouvez pas rester ici, la boul^e va être froide... et votre cocher, il doit geler... et votre cheval... ça n'est pas bon non plus pour le cheval

LE COMTE. — Vous avcz raison, je m'en vais ; mais j'aurais voulu partir avec quelque chose qui me réconforte, qui me fasse chaud au cœur.

CLAUDINE. • — Comment? •

LE COMTE. — Vous savez bien. ^

CLAUDINE. ■ — Voulez-vous uii petit verre de cognac ?

LE COMTE. — J ai dit au cœur... ce que

Amants

je voudrais, c'est un peu de ta chaleur à toi, de la chaleur de ton corps adoré.

Il la saisit.

CLAUDINE, criant. — Voixs me faites mal !

LE COMTE, d'un ton de aoux rejn'oche. - Oh ! Claudine !

CLAUDINE, — C'est vrai.., vous m'avez fait mal-

LE COMTE. — Je sais bien que je n'ai plus l'étoffe d'un amant.

LE COMTE. — C'est bien... Je voue demande pardon... Je m'en vais.

CLAUDINE. — Il ne faut pas m'en vouloir... mais vous ne savez pas ce que c'est... il faut avoir pitié d'une pauvre femme qui a eu quinze personnes à dîner et autant après. Je suis énervée, brisée... et puis ma fille est souffrante... et puis on est de vieux amis.

LE COMTE. — Oui, mon tort, vois-tu, f'est de t'aimer toujours, de t'adorer... le sais bien que je n'ai plus l'étoffe d'un

amant, que je suis un vieux bonhomme.

CLAUDINE. — Mais non... vous êtes le père de Denis-e...

LE COMTE. — Oui, je comprends, c'est ta fille que tu aimes maintenant, je n'ai pas le droit d'être jaloux... Allons, je te demande pardon.

CLAUDINE. — Oh ! mon ami!

LE COMTE. — Seulement, ce soir, je t'ai déshabillée, n'est-ce pas? J'ai senti ton odeur. Ah! comme l'homme le plus respectueusement épris d'une femme peut être une brute à certains moments !

CLAUDINE. — Mais non, vous n'avez pas été une brute... vous exagérez.

LE COMTE. — Allons, VOUS êtes toujours une grande amie. Dormez bien, bonsoir... Dormez bien... Est-ce que je suis ridicule ?

CLAUDINE, l'embrassant. — Tu es très bon. (Et quand il est -part).) Pauvre homme !

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