‹ L'esprit françaisChapitre 272 sur 315 · LE COMTE DE RUYSEUX · texte numérisé non relu

LE COMTE DE RUYSEUX

LE COMTE. — Bonjour, cher ami, je ne vous dérange pas ?

Amants

VÉTHEUIL. — Mais pas le moins du monde. Je suis enchante de vous voir. Per mettez-moi de vous présenter mon ami Fciul de Sambré... le comte de Ruyseux... [Les deux hommes se saluent.) Asseyezvous donc.

LE COMTE. — Je ne vais pas rester longtemps ; je venais seulement vous demander pourquoi vous n'êtes pas venu hier?

VÉTHEUIL. — Hier?... où ça?

LE COMTE. — Je m'en doutais bien, vous avez oublié que vous deviez dîner avec Claudine et moi et que nous devions aller ensuite aux Folies-Bergère pour les débuts de la princesse Soukhinitchi.

VÉTHEUIL. — C'est vrai, ça m'était complètement sorti de la tête... J'ai été tellement occupe hier... je mets en ordre en ce moment des affaires que j'ai négligées depuis dix ans, de sorte que je suis un peu bousculé. Alors vous m'avez attendu ?

LE COMTE. — Naturellement... et puis vous n'aviez pas prévenu, pas envoyé un mot, j'étais inquiet. Je craignais que voue ne fussiez malade.

VÉTHEUIL. — Je suis désolé, mais j'ai complètement oublié. Je vous demande mille pardons.

LE COMTE. — Mais de rien... l'important, c'est qu'il ne vous soit rien arrivé.

VÉTHEUIL. — Eh bien, vous êtes-vous amusés? Comment est-elle, cette princesse Soukhinitchi ?

LE COMTE. — C'est une très jolie femme.

SAMBRÉ. ■ — Est-ce une vraie princesse?

LE COMTE. — Je crois bien... elle a épousé en justes noces le prince Soukhinitchi, elle-même est d'vme grande famille, c'est une La Roche-Ferrières...

j'ai joué avec elle quand ëWe était enfant... Oh ! je n'en suis pas plus fier jjour ça. Elle a donc épousé ce prince Soukhinitchi, mais elle n'aimait pas du tout son mari : en général, elle n'aime pas les hommes.

VÉTHEUIL. — Tous Ics goûts sout dans la nature.

SAMBiiÉ. — Et au besoin contre elle.

LE COMTE. — Alors, ils se sont séparés au bout d'un an de mariage, ils ont fait la fête chacun de leur côté. Elle s'est ruinée, et pour ennuyer sa famille qui ne voulait pas lui donner d'argent, elle a débuté aux Folies-Bergère.

VÉTHEUIL. — Il devait y avoir beaucoup de monde. Elle ne s'est pas trop fait siffler ?

LE COMTE. — Non, c'est-à-dire que dans les loges, les gens chics l'ont très bien accueillie, ils applaudissaient beaucoup.

C'est surtout aux petites places qu'on protestait et qu'on avait l'air de comprendre que la princesse Soukhinitchi se galvauclait... Seulement, elle a chanté des choses qui ont calmé le peuple : c'est un genre qu'elle lance... Ça s'appelle : « Chanson;? vaches », je n'ai jamais rien entendu de plus ordurier.

SAMBRÉ. — Ça fera le tour des salons.

LE COMTE, se levant. ■ — Sans aucun doute. Allons, je me sauve. (.4 V et h eu il qui le reconduit.) Passez donc place des Etats-Unis tout à l'heure, si vous avez un moment. Je ne sais pas ce qu'a Claudine, elle est triste, elle s'enjiuie... Elle n'est pas commode... il n'y a que vous qui pouvez la distraire. Allez donc la voir, ce sera une bonne action.

VÉTHEUIL. — Certainement... je tâcherai... c'est que j'attends une dépêche. Je peux être obligé de pr.rtir d'un moment à l'autre pour des affaires de famille

LE COMTE. — Tiens... oh donc irezvous ?

VÉTHEUIL. — Je ne sais pas.

LE COMTE. — Comment, vous ne savez pas oîi est votre famille? Quel drôle de garçon vous faites! On vous invite, vous oubliez de venir, vous êtes un type, vous savez.

VÉTHEUIL. — Mais non, je vous assure.

LE COMTE. — Allons, au revoir. (A de Samhré.) Monsieur, enchanté de vous avoir connu.

Poignées de main. Vétheuil le reconduit.

Le COMTE. — Ça s'appelle « Chansons vaches ».

Amants

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