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QUELQUE CHOSE DE GRAND

Amants

per a été très gai... on s'est beaucoup amusé. D'ailleurs, vous avez arrangé cet hôtel avec un goût... C'est une très jolie crémaillère !...

JAMINE. — Et vous savez, ça ne fait que commencer, j'ai l'intention de donner quelques fêtes cet hiver.

m'""^ grégeois. — Ce sera plus gai qu'avec l'ancienne pi'opriétaire.

JAMINE. — Oui, oui, je n'ai pas l'intention de vivre à l'écart comme Claudine Rozay ; je donnerai des redoutes, des dîners à têtes...

RAViEK. — C'est ça, des dîners à têtes, avec des robes à queue.

JAMINE. — Que vous êtes bête. Ravier ! Enfin, ça va être tout à fait la grande vie, n'est-ce pas, Ernest?

PRUNIER. — Oui, il faucix'a faire venir les petites Anglaises, vous savez. Les sisters Lewelyn.

JAMINE. — Mais non, on ne fera pas venir les petites Lewelyn ; quand elles sont là, il n'y a pas moyen d'avoir les messieurs, et puis, c'est très mauvais pour vous de voir les petites Lewelyn ; vous savez bien que ça vous congestionne. Non, non, on jouera ici la comédie, je ferai venir des artistes de la Comédie-Française. {On rit.) C'est bête ce que J'ai dit.

DE SAMBRÉ. — Non, c'est très gentil.

RAVIER. — Vous ne savez pas ce qu'il faut faire jouer ici? C'est une jolie petite revue.

JAMINE. — Qui la fera?

RAVIER. — Moi !

JAMINE. — Qiii la jouera ?

TOUS. — Nous !

RAVIER. — Vous accepteriez des rôles?

m'"*" grégeois. — Accepter ? Mais nous intriguei'ons pour en avoir.

JAMINE. - — Et puis, j'ai des amis au théâtre : Raymonde Percy qui jouait dans le Sept de Pique.

M™^ SORBIER. — Ah ! oui, qu'est-ce qu'elle a donc fait dans le Sept de Pique?

JAMINE, — Mais elle a fait tomber la pièce.

DE SAMBRÉ. — Il n'y a plus à hésiter.

m""® sorbier. — Qu'est-ce que je ferai, moi?

RAVIER. — L'Exposition de 1900, et vous, madame Grégeois, vous ferez In Conmièro.

JAMINE. — Eh bien, maintenant que tout est débarrassé, on peut danser.

Les tziganes jouent, des couples s'enlacent et tourbillonnent.

RAVIER, à J a mine. — Vous savez que,

je vous adore !

JAMINE. — Chut! chut ! Vous me direz cela demain ! Venez à cinq heures.

RAVIER. — Ici?

JAMINE. — Oui, ici.

RAVIER. — Crémaillère?

JAMINE. — Crémaillère !

RAVIER. — La route est belle?

JAMINE. • — Elle n'est pas vilaine.

iieiii )iif lote »tf t'est

Les Mêmes^ GAUDERIC.

gauoeric. — Je vous demande pardon, chère madame, de vous déranger, mais je vais m en aller et, avant de partir, j'aurais bien voulu avoir quelques détails pour mon article, si vous voulez que je parle de votre soirée.

JAMINE. — ■ Mais, certainement, monsieur ; mais je ne sais pas ce qu'il faut vous dire. Voici M. Ravier qui vous donnera tous les renseignements nécessaire';, bien mieux que moi-même, il a tellement l'habitude! N'est-ce pas. Ravier?

RAVIER. — Mais parfaitement.

JAMINE. — Alors, laissez-moi vous présenter. M. Ravier, M. Gauderic.

RAVIER. — Enchanté, monsieur.

GAUDERIC. — Mon nom ne vous dit sans doute rien, mais c'est moi qui signe dans le Riiy Blas « Will of the Wisp ! »

RAVIER. — En effet, je connais « Will of the Wisp ».

JAMINE. — C'est un nom anglais, n'estce pas? Qu'est-ce que ça veut dire ?

GAUDERIC, arec grâce. — Ça veut dire : Feu follet!

JAMINE, le regardant et riant, à cause i/nr Gainleric est laid et commun. — Hi ! lu ! hi 1 Feu follet !

\\\\c s'en va, un gentleman la cneille au pasnage et l'entiaine dans le tourbillon.

RAVIER. — Monsieur, je suis à votre disposition.

GAUDERic. — Mon Dieu, monsieur, vous savez comment on procède ordinairement : ce sont les maîtres de la maison qui envoient eux-mêmes une petite note sur leur soirée... On l'insère gratuitement ou non, mais, en tout cas, c'est toujours banal, sans originalité, sans couleur, ce n'est jamais que de la littérature de gens du monde. Au Ruy \ Blas, nous procédons autrement : j'aime à me rendre compte par moimême, à vivre quelc[ues instants dans le milieu dont ]& dois écrire, pour en , saisir la nuance exacte ; je cherche par ! conséquent les indications un peu inti- 1 mes et je ne recule pas devant la grosse indiscrétion. Ici, vous êtes de la mait-on, que faut-il dire?

RAViEii. — Mon Dieu, monsieur, l'est bien simple. Vous n'avez qu'à (lire qu'on pendait la crémaillère chez ITenriette Jamine, dans le ravissant petit hôtel que vient de lui offrir M. Ernest Prunier.

GAUDERIC. - Au! c'est Pruuier qui a payé l'hôtel... Prunier, le marcliand de ciments ?

RAVIER. — Lui-mê/ne, les petits cadeaux cimentent l'amitié... Tenez, voilà un mot pour votre article.

GAUDERIC. — Est-ce que cet hôtel n'appartenait pas à Claudine Rozay avant d'être acheté par M'"^ Jamine?

RAVIER. — En effet.

GAUDERIC. — Et pourquoi Claudine Rozay a-t-elle vendu? Situation embarrassée? Revers de fortune ?

RAVIER. — Oh! pas du tout! Elle a vendu, parce qu'elle en avait assez... parce qu'elle veut vivre à la campagne.

GAUDERIC. — Et y a-t-il des notabilités ici? Pourriez-vous me citer quelques noms ?

RAVIER. — Dans quel ordre?

GAUDERIC. — Dans l'ordre que vous voudrez, ça m'est égal.

RAVIER. — Non, mais vous dites des notabilités... Alors, je vous demande dans quel ordre, dans quelle partie, si vous ai» niez mieux.

GAUDERIC. — Politique, finances, art.

RAVIER. — Il y a Schlinder ! . . . {(lauderic écrit sur ^es manchettes.) Ah! il vous

GAUDERIC.

Ca veut dike : Feu follet !

faut des manchettes pour écrire, comme à M. de Buffon.

GAUDERIC. — Oui, mais moi, ce sont des manchettes documentaires.

RAVIER. — Il y a Schlinder, l'ex-préfet de police, qui a été révoqué il y a deux ans ; il y a le comte de Ruyseux, le président des comités royalistes ; il y a Vétheuil qui revient d'Indo-Chine, oii il était parti avec la mission Renaud... et puis d'autres seigneurs sans importance.

GAUDERIC. — Et les femmes? Pourriezvous me donner quelques noms ?

Amants

RAVIER. — Oh! les femmes qui sont là ont horreur de la publicité... Elles ne tiennent pas du tout à ce que leur nom soit imprimé dans les feuilles.

GAUDERic. — Pourtant, ce sont...

RAVIER. -- Des femmes entretenues...

mais une catégorie spéciale de femmes entretenues... elles sont dans une certaine situation, elles ont des enfants qu'elles prétendent élever aussi bien que dans les pllis correctes familles. Elles mettent leur coquetterie à ce qu'on ne parle pas d'elles, c'est ce qui les différencie des cocottes.

GAUDERIC. — Et des duchesses. Je voixs demandais ça, parce qu'on aime toujours ces petites réclames.

RAVIER. — Et c'est absurde! A quoi ça sert-il? Ça ne trompe personne... entre nous, nous savons bien à quoi nous en tenir quand nous lisons que la belle M""' Fromage a chanté comme un ange l'air des Bijoux de Faust, ou que M. le Pinson a fait jouer avec le plus grand succès un acte de sa façon.

GAUDERIC. — Je sais bien, mais c'est de leur snobisme que nous vivons !

RAVIER. — Il faut en rire.

GAUDERIC. — Il me reste à vous remercier, cher monsieur, de votre amabilité.

RAVIER. — Mais du tout, trop heureux.

Dites-moi, vous ne m'oublierez pas dans votre petit compte rendu de la soirée... Je vais vous donner ma carte... C'est moi qui ai fait la revue que l'on a jouée dernièrement au cercle...

Ils sortent.

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