DU SOLDAT
^JE'J'— .mAPEboa;
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^ mes camarades de l'Armée,
Janvier 1875,
A MA MÈR
îh bien, oui ! si puissant que soit le ridicule, 51 mauvais air (ju'on ait à bien parler de soi, "'est assez qu'on hésite, et trop que l'on recule, .orsque l'orgueil est juste et que le cœur est droit, )ui ! cette femme, au cœur français, à l'âme fiére, )ui mena vaillamment ses deux fils aux combats, Dut ! cette femme-là, cette femme est ma mère ît c'est mon frère et moi (lu'elle a créés soldats.
^uels sarcasmes d'ailleurs
elïraieraient ma franchise, 7eux-là seuls me liront pour lesquels seuls jVcris; Et mes vers ne vont pas,
comme un jouet ([u'on brise Des mains des esprits forts
aux mains des beaux es[)rits.
N^on, non !
tous ces récits ])leins de deuils et de larmes. Moins écrits que pensés, moins jiensés que vécus, S'en vont toujours tout droit,
marchant toujours en armes, De ceux <|ui sont conquis à ceux qui sont vaincus. Kt c'est devant ceux-là, mère, que je t'honore. Devant eux qu'à genoux je tends vers toi les bras, F'.t que, d'un accent fier comme un clairon sonore, fe viens jeter ton nom, ma mère, à mes soldats, [e veux leur révéler ton cœur et ton courage. Fis disent (|ue tes fils ont fait tout leur devoir: Le devoir ()u"ils ont fait, mère, c'est ton ouvrage. L'honneur qu'ils en ont eu, c'est toi qui dois l'avoir. Ils ne sont pas partis furtifs pour les batailles, S'arrachant sans adieux à des bras révoltés. Ils ne t'ont pas volé le sanu de tes entrailles. C'est toi, mère, c'est toi, qui leur as dit : « Partez, I Partez, ils sont vaincus les soldats de la France ! « Mon cœur pour conquérir ne vous eût ])as prêtés, « Ce n'est plus la conquête, enfants,
c'est la défense.
<' Le sol est envahi, je vous donne; partez! »
Hélas' si tous les fils étaient partis de même; S'ils étaient tous partis les fils, même autrement !
Mais à combien,
sans voir l'horreur de leur bLasphème, Les mères ont soufflé : Ne te bats pas, crois-m'en ! Et combien les croyaient
qui n'étaient pas crédules !
Ah ! pauvre armée ! on va t'insultant à l'envi, On dit que tu trahis lorsque tu capitules: Comment dis-tu (ju'ont fait ceux qui n'ont pas
[servi?
Certe, il en est venu (|ue leurs mères en larmes Avaient éperdument bercés dans leurs frayeurs; S'ils furent bon Français malgré ces cris d'alarmes, Ah ! comme un cri d'esjxiir les eût rendus meilleurs ! Quel souffle ardent aurait transfiguré leur être! — Quand les ca>urs sont vaillants,
les corps sont aguerris.
Comme ils auraient man hé,
lutté! vaincu ])eut-être !...
Ah ! que de vrais soUlats les mères nous ont pris!
Kt qu'elles ne croient p;is (|ue vraiment maternelles Leur faiblesse du moins s'est payée en amour. Les larmes du départ n'ont i)as coulé pour elles, l'.Ues n'ont pas connu les larmes du retour. Qu'elles ne disent pas, (|u'elles n'osent pas dire, (3 ma mère, insultant ta tendresse et ta foi. Qu'en nous faisant soldats tu n'étais pas martyre. Que tu nous as cîonnés sans rien donner de toi. Hélas ! c'est à te voir tant souffrir, i^auvre femme. Que j'entrevois quel deuil cachaient tous tes efforts Tes deux enfants partis t'avaient emporté l'âme, Tes deux enfants blessés auront brisé ton corps.
Kt voilà que vieillie et (|u'infirme avant l'heure, Ta main tremble à jamais, qui n'a jamais tremblé ; Voilà qu'encor ]ilus haute et que toujours meilleure T-'âme seule est debout dans ton être accablé... Tu sentais tout cela pourtant à l'heure sainte Où tes veux dans nos veux mettaient ta volonté, Tu le sentais sans peur, tu t'en ressens sans plainte,
Et c'est pourquoi j'en puis parler avec fierté.
Sqp la Jeanne d'flpc
Ah I peuple injuste ! Ah 1 fnule étrangement fiivjle, Qui, devant ce bronze pieux,
Méconnaissant la sainte et cherchant urue idjU; N;y vois pas plus loin que tes veux !
Qu'un troupeau de soudjrvis,
que l'instinct seul entraîne,
Kt dont la force fait le droit, Raille cette eflif,'ie oii Tâme est souveraine,
M. lis toi, mon pauvre peuple, toi !
Toi de qui c'est le rôle et dont c'était la gloire
De servir l'Idée en soldat, As-tu donc, ignorant, mal connu cette histoire,
L'as-tu donc oubliée, ingrat?
D'où viennent-ils ces mots que ton dédain murmure?
Que blàmes-tu, triste mo<|ueur?
Et qu'espérais-tu donc trouver si«is cette armure.
Qu'un être faible, et (jifun grand cœur?
Comment peux-tu passer devant cette œuvre tière Qu'il ne tressaille au fond de toi
De ces élans subits (jui sont de la i)rière, De ces vœux qui sont de la foi.
Tu ne comprends donc pas que ton reproche même
l'.st un éloore triomi)hant, Et que c'est un portrait, tout autant qu'un emblème.
Cette héroïne au front d'enfant.
Tu ne comprends donc pas (|ue cet être qui plane. Ce bras levé, ces veux ravis.
C'est elle, c'est la sainte et grande Paysanne, Ta Paysanne, ô mon Pays !
Ah ! quel présage ardent que cette époque sombre,
Quel avenir que ce passé !
Quand vaincu par la force et broyé sous le nombre,
Ce peuple gisait terrassé;
Et que le crovant mort, et que s'en crowint maître,
L'enroulant de son noir drapeau, L'étranger avait fait un tombeau pour l'y mettre, Jeanne a surgi de ce tombeau;
Et, qu'embrasant les lœurs à son âme immortelle, La gloire au fnnit, bannière en main,
l'>lle a détruit j)ar nous et chassé devant elle.
Tous nos vaiiKjueurs de grand chemin.
Car l'éternelle histoire est là qui recommence : Ces jours-là, ce sont ces jours-ci ;
C'est un autre étranger, mais c'est la même France, Et c'est le même peuple aussi.
Ce peuple, qu'un frisson de vertige terrasse, Que ranime un ravon d'espoir.
Qui faible })ar accès, reste vaillant par race. Et perdant tout, peut tout ravoir.
Va reitres d'Allemagne ou routiers d'Angleterre, Archers saxons ou lansquenets.
Quel que soit le vainqueur qui détienne sa terre, La France retourne aux Français;
Si longlemjis que son pied pèse sur notre tête, .~ii long que soit le châtiment.
En vain le conquérant l'appelle la cont[uête. L'histoire est là qui le dément !
Laissons donc railler ceux fjui,
prom])ts à se distraire,
Sont lents k plier les genoux ; Laissons la foule aveugle ignorer sa guerrière.
Nous, les vaincus, jirosternons-nous ' |
Et vouant notre espoir, consacrons notre haine, Consacrons nos cœurs recueillis
A Jeanne la Française, à Jeanne la Lorraine. La patronne des envahis !
En Avant !
Le tambour bat, le clairon sonne; (hii reste en arrière?... Personne! C'est un |)eujile qui se di^fend.
En avant !
Gronde canon, crache mitraille !
Fiers bûcherons de la bataille, (Ju\ rez-iiiius lui cheiniu sanj^lant ! Va\ avant !
Le chemin est fait : qu'on v 7)asse ! Qu'on les écrase, (|u'on les chasse!
Qu'on soit libre au soleil levant !
En a\ ant !
Allons! les f;ars au cœur robuste, Avançons vite, et visons juste, La France est là qui nous attend.
En avant !
Leur nombre est grand dans cette plaine: \\i
]'"st-il plus grand que notre haine.'' Nous le saurons en arrivant.
En avant !
Leurs canons nous fauchent? Qu'importe, Si leur artillerie est forte, Nous le saurons en l'enlevant En avant !
Où nous courons? où l'on nous mène?
Y.i si la victoire est prochaine.
Nous le saurons en la trouvant.
En avant !
T.n avant ! tant pis pour nui tombe, I,a mort n'est rien. Vive la tombe, Quand le Pays en sort vivant.
En avant !
LE Bon GITE
Bonne vieille, que fais-tu là?
Il fait assez chaud sans cela.
Tu peux laisser tomber la flamme.
Ménage ton bois, pauvre femme.
Je SUIS séché, je n"ai plus froid.
Bonne vieille, pour qui ces draps?
Par ma foi, tu n'y penses pas !
Et ton étable? et cette paille Où l'on fait son lit è sa taille?
Je dormirai là comme un roi.
Mais elle, qui ne veut m'entendre, Jette un fagot, range la cendre :
Mais elle, qui n'en veut démordre, Place les draps, met tout en ordre :
« Chauffe-toi, soldat, chauffe-toi. »
« Couche-toi, soldat, couche-toi! »
Bonne vieille, je n'ai pas faim.
Garde ton jambon et ton vin ; J'ai mangé la soupe à l'étape.
Veux-tu bien m'ôter cette nappe !
C'est trop bon et trop beau pour moi.
— Le jour vient, le départ aussi. - — Allons! adieu... Mais qu'est ceci?
Mon sac est plus lourd que la veille... Ah! bonne hôtesse! ah! chère vieille, Pourcjuoi tant me gâter, pourquoi?
Mais elle, qui n'en veut rien faire, Taille mon pain, rempl'it mon verre
Et la bonne vieille de dire, Moitié larme, moitié sourire :
« Refais-toi, soldat, refais-toi. »
« J'ai mon ^ars soldat comme toi
Et la bonne vieille de dire.
Moitié larme, moitié sourire :
(( J'ai mon gars soldat comme toi ! »