‹ L'esprit françaisChapitre 37 sur 315 · CHANSON · texte numérisé non relu

CHANSON

C'est depuis l'aube qu'on marche; Les hommes n'en peuvent plus; Qu'elle est humble, leur démarche : Qu'ils sont tristes, les vaincus!

La retraite est consommée, C'en est fini des combats.

Pauvre France ! pauvre armée !

Dieu n'aime pas tes soldats!

Au premier bourg où l'on passe :

« Qu'ils sont pâles! » a-t-on dit;

Et d'un accent qui les glace :

« C'est qu'ils ont eu peur, pardi ! »

Alors un pauvre Mobile

Triste et fier se retourna,

YX forçant sa voix débile :

K II n'a pas peur, le soldat !

« — Peur ou non, dit im brave homme,

« Entrez et buvez \\\\ coup,

« Vous êtes Français, en somme...

« — Non, je suis Français surtout,

« Et c'est pourquoi je réclame...

« Dieu bon ! En sommes-nous là

« Si le pavsan le blâme,

« Qui donc plaindra le soldat?

« Il a lutté, je vous jure,

« Et si vous doutez encor,

« Tenez! Est-ce une blessure?

« Et quand j'en parle ai-je tort?

« Et plus d'un sans en rien dire

« Est frappé qu'on ne voit pas...

« Ah ! re n'est nas bien de rire

« Au passage des soldats !

Nous fuyons; la chose est triste.

Mais comment faire à la fin?

Voilà trois jours qu'on résiste, En voilà huit ciu'on a faim.

Avoir froid, on s'habitue.

On se réchauffe, on se bat ; Mais ne pas manger, ça tue.

C'est un homme, le soldat?

Impuissants à nous défendre.

Dans les bois qu'ils dévastaient Nous pouvions encor nous rendre, Et les Prussiens y comptaient.

YX nous n'avions qu'à les suivre.

Et le pain cuisait là-bas.

Mais sans souliers et sans vivre Ils ont marché, les soldats.

I^e canon nous fit escorte

Sans roini)re nos ran"s meurtris;

Il vente, il neige, qu'importe !

La liberté vaut ce prix.

Et dans ce coin de la France

Où nous arrivons si las.

On jette à notre souffrance :

— Ils ont eu peur, ces soldats! »

(i; — Ils ont eu faim, c'est moins drôle !

fi Pas vous, n'est-ce nas? Tant mieu.\ ! »

Et, le fusil sur l'épaule,

Il s'éloigna sans adieu.x.

Mais déjà dans le village

Les vaincus marchaient au pas.

Entendant sur leur passap-e :

« Que Dieu gaidc nos soldats ! »

Suir Corneille

i'rance, t^coute bien celui-là, c'est Corneille ! Il mitre est orateur, ])oète, historien ;

11' l'orme l'esprit ou te charme l'oreille, i-liu-là, c'est Corneille! ô France, écoute bien!

l SI tu veux reprendre et retrouver ta force, 1 tu veux te sjuérir di couii <|ui t'ébranla, ispirc cette sève au cteur de ton écorce : 'Uuin, vieil arbre mort, les biulierons sont là !

Mus d'un l'a beaucouji dit ciue l'on n'écoutait guère \\ iiit d'être abattu, ce peu])le est abaissé; I iiK'Connaît la gloire; il désapprend la guerre... |ilclas! nous étions un contre trois! — Je le sais,

IMais nous ne crovions plus au cri du vieil Horace, Mais s"il fut des vaillants qui Font osé jeter, Un groupe de héros n'en refait pas la race, i'^t c'est un pauvre iieu|ile où l'on doit les compter!

Le même sang pourtant coule bien dans nos veines. L'air que nous respirons traverse bien nos bois. Les vins de nos coteaux et les blés de nos plaines Mûrissent bien encore au soleil d'autrefois.

Oui, cette terre ardente, et diverse, et fertile, Bonne à tous les produits, iJrête à tous les essais, Ce sn] T)uissant, ces eaux vives, ce ciel mobile, Tout cela, c'est la France !

Où donc sont les Français?

Où donc ce peuple fier de son sang et prodigue, Oue le danger commun trouvait prompt à s'unir; Ce peuple, qui ietait le défi de Rodri'nie, Et qui, l'ayant jeté, savait le soutenir?

Le devoir et l'honneur, l'héroïsme et la gloire, Ce faisceau de grandeur aux immortels liens, Ces mots (iui sont la langue et nui furent l'Histoire, Ces grands mots qu'un Corneille a fait cornéliens.

Quel fou les a raillés de sa lèvre flétrie? D'où nous vient sur nos dieux ce doute désolé? Quel être sans famille a nié la Patrie? Qui donc a dit: « Tu mens! »

quand Corneille a parlé.

Ah ! faiseurs de jiamphlets

et chercheurs de doctrines, C est vous, les impuissants, qui nous avez détruits ! C'est votre esprit qui vient crier sur nos ruines Ne sois d'aucun Devoir, tu n'es d'aucun Pavs !

Ah ! la fraternité des peuples vous enchante? Kh bien ! l'heure est (propice à vos enivrements. Votre chanson est belle et vaut bien qu'on la chante. Regardez-les passer, vos frères Allemands !

Oui, vous avez raison; c'est hideux le carnage; Oui, le Progrès blessé recule et se débat; iSIotre siècle en fureur retourne au moyen âge, Mais sachons donc nous battre

au moins puisqu'on se bat.

Oui, le sort nous a vrh de bien chères victimes, Et Regnault expirant est là comme un remord : La guerre a de ces coups, la îi^loire a de ces crimes. Mais régoï;,me humain est plus laid quelamort... —

Il est sous le soleil des heures de vertige Où la vertu d'un peuple hésite et s'interrompt, Où, couvrant de grands mots

l'instinct qui la dirige, La peur même, la peur n'a plus de rouge au front.

C'est là, c'est au travers de ces époques noires Qu'un ennemi rampant s'est glissé jusqu'à nous; Ses monstrueux anneaux ont étouffé nos gloires. Et la France enlacée est encore à genoux.

Pauvre France ! que Dieu te protège... et te change ! Ton espoir était fou, que ton deuil soit sensé. Tu parles déjà haut de l'avenir qui venge, L'avenir qui réj^are est-il donc commencé?

On t'excite, on te plaint, on crie, on te harangue. Ah! mon pauvre pays, souviens-toi de Babel? N'écoute qu'une voix, ne uarle (lu'une langue. Quand tu n'as qu'un devoir et que tu sais lequel.

Et quoi que l'on te f)Touve, et quoi que l'on t'allègue, Quel discours jieut valoir

ces trois mots triomphants :

« Meurs ou tue ! «

Lhi soufflet t'a renversé, don Diègue?

Ne pleure pas ta honte, appelle tes enfants !

Et toi. Corneille, toi. Père du grand courage, Redis-nous ces leçons dont lu formais des cœurs, T,e calme dins l'effort, la haine après l'outrage, Redis-nous la Patrie, et refais-nous vainqueur»!

Vœ Victopibus !

La Prusse et les Prussiens ont vaincu l'Allema-^jne. Les ruses sont leurs jeux, les pillages leurs biens; Ils ont vaincu la France et tiennent sa cimpagne. La Prusse et les Prussiens !

Aussi, con^me ils sont fiers sur le seuil de la porte ! Comme ils font sur nos maux de joyeux entretiens ! (,)uels souvenirs elle a, quels espoirs elle porte, La Prusse des Prussiens!

Comme elle dit :

« Laissez passer les rois des hommes, « Peuples, rennnni<=ce7. nos droits patriciens; « L'univers est à nous,

i)uisf)ue c'est nous qui sommes

« La Prusse et les Prussiens! »

Eh bien, moi je le hais, ce peuple de Vandales, De reitres, de bourreaux,

— tous ces noms sont les siens; — ■ Je le hais, je maudis dans leurs races fatales La Prusse et les Prussiens!

One leur roi, consacré tvran par la victoire. Refoulant le progrès jusques aux temps anciens, Bâillonne dans leur joie, étouffe sous leur gloire La Prusse et les I^russiens !

One la plèbe aux aboâs s'y déchaîne par meutes; Que de ces bords du Rhin dont ils sont les gardiens, Nous puissions voir crouler, sous le feu des émeutes, La IVusse et les Prussiens!

Que leurs maux soient sans plainte

et leurs morts sans prière.

Qu'ils soient chassés du Temple en vrais Pharisiens ! Qu'aucune foi ne guide, et qu'aucun Dieu n'éclaire La Prusse et les Prussiens !

Que le luxe, volé dans nos villes attiques. Change, sans les former, leurs goûts béotiens ; Qu'elle vive fiévreuse, et qu'ils meurent étiques, La Prusse et les Prussiens !

Enfin, c'est là surtout le vœu de ma jeunesse, C'est seul pourquoi je vis, c'est à quoi seul je tiens, Que la Patrie en deuil se reprenne et ne laisse Que la Prusse aux Prussiens !

Que tout s'arme contre eux,

contre eux que tout conspiie Que, f|uels que soient le chef, la route et les moyens, La France et les Français

n'aient qu'un seul but : détruire La Prusse et les Prussiens!

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