‹ L'esprit françaisChapitre 42 sur 315 · I.E CONSCRIT · texte numérisé non relu

I.E CONSCRIT

A VOUS parler sans mcnterie, Je ne suis pas un grand docteur.

Je n'ai jamais lu de ma vie, Peut-être est-ce là le malheur, Et qu'en comprenant la Patrie, J'aurais aussi compris l'Honneur?

Mais à parler sans menterie, Je ne suis pas un grand docteur.

LE CAPITAINE

Que n'as-tu su plus tôt le dire, Je t'aurais pardonné plus tôt!

La grande école du Drapeau Saura te former et l'instruire.

Conscrit, nous t'apprendrons à lire, Mal d'ignorant, n'est pas défaut.

Que n'as-tu su i)lus tôt le dire.

Je t'aurais pardonné plus tôt!

La Belle Fille

Sur In. grand'place du village NdUs passâmes tambour battant.

Lors, j'aper<,'us à mon jjassage Belle fille au riant corsage Qui nous criait : « Soldats, couragt Et moi, (.'li-je fiiit dans l'instant, « Du courage? Àh ! j'en aurais tant « Si je baisais ce beau visage ! »

Et pour lors elle, m'avisant, Me tend la joue et dit : « Prends-en. J'en aurais bien pris davantage.

Mais sur la place du village Nous [)assâmes tambour battant.

T'ai Te])assé par cette place ' —

Las ! bêlas ! tout était perdu '

L'ennemi nous donnait la chasse,

Et je marchais la tête basse.

Col levé, képi rabattu.

Mais elle, c|ui m'a reconnu :

« C'est donc pour ça qu'on les embrasse?

« Rends-le moi, mon baiser, vaincu ! »

Et lors me sautant à la face

La belle fille m'a mordu...

Ah ! les tambours n'ont T)lus battu,

Quand j'ai repassé par la place.

Las ! hélas ! tout était perdu !

Sta.i:Lces

— Peut-être ont-ils bien fait d'avoir été féroces, La rage eiit été courte et son transport banal ; — Mais l'horrible conquête avec ses lois atroces, Mais des Français

marqués Prussiens à coups de crosses

Peut-être ont-ils bien fait de nous faire ce mal !

Oui ! c'est vous qui rendez une âme à la Patrie Vous êtes son retour au devoir déserté. C'est en vous qu'elle croit,

c'est pour vous qu'elle prie C'est à vous voir saigner des coups qui l'ont meurtri Qu'elle a dans ses remords retrempé sa fierté.

Et ce n'est pas ici ma douleur qui blasphème ; Ce n'est pas le soldat qui rêve de combats; C'est mon suprême espoir qui jette un cri suprême. Oui, Lorrains que je pleure, Alsaciens que j'aime, Nous ne marchons ici que pour aller là-bas.

Mais, fils du sol gaukiis mis en terre prussienne — Etranges exilés envahis par l'exil ! — Frères d'Alsace, et vous, frères de la Lorraine Gardez-nous bien l'amour, gardez-leurbien la haine Vous êtes notre deuil, devenez leur j)éril !

Et que l'idée en soit douce à votre souffrance, — Bon pays de soldats, si fertile en héros, — Vous restez bien Français, car vous servez la France, C'est dans votre jirison que nait sa délivrance. C'est son astre qui monte à travers vos barreaux.

Car rapide ou tardive, elle viendra notre heure Le Dieu, qui nous frappant ne nous a pa- détruits Veut que ce peuple souffre,

il ne veut pas qu'il meure Et les larmes de sang que notre haine jileure, C'julent, torrent sacré, jusqu'au cœur du Pays!

OTHOniEL

8. Et la Scijncur, iirilé contre Israël, le livra entre les mains de Khijsânn, roi de Mésopotamie

9. Mais ils crièrent vers le Seigneur <jui leur .suscita un vengeur, Olhonicl, fils de Ce nés

{Les Juges, cli. III.)

Or, Khvsânn ctànt roi de Mésopotamie, Le Seigneur d'Israël lui livra les Hébreux : Sous l'instinct réveillé l'âme était endormie. Or le blé qu'ils semaient ne poussa plus pour eux.

Ce ne fut t)lus pour eu.v que les cuves de chêne Remplirent leurs lianes noirs

du jus noir des raisins ; Et les troupeaux menés à la source prochaine Ne paissaient plus pour eux sur les coteaux voisins.

Ils perdirent le droit viril des armes nobles; A peine accordait-on à leurs bras sans joyaux, Pour labourer leurs champs

et nlanter leurs vi|:Tnobles, Le soc de la charrue ou le fer des hoyaux.

Ainsi leur vie allait humble et désesj^érée. Mais (juatre ans de ce joug irritèrent les fronts, Et s'étant réunis aux portes de Pérée, L'un d'entre eux se leva qui

leur dit :

« Nous souffrons!

« Nous souffrons,

mais le Dieu qui nous fit ces jours mornes, « Fit aussi ce serment qu'il n'a jamais trahi : « — L'épreuve aura son temps,

le temps aura ses bornes...

« Où donc est Othoniel qui vainquit Gelmaï? n

Une voix répondit : « Othoniel vit encore, « Il vit et les grands bois noussent pour le cacher. « Sa lance e^t enterrée au pied d'im s)comorc « Et son glaive v.iinqneur

dort au creux d'un, rocher. »

« Othoniel vit encor ! reorit la foule immense, ic Loué soit l'Eternel qui combat avec lui ! « Le mauvais jour n'est plus,

un jour meilleur commence.

« Othoniel vit encor qui vainquit Gelmaï ! »

Et les douze tribus désignèrent douze hommes ; Et l'homme de Lévi dut parler seul pour tous : « Dis-lui que s'il est las de souffrir,

nous le sommes, « Et qu'on vaincra par lui

s'il veut lutter pour nous. »

Les douze messagers partirent le soir même, Et sous les bois profonds

leurs pas couraient douteux Quand un matin — c'était d('jà le quatrième — De grands lévriers roux bondirent devant eux.

Or ceci se passait au lieu dit du Message. De lourds blocs de granit resserraient le chemin, Et sur le haut d'un roc qui gardait le passage, Etait un homme, et l'homme avait un arc en main.

A demi nu, couvert de quelques peaux de bêtes, Avant avec sa barbe, et sous ses longs cheveux, L'air hautain des guerriers,

l'air calme des prophètes, Il s'avança, faisant un geste impérieux.

T,es douze messagers, touchant du front la terre : « Le jour est arrivé: le temps est révolu. « Déni soit lébnvah ! Gloire il Dieu notre Père ! « Olhonicl d'AhaUb, fils de (. cncs, salut!

Othoniel

xrii

« Israël nous cn\.'ir; Israël souffre et ]ileure, « ]']t des terres «le (lad aux terres de Joseph, « Tous les hommes debout

n'attendent que ton heure, « Les veux-tu pour soldats?

ils te veulent pour chef. j>

xxir

— Othoniel rajustait sa lame sans rien dire. — « O l'ère! ))rends pitié de tes fils aux abois! « Sois bon pour nous sauver,

sois fort pour nous conduire:

« Rends-nous nos champs, rends-nous nos blés,

[rends-nous nos bois.

Mais secouant la trie avec un air de doute. Se retournant déjà du coté des forêts, Kt rappelant ses chiens, et rej)renant sa route, Othoniel répondit : «. Non, vous n'êtes pas prêts. »

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