X.XIII
« Rends-nous les longs sommeils jiaisibles sous la
[tente « Les lon<,'s repas du soir sous le ciel transj)arent, i< l'.l ipi'Israél, vêtu de sa pourpre éclatante, « Lave son front guéri dans les eaux du torrent. »
T,fs envovrs a\'anl rapiiorté ces parcdes, La douleur arrabla les en fants d'Israël ; Et c'étaient des cris fous,
c'étaient des plaintes folles, Quand l'un d'entre eux, plus sage :
Ecoutons Othoniel.
(T La voix du Dieu vivant nous parle par sa bouche. « Haïr est peu; giinir n'est rien; crier n'est pas; « Il faut l'effort qu'on voit,
il faut le but qu'on touche, s N^ous qui voulons un chef,
faisons-lui des soldats. »
Et celui qui parlait ainsi fut trouve sage. < C'est vrai (pie nous étions
trop prompts et trop ardents, V Que la haine n'est rien, que ce n'est rien la rage ; « Armons-nous en silence
et laissons faire au temiis. »
Et des plaines d'IIermath
jus(pies aux monts d'Argile Des rives du Jourdain aux torrents de Gazer, Dès que du ciel éteint tombait la nuit tranquille, Les grands feux s'allumaient, où se forgeait le fer.
lùilin, quand liiiit saisons axant changé la terre, Les lis refleurissaient pour la deuxième fois, Sous l'habit de voyage ayant l'arme de guerre. Les douze messagers revinrent aux grands bois.
Celui que l'on cherchait fut rencontré sans peine. Il était à genoux, ])rès du ruisseau d'argent. Aiguisant le fer gris de sa lance d'ébène, Et son glaive d'acier brillait sur le sol blanc.
— Et, sans voir que ces mots irritaient sa colère, — « Nous aurions le repos si tu nous délivrais; n Si tu nous délivrais nous n'aurions plus la
[guerre ! » Othoniel répondit : « Non ! vous n'êtes pas prêts. »
Cette fois la fureur dejiassn I.t surprise. Les hommes d'Israël crièrent: « Tr.ihison ! « Aux armes, quoi qu'il fasse !
au combat, quoi qu'il dise 1 »
Mais l'un d'entre eux encore : « Othoniel a raison.
« Corrompus jusqu'à l'âme,
amollis ius(|u'aux fibres, « L'élan durerait peu,
nous eût-il faits vain()ucurs;ji « Fussions-nous délivrés, Il
nous ne serions pas libres; « Nos bras se sont armés, .
sachons armer nos coeurs. »
l'^.t ceci fut compris de tous, et tous se turent, l'-t chacun retourna pensif à ses travaux. Mais pendant les deux ans qui suivirent, ce furent Des coeurs renouvelés dans des hommes nouveau.^.
Et dans tout Israël régnait un calme auguste. l-",t (|uand on se croisait le soir par les sentiers. Si l'un disait : « Sois prêt ! » l'autre disait :
« Sois juste !
Et l'œuvre de salut dura deux ans entiers.
Or, quand ce fut le jour de céh-brer la Pâque Le peuple se rendit aux lieux accoutumés; Mais comme l'on pouvait
s'attendre à quelque attaque Les hommes vinrent seuls, et tous vinrent armés
« Père, dit le lévite heureux de ce présage ;
n Les serments faits par Dieu seront-ils confirmes?
« L'esclave verra-t-il la fin de 1 esclavage?
« Est-ce l'avoir compris que de nous être armés? »
Ils s'assirent, formant un cercle auto\ir des flammes Et sons tous les propos et ilans tons les discour* Quand les lèvres montraient à nu le fond des âmes L'espoir perçait parfois, le repentir toujours...
Othoniel
« ih ! quand nous tenterons l'œuvre de délivrance, « .i, nuus étant faits forts,
Dieu nous fait triomphants ;, )iie l'épreuve, du moins, serve d'expérience, ,( ,t laissons notre exemple à suivre à nos enfants !
iM-\uns les artisans virils des fortes tâches; . \r soyons plus ceux-là
que tous montraient au doigt, ^)ii oïl a pu trouver fous,
qu'on a dû croire lâches, El qu'un sceptre étranger remettrait sous sa lui.
(i Prévoyons les combats, sans rêver de conquêtes;
« Sachons, gardant la paix, goîiter la liberté;
« Et qu'aucun fol orgueil ne chasse de nos têt^
« Si ces choses-là sont, que d'autres ont été. *
Or ils étaient là tous, parlant dans la nuit sombre, Ceux d'Azer au front noir,
ceux de Gad à l'œil bleU; Ruben, grand par le cœur, Juda,
fort par le nombre ; Or ce ([ui se dit là, fut entendu de L>ieu.
Et, — comme si cette ombre eût surgi de ce rêve, — Rejetant le manteau qui leur cachait ses traits. Avant le casque au front, ayant en main le glaive, Uthonicl, se levant, leur dit: « Vous êtes jncts ! »
IvE RKVKIiv
J'ai vécu, j'ai chanté, j'aimais.
Fou de joie, ivre d'espérance,
Sans chercher ce qu'était la France,
Sans savoir si j'étais Français,
J'ai vécu, j'ai chanté, j'aimais.
J'ai vécu, j'ai souffert, je hais.
Enrôlé pour sa délivrance,
Je sais que la France est ma France,
Je suis sûr que je suis Français...
J'ai vécu, j'ai souffert, je hais.
ILE SETiaENT
Ah ! c'était un fameux sergent
que Maître-Jacque !...
Ses officiers l'avaient doté de ce surnom Pour avoir, certain jour et dans certaine attaque, Joué de tout un peu, fusil, sabre et canon.
En Italie, en Chine, en Crimée, au Mexique, 11 avait guerroyé partout, partout vainqueur. Et médailles et croix chamarraient sa tunique, « Que, — comme il le disait, —
c en était séducteur ! »
11 n'était ni petit ni grand, la tète rase. Avec une balafre allant du front au cou. Bien planté sur ses pieds, bien campé sur sa base, Souple comme une épée et maigre comme un clou. Ses dents blanches riaient
sous ses grosses moustaches ; Le nez brusque et hardi s'arrêtait coupé court, Et sous ses noirs sourcils, deux points, deux trous,
[deux taches Flamboyaient comme deux sarments au fond d'un
[four.
Qu'il eût connu la peur à sa première affaire. Ses chefs disaient que non; lui, prétendait que si, Mais qu'avant sur-le-champ eu l'art de sen défaire En la passant à ceux qu'il effrayait ainsi, 11 n'en avait dès lors gardé pour sa personne Que juste ce qu'il faut pour ne pas se blarer, Un brin de peur, de quoi sentir que l'on frissonne. Histoire de frémir, comme sous un baiser !
Car Maître-Jacque aimait l'image à haute dose; Il était quelquefois homérique en ce point, Sans être nullement plagiaire... et pour cause L'imprimerie et lui ne se fréquentant point. <c Ce n'est pas, disait-il,
qu'on n'ait pas eu de maîtres, On a tout comme un autre appris son A. B. C, Seulement, quant à faire un mot avec des lettres Ça m'a paru frivole, et je m'en suis passé ! Et puis le livre au fond est bon pouT ces cervelles Qui sont en un clin d'oeil au bout de leur rouleau. Qui n'avant rien à soi, ne trouvant rien en elles, Puisent là de l'espri* comme on tire de l'eau. Mais moi qui sais penser, qui sais voir,
nui sais vivre, Observateur toujours et toujours curieux,
Je n'ai qu'à feuilleter ma tête, c'est mon livre: Mon crâne ost un recueil imprimé par mes yeux, i Et quand on lui disait que c'était grand dommagt Qu'un sergent comme lui restât toujours sergent « Eh bien, quoi?
si l'oiseau vaut mieux que son plumag.
« Ça ne vous suffit pas?... le monde est exigeant I : D'ailleurs grand connaisseur,
et grand artiste en guerri Sachant, comme pas un, vous fouiller un pays, Entraîner les soldats, culbuter l'adversaire, Donner des ordres nets, nettement obéis. Avec va, prévoyant comme trois majordomes, Prodiguant au jrichii ses soins intelligents, Adorant son métier, adoré de ses hommes : Bref le dieu des troupiers et le roi des sergents.
Or, ce jour-là, le vieux vainc|ueur était en fête, Son régiment devait marcher au Prussien. Et comme on lui parlait du bruit d'une défaite « Ça n'est pas vrai d'abord,
et puis ça n'y fait rien (C Possible ! ajoutait-il d'un ton de confidence, « Qu'à triompher sans nous on ait eu quelque ma « C'étaient nos violons qui manquaient à la danse « Mais ça marchera bien quand nous serons du ba
Le régiment, placé tout d'abord en réserve Au revers d'une crête, attendait là son tour ; Et le cœur tout en joie et l'esprit tout en verve Le sergent contemplait sa troupe avec amour. Presque tous ses soldats étaient des vieux d'Af riquf Tenaces, Dieu sait comme !
ardents, Dieu sait combler Et leur clignant de l'œil pour toute rhetoritiiie, Maître-Jacques joyeux se disait; « Ça va bien! Quand, s'étant reculé pour juger de l'ensemble, Il fronça les sourcils et de sa grosse voix : « Mais nom de nom ! fit-il,
mon nun)éro trois tremble (t Numéro trois, sortez! venez, numéro trois! » Et ce fut un petit paysan triste et blême Qui tout tremblant sortit des rangs et s'avança. « Nous avons peur, dit Jacc|ues,
extrêmement peur même, a Qui diable m'a donné des conscrits comme ça !
ïULEKjZ— CMAPEf^ON «
— Peut-on t'offrir encore à boire, mon bonhomme?
— On n'en a plus besoin, sergent.
Mais l'autre avait rougi jusqu'aux veux :
« Sauf excuse, K Mou sergent,
je uni pas si peur que j'en ai l'air. » Et Jarque, souriant de sa mine confuse : — C est jeune, c'est craintif;
mais c'est Trançais, c'est fier. • — F.t lui prenant l'oreille avec un air paterne : « — Ben ! non ! Tu n'as pas peur, dit-il,
^a n'est pas vrai, « Seulement il te manr|ue au fond de ta giberne « Deux grains de diable au corps,
je te les y mettrai !
K — S'il vous jîlaisait, sergent,
les mettre tout de suite, « je sens que j'attendrais r>lus gaîment le signal... « Ils font là-bas un bruit de canon qui m'agite.
« — Je suis siir que tu crois qu'on va te faire mal?
« — Mais je ne le crois pas, sergent, je le sup|)ose.
« — Les suppositions ne valent rien jamais.
« La bataille a bien ses dangers comme autre chose,
« Plus nombreux, j'en conviens, mais gais,
je te promets.
« — Oh ! gais, sergent ?
« — - Mais oui, très gais !
Rien n'est maussade K Comme d'aller traîner ses guêtres sans efforts ; d Marcher, contre-marcher,
sans la moindre gambade, « Un petit tour de feu, c'est la santé du corjis !
'< — Ça dépend des santés, sergent, je vous assure. « Puis... ça ne vous a pas toujours tant réussi...
« — • Parce que tu me vois au front une blessure? « Eh bien, et celle-là, petit, et celle-ci? » Et le petit conscrit ouvrait des yeux immenses, «t Tu vois qu'on n'en meurt pas à tous les coups,
[mon cher.
« — Non, mais à tous les coups,
je vois qu'on a des chances.
'( — Ah 1 ren'est plusla.pêcheàlaligne, c'est clair. « ALais si nous revenons du feu levant la tète, « C'est qu'il faut un certain toupet pour v courir; « Et l'orgueil qu'on en garde a pour cause secrète, « Non d'avoir su tuer, mais d'avoir pu mourir. « Qu'on donne à i,a le nom qu'on voudra,
peu m'importe !
« Amour de la patrie ou culte du drapeau, « Ce qui rend l'homme fort
est chose vraiment forte.
« C'est très joli la paix!...
la guerre c'est très beau !
K Aussi, vois-tu, petit, je ris quand j'entends dire ; t; La guerre est un fléau !
la guerre est une horreur !
« La bataille est l'instinct de brutes en délire...
« La brute, c'est le lâche, et l'instinct, c'est la peur.
I La peur qui fait crier la bête au cœur de l'hoanme, « La. peur qui le fait fuir en troupeaux éperdus,
« Qui, dégradante au fond, est maladroite,
en somme, « Car l'ennemi vous vise et vous ne visez plus.
p Et puis, petiot, sais-tu ce que c'est que la fuite?
« Ce n'est pas seulement, — ce qui serait assez! —
« La défaite et son train, la débâcle et sa suite,
« C'est l'abandon des morts et l'oubli des blessés.
« C)ui, ceux que le vainqueur rencontre il les assiste
« Mais comment irait-il chercher tous les dcbris ?
I'. J^'appel,tu le sais bien, ne se fait ])as sans liste;
« Il faut les vieux sergents
pour compter les conscrits.
« Enhn, si malgré tout, tu fléchis sur ton centre,
« Si tu te sens tourner les talons... pense encor :
« La balle dans le dos tue aussi bien qu'au ventre,
« Pour êire moins longtemps tapés, tapons plus fort !
« Est-ce compris?
« — Mon Dieu, sergent,
va l'est sans l'être.
« Vous dites que la peur est idiote, quoi ! « Qu'une fois qu'on s'y met, eh bien !
il faut s'y mettre ; « l^t qu'on doit devenir un homme, (|u'on le doit. K Pour le reste... parlant, sergent, par révérence, « Il est des mots qui m'ont échappé dans le tas, « PoLTrtant, je me sens mieux,
puis j'ai votre assurance « Que si je suis touché vous ne m'oublîrez pas. c; Mais... iiein?... vous avez dû souffrir?
« — Ça me refiarde.
t Si j'ai souffert ou non, aucun n'en a rien su, « Ça reste entre mon cœur,
mon sabre et ma cocarde, « C'était pour le Pays, bien donné, bien reçu !
<; — Ah ! ce doit être dur^^ pourtant !
«r — Bah! quelle histoire!
« De ces duretés-là, j'en redemande encor, « Le sang ne coûte rien nui nous vaut la victoire, <; Et ])uis, ces rubans-là ressuscitent un mort? »
Et le héros montrait du ponce sa poitrine.
Où son vieux cœur de flamme avait de fiers reflets !
I*"t le conscrit, avec une rage mutine :
« Ah ! sergent, je voudrais être brave !
« — Tu l'es !
c Mais retourne à ton rang, conscrit,
on va se battre.
Ci Tu vaudras quelque chose et tu feras quelqu'un. « Tiens,
siffle dans ma gourde un peu de FU-en-quaire.
« — ■ Pour la France et Dour vous, sergent !
<t — Ça ne fait qu'un ! »
Et ce fut im terrible effet dans la bataille Que l'arrivée au feu de ces fiers régimerts. Et les rangs ennemis en eurent une entaille Qui fit pâlir au loin les princes allemands.
Le Sergent
Tout d'abord le conscrit perdit un peu la tête; Les clairons, les tambours, la muraille, le bruit, La mort qu'il faut lancer
sous la mort qu'on vous jette...
Mais, par bonheur, il vit son serj^ent ])rcs de lui.
Jacques n'avait pas dit encore une i)arole
Que le petit conscrit s'était remis déjà ;
La peur poignante encor n'était déjà |ilus folle.
« Eh bien, (,a va, conscrit?
« — Mais oui, ser<jent, i>'a va ! »
Et peu à lieu voilà que la valeur s'éveille: Voilà que noir de poudre et qu'ardent au combat Portant comme un ancien le képi sur l'oreille, Le petit paysan était passé soldat !
« Peut-on t'offrir encore à boire, mon bonhomme?
« — On n'en a plus besoin, sergent.
« — Rien répondu.
(c Tu vois que ce n'est pas si redoutable, en somme, <( Et vois-tu, comme c'est amusant, le vois-tu? »
Hélas ! il en manquait pourtant des camarades, Plus d'un est tombé là, qui n'a jamais rejoint; Mais l'espérance allait, guidant les escouades. Et l'on courait toujours plus fort,
toujours plus loin.
Cette marche en avant dura deux longues heures;
La baïonnette même eut part à ce gala.
Jamais plus rude assaut ne vit troupes meilleures;
Tout à coup les clairons sonnèrent: Halte-là! Les officiers semblaient se concerter ensemble. « Sergent !
c< - — Conscrit ?
« — Voyez là-bas, sur ce sommet « Derrière nous, au fond, on dirait...
ça ressemble...
« — Ah ! mille millions de tonnerre ! C'en est ! »
Le lendemain au jour, sous un toit en ruine. Le sergent reiiosait couché sur un grabat. Des bandages couvraient son front et sa poitrine. Et le petit conscrit veillait le vieux soldat.
Un ravon de soleil vint frapper son visage : « Où diable suis-je donc?
fit Jacque, ouvrant les yeux « Je ne reconnais plus du tout le paysage. « Tiens! te voilà, conscrit? et tout entier?
tant mieux !
« — Faut pas parler, servent.
« — Tu m'imposes silence !
« — Oh! non, ce n'est pas moi, sergent,
c'est un docteur.
« — Ah! ton docteur!
il peut garder son ordonnance; « Il ne guérira pas la plaie, elle est au cœur. « Nous sommes prisonniers?
n — Non, sergent. J'ai su feindre.
« Quand ils sont arrivés sur nous — c'était d'abord
« Que vous étiez tombé, mon sergent —
sans rien craindre, « je m'ai couché par terre, et puis j'ai fait le mort ; (i l'^t puis quand j'ai connu
qu'ils s'en allaient au large, « Et puis quand j'ai connu qu'une ferme était là, « Je m'ai dit : mon sergent,
c'est moi que je m'en charge, « Et je m'en suis chargé sur mon dos, et voilà!
« — C'est bien, petit, très bien ! tu s:iis.
« — je m'en rap])orte.
!'. — Mais c'est très bête aussi de tétre évertué « A ramasser un vieux cadavre de ma sorte: « Je ne suis pas blessé, conscrit, je suis tué. « — Ne dites donc pas ça, sergent,
c'est pas comique, « Voyons, ça vous connaît le plomb, ça vous a vu? « Et puis tous ces rubans là-bas, sur la tunique, « Ça ressuscite un mort ?
« — Pas quanil il est vaincu.
c. Mets-les au ])ied du lit, pourtant, que je les voie : ( Ah! Inkermann, l'Aima, Palestro, Magenta! « Mes vieux honneurs, mes vieux dangers,
ma vieille joie!
« Tout ça c'était bien beau ! c'est bien fini tout
[ça!...
« — Faut pas pleurer, sergent, t
dit l'enfant tout en larmes.
« — Faut pas .se souvenir non plus, mais le moyen .■' « lînfin, je nars n'avant jamais rendu mes armes, « Dix contre un, c'était trop !
cinq heures ce fut bien!
« Quand tu m'enterreras, comme le temps te presse. « Fais ça tout seul, un trou,
deux branches, ça suffit, « Et pas de nom, la lettre arrive sans adresse' « Mais, pour que le bon Uieu n'en fasse pas trop fi « Tu me cachèteras avec mes cinq médailles, (C II comprendra très bien que ça veut dire:
urgent « Car le bon Dieu s'appelle aussi
Dieu des batailles.
« Dis donc, conscrit ? il va me renommer sergent.
Un sourire éclaira cette face défaite
Où la vie éclatait jusque dans le trépas.
« Tu partiras, pas vrai, sitôt la chose faite, « Et tu prendras ma croix d'honneur...
tu la prendra! « Et quand dans les combats qu'on va livrer encort « Quand dans des jours...
des jours moins désastreux qu'hie « Tu seras décoré par celui qui décore, « Promets-moi de porter ma croix, j'en serai fier I
Un frisson glacial envaliit tout son être.
« Conscrit, murmura Jacque
en le touchant du doif; « Embrasse-moi, conscrit...
embrasse ton vieux maître.
« Ah! s'il laissait beaucouji d'élèves comme toi..
Mais un jet de sang noir s'échappa de sa bnuch Un éclair traversa ses grands veux éblouis. Et, s'étant soulevé dans un élan farouche. Le sergent retomba, disant: « Pour mon Pay*'
kfilog-lje:
Femme, si l'être en qui tu mets ton espéranre, Ne met son espérance et son bonheur qu'en toi, Si, Français, il peut vivre étranger à la France, Ne connaissant partout que son amour pour loi ; Si, sans te croire indi<:;;ne et sans se croire infâme, Quand tout son pays s'arme, il n'accourt pas s'armer,
O femme, ta tendresse a déformé cette âme, S'il ne sait pas mourir, tu ne sais pas aimer !
Mère, si ton enfant {brandit spns être un homme,
S'il marche efféminé vers son devoir viril;
Si, d'un instinct pratique et d un sang économe,
Sa chair épouvantée a l'horreur du péril :
Si, quand viendra le jour nue notre honneur réclame,
Il n'est pas là, soldat, marchant sans maugréer,
O mère, ta tendresse a mnl formé cette âme. S'il ne sait pas mourir, tu n'as j)as su créer!