‹ L'esprit françaisChapitre 58 sur 315 · LE VIEUX · texte numérisé non relu

LE VIEUX

Le râle interTompu reprend, redouble même ; Le front osseux et brun se décharné et pâlit ; Le prêtre est là disant la prière suprême. Tandis que les enfants pleurent au pied du lit.

Les enfants? Les enfani.3? Ce sont déjà d?s pères, Même le moins âgé des cinq qui sont présents. Ils ont chacun des fils avant chacun des terres, Tout ça bien élevés, mais tout ça paysans.

Et celui qui meurt là. c'est le chef , c'est l'ancêtre-. Le vieux,

de qui les mains ont moisson par moisson, Sou par souj jour par jour, sans repos,

sans bien-être.

Assemblé le domaine et bâti la maison.

Il s'est pourtant couché la veille sans se plaindre, Kn se déshabillant tout seul comme il faisait: Rien n'indiquait qu'en lui la vie allait s'éteindre; Pourquoi ce soir, plutôt qu'hier? Lui seul le sait.

Mais seulement, le soir, au repas de famille, Il p fait sans parler le tour de tous ses pas; Et, le bâton de houx qui lui sert de béquille, Il l'a jeté lui-même au feu d'un geste las.

A cou[) sûr il est vieux, w est fatigué certe. Et depuis bien assez longtemps, — oh ! bien assez ' — Sous ses robustes bras la terre s'est ouverte, Pour qu'elle s'ouvre enfin sous ses pieds harassés

Mais ce n"est pas de quoi déraciner ce chêne. Non. non !

son cœur d'hier vaut ion cœur d' urjcurdhui. Ce n'est pas lui qui fuit le travail et la peine. Hélas! c'est le travail qui ne veut plus de lui.

Pour la première fois sans qu'aucun le lui dise, — Et qui donc eût osé le lui faire entrevoir? — Le vaillant a senti finir sa vaillantise : C'en est fait du labeur, c'en est fait du devoir.

On a rentré les blés sans qu'il ait pu rien faire ; Ni porter le falot dans le chemin bourbeux ; Ni balaver les ijrains épars tombés dans l'aire; A peine se tenir debout devant les bceufs.

Et dès lors, à quoi bon prolonger sa faiblesse?... Il sent qu'il n'a plus rien à faire: il s'y résout. Il ne meurt pas d'un mal quelconque

ou de vieillesse, Il meurt de n'avoir plus à vivre, voilà tout.

CHAÏÏSOH

L'eau qui tombe et l'eau qui court Sont deux porteuses de joie.

Heureux l'agreste séjour Où le boa vent les envoie !

C'est par l'une que tout vit, Sans l'iiutre que tout succombe.

Béni 6oit Dieu qui nous fit L'eau qui court et l'eau qui tombe !

L'eau oui court porte en courant

Sa fraîcheur féconde et douce.

Au bord de son ilôt errant

La fleur s'ouvre, l'herbe pousse

Et, de l'arbre à l'arbrisseau,

La forêt s'y désaltère.

L'eau qui court, fleuve ou ruisseau.

C'est la santé de la terre !

Mais l'eau qui tombe, en tombant

Eteint les chaleurs brûlantes.

La sève qu'elle réfjand

Nourrit vignes, blés, et plantes.

Le corps se sent tout joyeux

Dans l'air qu'elle purifie.

L'eau qui tombe, l'eau des cieu.x

C'est la source de la vie.

L'eau qui tombe et l'eau nui court Sont deux porteuses de joie.

Heureux l'agreste séjour Où le bon vent les envoie ! C'est par i'iuie que tout vit, Sans l'autre que tout succombe.

Bcni soit Dieu qui nous fit L'eau i\\n court et l'eau qui tombe.

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