PLAINTE
Tu dis: « I>es travailleurs de terre sont heureux « Tout maintient leur santé dans sa force première, <r Ils ont pour eux l'air pur, 1 espace, la lumière... » Je dis moi : Pauvres gens,
(|ue n'ont-ils pas contre eux !
Dans le brouillard des prés les fauches matinales; Le froid du soir qu'on prend en ramenant les foins ; Et le martque de vivre et le manque de soins; Et l'incessant fardeau des besognes rurales.
Puis, c'est le vent d'hiver qui vient les assiéger; C'est le soleil d'été qui leur brûle l'échiné ; C'est le cheval, ce sont les bœufs,
c'est la machine
Pour eux tout est menace et tout devient danger.
Combien voient grisonner leurs cheveux avant l'âge ; Blessés par le bétail, combien restent perclus ; Que de bons travailleurs qui ne travaillent plus, Jeunes, mais aussi vieux que les vieux du village 1
La lutte avec la terre a ses martyrs aussi : Maint défricheur de sol, vaillant, robuste, alerte, Voit la fièvre du fond de la lande entr'ouvcrle Surgir le jetant là, hâve, faible et transi.
Combien enfui, combien à leur heure dernière, De qui le pauvre corps tout courbé, tout voûté, Avide d'un lepos qu'il n'a jamais "oùté. Ne pourra même j)as s'étendre dans la bière !
DOUCEMEMT
Le bon laboureur qui parle à ses bétes
A pour leur parler im mot enchanté.
Qui sert même en cas de difficulté.
Comme les humains les bœufs ont leurs tètes,
Plus d'un l'a souvent très près du bonnet.
Et ce mot suffit )Kuir les calmer net:
« Doucement J-îarrot ! Doucement Vermet ! «
Dès le point du jour monté dans sa terre, Le bon laboureur qui ne chôme pas.
Pousse sa charrue en sifflant tout bas. L'aiguillon qu'il tient n'aiguillonne guère; Les bœufs vont tout seuls tirant sur l'ara u Mais le soc à gauche enfonce un peu trop : t Doucement 'Vermet ! Doucement Barrot ! »
La chaleur du jour devient meurtrière :
C'est l'iieure où l'on mange et l'heure on l'on dort.
Les bœufs dételés mais liés encor
S'en vont joug au front boire à la rivière.
Ot l'un ne veut pas riuand l'autre voudrait ;
Il lève la tète et reste en arrêt :
<t Doucement Karrot ! Doucement Vermet ! »
l'.t sans prolonger cette humeur rcvêclic. Tous deux font la jiaix, ils boivent tous deux. Le bon labouicur rentre alors ses bœufs: Leur étable est projire et leur paille est fraîche, Ils ont du bon foin tant qu'il leur en faut. Qui frappe est bien fou, qui crie est bien sot ! € Doucement Vermet ! Doucement Barrot ! »