‹ L'esprit françaisChapitre 67 sur 315 · PAYSAN · texte numérisé non relu

PAYSAN

Il est des fens qui font de ce ternie une injiiie, Ingrats qui, dédaignant village et villageois. Raillent ces va-nu pieds à la main noire et dure Qui s'acharnent, courbés sur leur besogne obscure, Kt vivent au milieu des bétes et des bois.

« Mais, disent-ils, il a l'âme avare et vilaine;

« Sa force infatigable et ses bras invaincus,

« C'est par amour du gain qu'il les rive à la peine

0 II ne rêve qu'épargne, il ne cherche qu'aubaine

« Et son cœur sans désir danse au bruit des écus.

— O bon travailleur de la terre !

Je baise ta main tutélaire

Qui me nourrit et me soutient.

Cher va-nu-pieds je te vénère.

Pavsan, pavsan mon père, Merci du pain quotidien. — ■

D'autre>, en lui jetant ce n(un dans un blasphème, A'iennent dire :

« C'est bon pour lui de croire en Dieu ; « De graviter autour du vieu.x clocher qu'il aime, a Entre les fils qu'il fait et les moissons qli'il sème : « Soyons sans foi ni loi, n'a}ons ni feu ni lieu. »

— O crovant des vieilles croyances!

La terre à qui tu te fiances N'épouse pas les mécréants.

Laisse ces fous à leurs démences, Car ce sont les espoirs immenses Qu'il faut à tes efforts géants. —

Ceux-ci iilus réfléchis mais non pas moins sévères Blâment le paysan d'être sans passions, De regarder [)asser les hommes populaires Sans imiter nos«cris, sans sayner nos colères, Indiffèrent et sourd à tant d'ambitions...

■ — O vrni pliilnso;ilir ! O vrii siige î Qu'un tribun débarque ou naufrage Tu n'en paieras pas moins d'impôts.

Qu'importe au rocher de la plage La couleur des flots si leur rage Doit le harceler sans repos :. ■ —

— O prévovant de la misère !

Le reproche qu'ils t'osent faire C'est de vouloir vivre demain.

Econome d'un gain précaire,

Tu manges peu ne magnant gu^re, Pauvre thésauriseur de pain !■ —

« Pour la rrlorifier sa fâche est trop aisée, (c Dit l'autre, son travail n'occupe que ses bras. « Tl s'v rend sans élan, il s'v met sans pensée; « D'un geste machinal sa charrue est poussée; : Ses bœufs marchent

il n'a qu'à marcher dans leurs pa

— O serviteur sans servitude !

Ta tâche est difficile et rude.

Tu guettes l'heure et le moment :

Le ciel, les airs sont ton étude ; Et tu lis avec certitude Au grand livre du firmament. —

« L'homme des champs fût-il l'hcrj^me de la natu

'( Que le poète admire en le poétisant;

« Eût-il l'esprit plus haut et la raison moins dur

'( Eussions-noustouspitiédu tourmentqu'il endu!

« Un pavsan toujours restera pavsan. »

-- (.)h ! oui restez ce '[ue vous êtes ' Faites toujours ce que vous faites ! Méprisez ces mots méprisants.

Calmes, laborieux, honnêtes, Levez vos veux, dressez vos têtes, Hommes du pays, Paysans ! —

tUC.tNE__ CHAPEROtJr

Calmes, laborieux, honnêtes, Levez les yeux, dressez vos têtes, Hommes du pays, Paysans.

Défrichement

En tourbillons légers tout à coup disparues Les hirondelles sont déjà sous d'autres cieux ; Dans les airs refroidis passent des vols de grues Le hibou hurle ;iu fond des bois silencieux.

Comme un vaste filet aux innombrables mailles On voit s'étendre au loin

les champs deux fois hersés; Nos pères nourriciers ont fini leurs semailles, Calmes mais assidus, actifs mais non pressés.

La besogne s'est faite en saison opportune. Décembre peut venir et ses mortels frimas. Les blés auront déjà deux feuilles au lieu d'une, Ils vivront et le pain ne nous manquera pas.

Cependant sans repos autre que son dimanche, Voilà le travailleur qui retravaille encor, Il a pris de nouveau sa pioche et sa tranche. Et sa force invaincue entame un autre effort.

Il va là-haut fouiller les flancs de la colline. Siui fils aux bras nerveux l'a déjà devancé Qui lourdement courbé sur le soc qu'il incline, Trace le yiremier rang pour le premier fossé.

La terre en vain résiste, il appuie, il pénètre : Et, comme un chef d'arnite avec ses bataillons! Sur le sol défriché dont il s'est rendu maître. Il va de place en place installer ses sillons.

Fuis le père à son tour frajipe la terre épaisse! En t'ite l'herbe; v mêle un fumier bien tassé; Comme le laboureur de la fable, il ne laisse Nulle place où la main n'ait vingt fois repassé!

Il n'est trésor caché que son effort n'atteigne. Les germes endormis sortent de leur sommeil, Le fond du sol creusé boit l'air et s'en imprègne Le rocher mis à nu se réchauffe au soleil.

Enfin un tjrand carré se dessine et s'aligne. Lamais sol mieux choisi n'eut un apprêt meilleur C'est le berceau futur de la future vigne... L'homme» a fait son devoir. Fais le reste. Seigneur !

Page 1