PAULINE, FERGAN
FERGAN. — Comment, ma chère Pauline, ma femme vous laisse seule?
PAULINE. — Vous arrivez juste à temps jDour la remplacer.
FERGAN. — A vrai dire, je venais prendre congé de vous. Irène n'avait pas daigné m'avertir que nous avions des invités. J'ai dû prétexter une affaire urgente
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FERGAN — De quoi Irène se plaint-elle?
poti.r fausser compagnie à votre M. Davernier. Je veux bien croire que c'est un garçon de grande valeur, mais il m'assomnîe. Je l'ai laissé à Ferdinand, qui a, l'air de le supporter pas mal.
PAULINE. — Et vou.s vous en allez faire votre tour de flânerie indispensable au cercle.
FERGAN. — Oh ! indispensable, non !
Mais, vous savez, on est un petit groupe à ne faire sa partie qu'entre soi. On se quitt-e à sept heures en se disant : « Viendrezvous ce soir ? — Je viendrai si vous venez. — Soit ! je viendrai ! » Alors, on a un but, un peu une parole à tenir.
PAULINE. — Ne vous demandez-vous jamais si vous n'auriez pas un but plus sérieux à poursuivre? Oui : la pacification de votre intérieur. Que pensez-vous qu'éprouve votre femme toutes les fois que vous la laissez seule, à votre foyer?
FERGAN. — Ma femme? Elle en est enchantée ! Vous avez pu constater combien elle était maussade, désobligeante pour moi pendant le temps du dîner? Eh bien, dès qu'elle va me voir parti, je parie qu'elle redevient tout aimable, toute gaie. Dès que j'arrive oii elle est, je vois aussi-
tôt sa figure se renfrogner ; je m'éloigne, il lui vient tout de suite un air de délivrance.
PAULINE. — Au lieu de vous complaire dans ce genre d'observations, vous feriez, mieux de tout essayer pour remédier à ur état de choses qui est grave.
FERGAN. — Que voulez-vous que j'} fasse? C'est Irène qui a pris les allure*' de ne plus pouvoir me support-t '. Ceh I a commencé je ne sais comment, cel; continue je ne sais pourquoi : je ne veu: même pas me donner l'air de m'en aperce voir.
PAULINE. — Si VOUS vous entêtez ain de votre côté, elle s'entêtera du sien. E le mal, entre vous, ira toujours en s'aggra vant.
FERGAN. — ■ Tant pis! Moi, j'ai bea chercher, ma conscience ne me reprocli rien. De quoi Irène se plaint-elle?
PAULINE. — De rien précisément... I n'être pas heureuse.
FERGAN. — • Croit-elle que je le Goi:
Avec ses bizarreries de caractère, ses hc tilités continuelles, ses figures désolées c mauvaises!... Qu'elle le sache bien, pi' elle se comportera de la sorte, plus j'ir
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FERGAN. — Vous voyez?... Au revoir!...
prendre l'air et attendre, au dehors, que ça lui passe.
PAULINE. — Mais alors, que deviendrat-elle pendant ce temps-là ?
FERGAN. — Elle l'éfléchira.
PAULINE. — Oh ! c'est une nature dont il ne faut pas espérer de la soumission.
FERGAN, avec autorité. — C'est ma femme !
PAULINE. — Elle est elle-même d'abord, et n'est votre femme qu'ensuite.
FERGAN. — Je l'ai épousée pour lui faire une vie régulière, tranquille, agréable. Je lui demande de me faire une vie possible, ordinaire, comme celle de tout le inonde.
PAULINE. — Irène est une pei-sonne qui n'est pas tout le monde.
FERGAN. — Je le regrette pour elle.
Quiconque n'est j^as pareil au reste des gens a forcément tort. Ce n'est donc pas moi qui aurais à me changer. Pour ma part, j'accepte la vie telle qu'elle se présente... Irène, elle, est constamment en rêverie. Je ne rêve pas, moi ! Je ne conçois seulement pas ce que l'on peut rêver d'autre que ce que comporte une existence
organisée pour marcher comme sur c roulettes. C'est à votre sœur de se cor ger... Et vous devriez le lui dire.
PAULINE. — Je le lui disais de mi mieux, il n'y a qu'un instant.
FERGAN. — Ah!... Et quel argume a-t-elle trouvé contre moi ?
PAULINE. — - Le plus adroit de tous elle vous a passé la pai'ole.