‹ L'esprit françaisChapitre 76 sur 315 · IRENE, MICHEL · texte numérisé non relu

IRENE, MICHEL

TRÈNE. — Qu'est-ce qui vous presse?

Spouvez-vous causer un peu de ce pro- ^ si imprévu et si près, paraît-il, de se Hser? Un peu plus, vous n'en souffliez

i*iiCHEL. — J'aurais préféré n'en point

<^er.

^RÈNE. — Et c'est par une lettre de

vous, alors, qu'il vous aurait semblé bon de nous apprendre que vous étiez parti, arrivé, et pour longtemps très loin.

MICHEL. — Ne me grondez pas.

IRÈNE. - — Pourquoi cette résolution?

MICHEL. — Je suis déjà parti une fois, pour des motifs connus de moi seul. Avec le temps, l'éloignement, j'ai essayé de m'abuser ; puis j'ai eu le tort de revenir. Aujourd'hui, l'épreuve est faite, il faut que je m'en retourne.

IRÈNE. — Ces motifs que vous aviez et que vous avez encore, vous est-il impossible de me les faire connaître?

MICHEL. ■ — Non, il n'y a même que vous à qui je puisse les dire.

IRÈNE, troublée. — Ah!

MICHEL. — Interrogez-moi.

IRÈNE. — Je n'ose plus.

MICHEL. - — Eh bien donc, c'est moi qui oserai. Au surplus, les longs mois que je viens de passer au cœur des choses antiques, m'auront sans doute formé dans le sens d'évoquer intimement le passé, d'être respectueusement familier avec les belles reliques de ce qui n'existera plus. Quittons le présent, et laissez-moi vous emmener dans mon souvenir, comme pour une douce et triste promenade dans un temple en ruine.

IRÈNE. — Ah! je sens bien que vous allez encore inventer un de ces jeux, dont je vous parlais tout à l'heure, et qui me faisait toujours pleurer.

MICHEL. — A l'époque oîi votre mariage a été décidé, vous aviez dix-huit ans, j'en avais vingt. J'entrais à l'Ecole normale : vous deveniez la femme de M. Fergan. Tout cela s'imposait à moi, lourdement, comme un bloc de justice. J'ignore ce qu'une femme peut exactement être à dix-huit ans ; mais je sais qu'un garçon de vingt ans, cela n'est pas quelqu'un de bien conscient encore. Je continuai à vous voir, à vous revoir, jusqu'au jour ovi je reconnus, non pas seulement que je vous aimais, mais qu'à mon insu, je n'avais jamais cessé d'amonceler en moi des forces et des forces d'amour pour vous. Quand on se découvre un passé pareil, on est renseigné sur son avenir. J'étais destiné à vous

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Irène. — Vous n'êtes

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