‹ L'esprit françaisChapitre 77 sur 315 · PAS GÉNÉREUX · texte numérisé non relu

PAS GÉNÉREUX

Les Tenailles

MICHEL. — Je suis très coupable. P\iu)ONNEZ-moi '...

mer toujours : et il m'était interdit de mais vous aimer... Alors je cherchai un fuge dans le travail, puis dans l'exil, allais vivre trois ans vers un Orient loinin, m'efforçant de noyer la pensée, dont lUs emplissiez mes yeux, dans le grand leil, dans le vaste ciel pur de ces pays- ... Oh! ce n'est pas parce que je me suis u guéri que je suis revenu ; c'est parce le je n'allais pas mieux. Mais ici, il y 'ait du pire à éprouver...

irIne, VlnterromiMint . — Je n'ai voulu )us suivre que dans le passé.

MICHEL. — D'ailleurs, je n'ai rien de us à vous dire.

n frinps.)

IRKNE. — Il faut sans doute qu'il y ait le lacune dans l'âme des femmes ; mais, 'Ur ma part, je ne réussis pas à comprene comment on peut avoir le cœur de s'éigner d'une personne que l'on aimerait.

moi, il me semble que tout me paraîlit supportable en comparaison de l'abice. Je crois bien que le premier sentimt devrait être de ne point vouloir quit- -, à aucun prix, l'être soi-disant si aimé.

MICHEL. — Et quand même ce serait

u.ne sorte de folie qui me pousserait à vous fuir?... Que pourriez-vous voir dans ce mouvement d'instinct qui ne soit l'aveu le plus humblement passionné, le plus douloureux témoignage de ma sincérité et de ma soumission !

iRÈNi:. — Vous avez pourtant reconnu que le sacrifice de rester dans mon existence serait encore plus grand... Et vous n'y consentiriez pas?... (Silence de Michel.) Même si je vous le demandais?

MICHEL. — Je n'ai pas dit cela ! Je n'ai jamais pensé que cette question pourrait se présenter.

IRÈNE. — Moi non plus, jamais jusqu'à maintenant.

MICHEL. — Et maintenant?

IRÈNE. — Il me semble que je viens de cesser, à mon tour, d'être celle qui s'est si longtemps ignorée elle-même... Et à cette nouvelle si brusque qu'il m'allait falloir vous perdre... (Fondant en laî-mes.) j'ai senti que je m'étais habituée à vous considérer comme un peu à moi... je ne sais comment... mais beaucoup même à moi...

MICHEL. — Je vous ai fait du mal, je suis très coupable. Pardonnez-moi!... Je n'ai pas le droit de comprendre ce que vous

iS

Les Tenailles

FERGAN. — Irène!...

dites, d'oser le croire... C'est à moi seul qu'il appartient de souffrir. Je l'ai appris. Ke l'apprenez pas.

IRÈNE, supijliaute — Promettez-moi que vous ne vous en irez plus?

MICHEL. — Que deviendrons-nous ?

IRÈNE. — Ah ! quoi que l'avenir nous réserve, ne m'abandonnez pas. Soyez ma Providence, ma consolation ! Si vous saviez combien je suis malheureuse ! Non, ne faites pas que tout se referme devant moi, au moment oii vient de s'y ouvrir la première pensée bienfaisante ! Je vous en prie, dans notre infortune, ne soyons séparés que de près. Laissez-moi vous regarder, vous écouter, vous savoir là. Et de toutes nos peines, faites-moi la joie que nous nous voyions les partager fraternellemeut ensemble !

MICHEL. — Vous me croyez plus fort cjue je ne sui.s.

IRÈNE. — Je vous ci'ois fort ; et je me sens forte.

MICHEL. — Oui, vous me devinez incapable d'aucun vœu, d'aucun espoir qui contiendrait pour vous une parcelle d'offense. Mais vous ne songez pas aux angoisses abominables, indicibles qui peuvent souiller le sentiment le plus pur...

IRÈNE. — Je ne vous comprends pas MICHEL. — Ici, je vois près de vous

homme dont les droits et le caprice dis:

sent de vous !

IRÈNE, palpitante de liante. — V<

n'êtes pas généreux.

MICHEL, très douloureusement. —

suis jaloux !

IRÈNE, hovleversée. — Ah ! taisez-voi MICHEL. — Et vous comprenez b:

cju'il n'y aura jamais assez d'espace en

moi... et cet autre à qui vous app

tenez.

(Un temp<.)

IRÈNE. — Vous m'a,vez fait sentir toi la place que vous avez dans mon cœu Et je sais aussi que je ne peux être à vo Je ne dois être à personne.

MICHEL. — • Oh ! mon amie ! Vous jurez cela?

IRÈNE. — Oui!... Aidez-moi... Re:

pour me défendre : vous verrez toujci' mes yeux se po.ser fidèlement sur les vôt s A tout jamais, je me garde à moi.

MICHEL. — ■ Je vous bénis. Je vous é nère. Merci ! Merci !

(Il baise respectueusement la main qu'elle tendue.)

Les Tenailles

IRÈNE. — Revenez bientôt : ce soii-, lon âme vient de renaître.

MICHEL. — Vous aussi, vous avez re- Duvelé ma vie.

(Michel sort par le jardin d'hiver.)

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