‹ L'esprit françaisChapitre 79 sur 315 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

IRENE, FERGAN. Au lever du rideau, Fergan est en train de boire une tasse de café su?- la table de droite. Irène, assise dans un fauteuil, à Vautre extrémité de la pièce, lit obstinément un livre. Fergan, après des signes manifestes d'impatience, vient fermer le livre entre les mains de sa femme, et le lui enlève dans t(n mouvement de résolution nette.

FERGAN. — Quoique vous m'ayez i passer le goût de vous entretenir de affaires, je ne puis plus différer de v mettre au courant des dispositions qui sont imposées à moi. {Irène s'est croisé bras, et l' écoute sans le regarder.) V( déjà longtemps, plusieurs mois, que v avez fait naître entre nous la question votre santé. L'état de vos nerfs, vos gi-aines, vos vapeiirs ont pu m'alarmer < bord. Aujourd'hui, mon opinion est h sur ces maux imaginaires, dont je dé"i.'

Les Tenailles

FERGAN. — Il n'y pas une de vos paroles qui ne soit une violation

DE VOTKE DE\01K...

i VOUS ayez encore l'air dupe. Je me 3 résolu à employer les grands moyens... ir vous guérir. Si la vie de Paris doit itiuuer à ne pas vous réussir, je vais ifiteir de ce que le bail de cet hôtel ars à une époque de renouvellement pour donner congé. Auriez-vous quelque obbion à faire ?

IRÈNE. — Non.

FERGAN, avec inr ton aournnis et ranriir. — Il me resterait donc à vous conter sur le choix entre deux domaines ; j'ai en vue. Ils ont d'égales raisons ir vous fournir un climat salutaire,

I et l'autre en pleine campagne, loin toute ville, avec un bon air de grands s alentour... Je m'inclinerais volontiers ant une préférence de votre part, puisî vous êtes destinée à habiter l'un de

deux endroits d'une façon plus conste que moi. Car je serai encore appelé fois au dehors par l'administration de

biens, ou par tous ces imprévus dont un n'existera pour vous, dans votre vio

II uniformément réglée... Quand serezs disposée à examiner les détails de e question ?

IRÈNE, se levant. — Jamais. Je n'avais rien' à opposer, tout à l'heure, à ce qui constituait dans vos projets une liquidation de nos affaires. Je me refuse à intervenir dans quoi que ce soit que vous me présenteriez en vue de l'avenir. Nous ne saurions avoir aucun projet à préparer ense:r.ble. Je n'envisage plus la possibilité de l'existence commune entre nous : vous me haïssez comme je vous hais.

FERGAN. — C'est vous qui m'obligez à vous haïr. Vous m'imposez une situation de mari outrageante, ridicule, unique!... Changez, je changerai.

IRÈNE. — Cela ne dépend lias de moi ! J'éprouve quelque chose de plus fort que moi !

FERGAN. — Vous 11 avcz pas toujour.^ été ainsi 1

IRÈNE. — Ah ! parbleu ! je n'ai demandé, d'abord, comme toute jeune fille qui se marie, qu'à aimer celui dont je devenais la femme. J'ai essayé, j'ai lutté. J'ai tourmenté mon cœur, comme on se macère envers ce que l'on vous enseigne être la foi. Je n'ai pas pu triompher de moi. Je ne le peux pas ! Je ne le peux pasi

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Et je vous jure, de toute mon âme, que je ue le pourrai jamais. C est par expérience que je ne vous aime point, par habitude. par progrès.

FERGAN, hors de lui. ■ — Il n'y a pas une de vos paroles qui ne soit une violation de votre devoir et un défi à tous mes droits.

IRÈNE. — Je ne prononce pas un mot qui ne soit la plainte et le cri vrai de tout mon être !

FERGAN. — Je ne comprends pas où vous en voulez venir.

IRÈNE. — Moi, je ne m'explique pas où vous en voulez rester !

FERGAN. — Qu'espérez-vous?

IRÈNE. Et vous?

FERGAN. — Que vous êtes folle ! Au moins, ça se soigne.

IRÈNE. — J'espère, moi, que vous serez sa 2e.

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