‹ L'esprit françaisChapitre 84 sur 315 · IRENE. MICHEL · texte numérisé non relu

IRENE. MICHEL

MICHEL. — Pardonuez-nioi d'être venu.

IRÈNE, tendrement. — Oui!... (Gravement.) Mais vous ne l'auriez pas dil... Vous ne le deviez pas.

MICHEL. — Je sais!... Je vous l'avais

promis. Je me l'étais juré. Mais, en admettant même que vous m'aimiez autant ciue je vous aime...

IRÈNE. — Admettons.

MICHEL. — Cependant, la résolution de ne nous voir que de loin en loin m'est plus difncile à tenir qu'à vous.

IRÈNE. — Comment cela ?

MICHEL. — Parce que je sais, moi, qua si je ne viens pas, je ne vous verrai point. Tandis que vous, vous pouvez toujours croire que je viendrai.

IRÈNE. — Et alors?

MICHEL. — Alors votre temps se passe à espérer que peut-être vous me verrez, pendant que, moi, je sens, de minute en minute, se répéter la certitude de ne pas vous voir, si je ne vous désobéis.

IRÈNE. — Durant ces jours si longs et si nombreux oii nous existons loin l'un de l'autre, ne pensez-vous jamais que notre sort pourrait changer ?

MICHEL. — Je n'ose rien souhaiter.., Vous pensez cela, vous ?

IRÈNE. — Malgré votre absence, je voi; toujours votre front pâle, tous ces traits douloureux d'une maladie que je voudrai: guérir.

MICHEL. — On ne guérit pas de lamoui que j'ai !

IRÈNE. — Je songe à ce que vous soyes délivré de cet air de souffrir, et que vous deveniez peut-être heureux, très heu reux !...

MICHEL. — Pauvre amie ! Comment cela se pourrait-il ?

IRÈNE. — Quand je ne suis pas là, vov.î me voyez aussi, n'est-ce pas?... telle que J€ suis... et puis telle que je pourrais être!

MICHEL. — Oui, il y a des heures oii vous m'apparaissez, tout éperdue de réalité, toute frémissante de vie. tout inconnue encore de moi, m'appartenant par miracle, sans qu'il flotte sur nous l'ombre d'un reproche.

IRÈNE. — Ah ! que voti'e âme est pa reille à la mienne, et que notre amour me paraît plus grand dans toute l'étendue de nos fiertés!... Ni l'un ni l'autre, nous n'avons conçu la possibilité d'un semblant dt bonheur dans la délovauté...

Les Tenailles

IRENE. — Ecoutez : dkpuis longtemps, sans yols en avoir parlé, je poursuis le but

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