DE NOUS UNIR SANS REMORDS ET A JAMAIS
MICHEL. — • C'est vrai.
IRÈNE. — Ecoutez : dejDiiis longtemps, ans vous en avoir parlé, je poursuis le )U.t de nous unir sans remords et à janais...
MICHEL. — Que voulez-vous dire ?
IRÈNE. — En cet instant même, notre lort, à tous deux, se décide. Pauline met sn demeure mon mari de prononcer s'il '^eut que nous nous rendions, l'un à l'auiie, légalement, nos droits et nos libertés, :omme deux adversaires qui finissent par igner ensemble un traité honorable...
MICHEL. — Et vous espérez?...
IRÈNE. — J'espère qu'il va céder. Je le saurais m'attendre à un acharnement nsensé, de sa part, contre la seule soluion imaginable... Comment n'aurait-il yas aujourd'hui le même besoin que moi le se libérer 1 On ne peut pas vouloir res- ■er en enfer !
MICHEL. — Oh! je veux vous croire...
e vous crois !
IRÈNE. — Mais, pour devancer le grand événement qui s'agite, là en dehors de lous, une grande résolution aussi s'impose, . vous et à moi. Ce projet de partir, au-
quel je me suis opposée naguère, il va falloir maintenant que vous l'exécutiez.
MICHEL. — Vous quitter!
IRÈNE. — Oui!... S'il m'est donné de pouvoir devenir votre femme... alors, ce sera dans un an peut-être qu'il vous sera permis de revenir, après les délais qui nous sépareraient -encore. . .
MICHEL. — Un an !
IRÈNE. — Si ma chaîne ne devait pas être brisée... (D'une voix qui s'étrangle.) nous ne nous reverrons plus...
MICHEL. — Irène !
IRÈNE. — Nous serons pour toujours séparés, chacun dans la dignité de notre deuil, dans le deuil des mariages promis, qui ne doivent plus se conclure!...
MICHEL. — Oh! mon aimée! mon amour !
IRÈNE, très (jrave. — Du fond de l'âme, sommes-nous d'accord ?
MICHEL. — Mais je ne peux plus m'éloigner de vous, à présent! Je n'ai plus cette espèce d'énergie sauvage qui me soutenait jadis. Je ne saurais désormais me passer de votre présence ou de votre voisinage. Quand nous ne sommes pas ensem-
Les Tenailles
IRENE. — Nous NE NOUS REVERRONS PLUS.
ble, il me faut le souvenir tout chaud d'avoir ainsi tenu vos mains, et l'espérance que je vais bientôt me pencher sur vos yeux, respirer le parfum de vos paroles... (// veut Vattirer à lui, ht presse et V inquiète.)
IRÈNE. — Michel, ne me troublez plus, ne m'ôtez pas ma confiance en moi, ne diminuez pas la foi que j^ai vraiment dans mon honnêteté. Si notre bonheur doit dater de ce jour, faites que j'y sois restée toute vaillante, sans avoir entrevu la possibilité d'une défaillance. Laissez-moi !
(Elle se déf/age vi vemeiit .) Je suis votre fiancée...
MICHEL, ressaisi par le respect. — Ah!
je vous adore!... (Il lui met sur h' front un chaste baiser de fiançailles.) Votre volonté sera faite.
IRÈNE, prise d'une antre inciuiétude . ■ — • Vous êtes déjà trop resté ici... Vite, retirez-vous.
MICHEL. — Sans savoir?... Qu'est-ce que vous voulez que je devienne ? Comment aurai-je la patience d'ignorer ce qui se sera passé ?
IRÈNE. — Je vous préviendrai tout de .suite.
MICHEL. — Mais si vous ne le pouv pas % Si quelque chose, ou si quelqu'i vous empêche de m'éci'ire? de sortir?
IRÈNE, hd désignant le '^jardin cVhivi — Eh bien, attendez là... Vous ne vo montrez pas, voilà tout. Vous êtes ch moi, et autorisé contre quiconque à vo tenir oii je vous ai prié de m 'attendre Allez, allez, le temps passe... Je si pleine d'angoisse...
[Michel disparaît dans le jardin d'/iirrr.)