IMPRESSIONS DE PREMIERE
Pourquoi toutes ces choses lointaines me reviennent- elles, en ce moment, dans la pensée?
I^e deuxième acte est fini, je franchis la porte de communication et je vais dans la loge de G... Il y a beaucoup de monde; on est revenu après le deux, c'est bon signe. Un de mes amis me rapporte l'opinion d'un critique, pauvre niaiserie aiguisée en pointe. Je ne m'indigne pas, je souris; c'est le rire au critique. De même, lorsqji'au lycée le professeur lisait mon devoir français, il faisait de l'esprit, à mes dépens, et toute la classe de rire et moi le premier : c'était le rire au professeur.
Plus tard, au régiment, lorsque le Ueutenant m'envoyait à la salle de poUce, parfois il accompagnait la punition d'une facétie; et toute l'armée de rire et moi le premier. C'était le rire à l'officier.
Rire au professeur, rire au lieutenant, rire au critique, ô lâcheté ! ô d'ailleurs réciproques lâchetés !
En scène pour le trois. Cette fois-ci, c'est sérieux, et je suis plus ému que je ne saurais dire. Je reste dans la coulisse et j'écoute derrière un portant; je ne reconnais pas la voix des acteurs et il me semble que c'est une autre pièce que l'on
joue. Ce troisième acte, d'ailleurs, me paraît interminable, et s'il paraît aussi long aux gens qui sont dans la salle, c'est effrayant. Cette dernière scène n'en finit pas!... Enfin, le bruit d'une lutte, des cris rauques, c'est l'étoile qui tombe évanouie. On applaudit, on jette mon nom à la foule qui ne demande qu'à s'en aller, et j e reçois dans mes bras ma principale interprète, pantelante, brisée, et pleurant de vraies larmes. Je la presse contre ma poitrine d'auteur, j e la soutiens, je la ramène dans sa loge, avec quelles précautions. On s'écarte sur notre passage, et en la voyant pleurer si pâle en ses vêtements blancs, un machiniste murmure sceptique : « C'est l'attaque ! »
Elle est revenue à elle, je vais remercier mes protagonistes; j'embrasse les femmes, je serre la main aux hommes, à tous je dis de bonnes paroles : « Bataille gagnée, intelligent concours », etc., etc.
Enfin, je sors du théâtre, j'ouvre la portière d'une voiture, une petite main un peu tremblante serre ma main, et une si douce voix me dit : « Eh bien ! ça a très bien marché... et puis, tu sais, moi je suis très contente. » Est-ce que ça n'est pas l'essentiel?
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^lEUX I^ESSIEUES
Plus laids que des prêtres bouddhistes, Ils s'en vont suivant les modistes Avec des airs astucieux,
Les vieux messieurs.
Cacochymes et rachitiques.
Ils s'en vont le long des boutiques, Lorgnant les trottins vicieux.
Les vieux messieurs.
Sur le galbe exquis de leurs jambes Ils leur chantent des dithyrambes Superlificoquentieux,
Les vieux messieurs.
Et les petites, dans ces rôles D'amoureux, les trouvent rien drôles Et pas du tout délicieux.
Les vieux messieurs.
Mais comme ils offrent des toilettes Claires, soupers fins, des galettes Folles, des bijoux précieux.
Les vieux messieurs.
Elles prêtent, d'un air modeste, L'oreille et même tout le reste De leur petit corps gracieux Aux vieux messieurs.