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8iB DE LiGtJi LIS t»Lu6 WK M L'BSt>RlT.
«ommânieàtion avee Dieu par ûii réreil dé sdn ailcienne fdi| que s'il retient siucëi^tnetit à la croyance de son jeune âge^ telle que la religion Ta imtif^tiiée dans son etôur^ Plus rhëiume ëéten rapport atee Dieu, non-seulement parles formes et leë pratiques du culte, mais eneore par le fond du eœur^ par le sentiment intime, par la foi vivante qui reçoit aVee respeét la parole divine et porte la volonté à s'y soumettre ou à l'adcômplir^ plus au^i il y a de garanties de moralité^ d'hon^ neieté^ de vraie probité.
Dâtife radtôlésëent le feigne ôaràctérislique dé iMtitelligenf^ ë&i le seUlimetil et te goût du beaU idéal. U therbhë partout hi6i*s de lui , dans là iiatUrë et dans ^ Sèttiblâbles, là Réalisation de (Jet idéal , qui devient là ifiësUre principale dé Ses jugemeht^t Gé qul dislibgtie ràdblesbènce où rintelligehcë dôihine^ dé éèlle t}lli èSl feduS rinflùeiicë des sens et du corp^i, b'eët la différetibé dé TamoUr idéal â là fcôhfcdpiséehfcé ehâr- Hèlle. L'idée dd beau se présente àUfesi àVeë le eàràëtèl^ de l'ùtîiversël el de Tinfirii ; cai* elle est une fcf ûie tîè l'idêë de TÊliTô, l'Être Loi-meme ôU le Biëd ètoùVëfatn , là téf lié abSdlUë, Se féfléëhisfeànl dàfls lé ftiitoir de ritUàginàtidh buihâitte.
fiXfiftClCB DB Ii'lHTELLlGBnGEi 3^7
 répoque de Tadolescerice il s'opère Une espède de révolQtioû, qui renouvelle Vexistence humaine dans te corps, dans Tesprit et dans Tâme. Dans le corps le sexe se prononce, et alors les organes, qui le distinguent, don^inent par leur développement toutes les ionclioàs vitales* Un feu nouveau se répand dans le sang par l'influence des^ fluides propres à la reproduclioa et dont la sécrétion commence. De là plus de chaleur, plus de mouvement > plus de vivacité et une certaine exaltation physique qui retentit fortement dans la vie morale. Ici se présentent deux direction^, suivant que la nature supérieure ou la nature inférieure, Tàme ou le corps, prépondèrent. Si le corpi l'emporte^ Fesprlt physique aura le dessus avec les instiûcts, les Appétits^ les passions qui en ressortent^ et par conséquent lacon^ cupiscenoe chamelle , puisque le système sexuel pré*^ domine. Si l'individu s'abandonne à cet entraiiiement des sens, il s'animalise à Taurore de sa vie, if pose son âme et son amour dans la chair et dans ses jouissances^ il devient un homme charnel. L'habitude des choses de ce genre filme son cœur, obscurcit son intelligence^ il risque de s'abrutir* Mais si l'influence psychique tfîom*phe des penchante grossier^ , si l'homme résiste à là concupiscence et ne donne point dé gage positif à la sensualité ; alors par son àme restée pure^ par ëon in^telligencië qui rayonne avee plus d'éclat^ il entre dans un rapport vivant avec le monde supérieur» Il eii sent plus profohdémeni l'influence $ son cœur sym^ palhi^e avec ce qui est beàu^ gft*and, genéreuti II deviei^ capable d'impressions religieuses et morales
328 DE L ACTE LE PLUS PUR 0E l'ei&PRIT.
plus vives, plus intimes*, il y a une nodvelle vie dans son intérieur, une vie du cœur, une vie d'affection qui se déclare par le besoin d*aimer, une vie de T intelligence qui se manifeste par le besoin d'admirer. Tout cela se réfléchit dans Timagination, forme dominante de son développement actuel. Il en acquiert la conscience p&r un sentiment vague, et surtout par les nouvelles images qui se forment dans le miroir magique de son entendement; car dans ces images, qui viennent en grande partie du monde sensible , il y a toujours quelque chose d'infini qui les transfigure et pousse la forme à sa plus grande perfection, à l'idéal. L'adolescent aime la beauté par-dessus tout, non une beauté finie, particulière, déterminée, mais la beauté infinie, universelle,. idéale, modèle de tout ce qui est beau et dont l'idée |)lane sans cesse devant lui^ comme le seul objet digne de son amour et de sa poursuite. Dès lors' le monde 1 extérieur prend un autre aspect à ses yeux. Auparavaiit il n'y voyait que des choses propres à satisfaire les 1 >esoins du corps, à soutenir l'existence physique en li li procurant du plaisir. Maintenant il considère la formai plus que le fond, la vie plus que la matière, et dans cette forme et cette vie il aime de préférence ce qui agrée à son imagination, ce qui se rapporte à son idéal • Il commence à mépriser le corps et ce qui ne sert qiâ'au corps. U brave jusqu'à un certain point la fatij $ue , la douleur ; il commande aux appétits et aux d 3sirs grossiers quand l'instinct supé* rieur le demande. Ses affection^ prennent aussi une direction nouvelli ^ Jusque-là elles étaient déterminées
EXERCICE DE l' INTELLIGENCE. 329
par les liens du sang , par ses besoins, par ses relations habituelles, par les sympathies de son âge. Maintenant elles sont excitées par un nouvel objet auquel il était tout à l'heure insensible, la beauté. Son cœur s'élève et son imagination exaltée lui présente des scènes fantastiquesy des images séduisantes, des tableaux brillants où se déploie la magnificence du beau idéal et presque toujours sous la forme vague d'une personne qu'il aimera, dont il sera aimé, à laquelle il se dévouera pour trouver dans l'union des cœurs un bon- T}eur pur et inaltérable. De là le goût de cet âge pour la poésie et la littérature, pour les ouvrages surtout qui répondent le mieux à son exaltation , les romans qui sont en général l'expression , de cet état fiévreux de l'âme humaine.
Tout homme à l'époque de l'adolescence, s'il a reçu quelque culture, et s'il n'est pas dégradé tout d'abord par la concupiscence de la chair, conçoit l'idéal jusqu'à un certain point et en rêve la réalisation. C'est pourquoi il choisit l'objet de son affection, et le choix même prouve qu'il n'obéit pas seulement à un instinct physique comme l'animal, mais qu'il est guidé par un motif plus élevé, le goût du beau, et qu'il cherche une jouissance plus pure, celle de l'imagination et du cœur. Ici encore il y a une grande différence entre les hommes. La plupart, après avoir passé par cette exaltation du jeune âge, reviennent à la vie réelle et s'y fixent par les liens de la famille, par la participation aux affaires pubUques, par une fonction ou une profession quelconque dans la société : ce sont les hommes
330 DE l'acte LB plus pur de L*E8PRIT.
positifs. Mais ceux dont IMntelljgence est plus haute, parce qu'ils sont plus en rapport s^vec le monde supérieur, ceux qui volent et sentent plus vivement l'idéal et en qui Tidée domine, ceux-là ne peuvent s'attacher exclusivement à un objet fini, à une eréature. Leur , amour réclame quelque chose de parfait, la Beauté su<^ préme et impérissable ; et comme rien ici-bas ne peut la leur offrir, ils portent leur cœur et leur vue plus haut que ce monde et restent en contemplation devant legr idéal, qu'ils s'efforcent de réaliser par l'expression pu par l'action, par l'art ou par la vie. 11 y a peu d'hommes de ce genre, mais enfin il y en a. C'est en eux que s'allume ce feu sacré qui doit être entretenu jour et nuit par une main vierge; car l'âme où il brûle conserve la virginité de son amour et dédaigne les attachen^ents terrestres ; ou si , après avoir été con* sperée par cette initiation et s'èb^ donnée au eulle divin de Finfini, elle se laisse séduire par l'attrait da monde et succombe à la chair , alors elle s'enterre ellemême toute vivante, comme la Vestale infidèle, et son corps qui vient de triompher d'elle, devient réellement son tombeau, Ces âmes d'élite, quand elles suivent docilement l'instinct céleste qui les pousse, sont appelées à faire de grandes choses parmi les hommes *, car elles sont comme des réservoirs où l'influence divine se dépose, où la vie du ciel afflue, pour se répandre de la par divers canaux sur Thumanité qu'elle féconde, sur la terre qu'elle renouvelle. Elles sont, suivant l'expression sacrée, des vases de bénédiction et d'amour ç ou, pour employer une autre image, dos roi-
rojps réflecteurs de la lumière éternelle, qui, Féper? cutant sur le mondo h cbftlaur et Téclat du eiis], augmettent la gloirp diï soleil 4§»s esprits et le bonheur de emx qu'il arrose de seç rayons, Heureu^t dpjao, raille fois heureui^ rhorninQ qui sent dès le bas &ge 00 goût, ce transport pour la beauté idéale et qui lui voue son cœur ! C'est un degré d'ascension pour son esprit dans cette vallée de ténèbres et d'ignominie 5 c'est une digne préparation à l'amour de la vérité et du bien. Plus heureux encone celui qiui m s'arrêta point à qe degré et qui , entrainé par Tappel d'en haut et par le noble instinct de son ^me, fille 4u piel , désipe , cbprehe et aijnfl ÇelMÎ qui est te luroièf©, te vie, et te beauté suprême !
jL'hoiniafie s'^per^qj^ bientôt que te beauté phy»q^^ est passagèrp, ^t q|ie )a beauté intelligible nO;^ montra à Ipi que par instants* C'pst que te goût ^u ]m^ n^^ qu'un moyen transitoire pour réveilter le goûl (lu vrai. Aussi te jeiin^ bPmm^ at Tbompa^ Cait» quî s^ivlwl^ rimpqtefon da TintplUgenpe, m trouvant fim d^ns te monde qui puisse leur donner des jouîsfwuu^aii dnrstblds, |3t satisfaire au besoin de l'infini qnii 4woril tear ÂoKS, s'étevent aii-'-dessus de cis monde, et réotement» outru te hemi pour les sens et rtmagination» l'équilé
332 DE l'acte le plus pur de LV.SPRIT.
pour la raison, la vérité pour rintelligence. Utiomme à ce degré est saisi par Fidéal du vrai, transporté par l'amour de la science. L'Être lui apparaît comme la Vérité une et absolue ; il Finvoque, le cherche, l'adore sous cette forme. La vérité devient l'objet de son amour et de son culte.
L'homme d'intelligence ne peut s'arrêter à la contemplation et dans la reproduction du beau. La beauté n'est pour lui qu'une expression, un symbole de la vérité; et après avoir admiré la forme, il*sent d'autant plus vivement le besoin d'atteindre l'idée, d'arriver jusqu'à l'idéal. Pour cela, il faut se dégager jusqu'à un certain point des objets des sens et de l'imagination, et c'est ce qui arrive naturellement par le progrès de l'âge, quand on devient moins susceptible des impressions extérieures, et que l'imagination perd de son activité pour laisser plus de place à l'exercice de la raison et de l'intelligence. Ce qu'on veut alors pardessus tout, c'est la vérité, la vérité dans toute sa perfection, universelle, absolue, et cela dans la science comme dans la pratique. Aussi est-on possédé, à cette époque, du désir d'expliquer toutes choses, d'aller au fond de toutes les questions. L'enfant demande la cause de ce qu'il voit 5 le jeune homme, l'homme mûr en cherche le principe, l'origine. L'esprit s'élève, s'épure, et se détachant de la figure du monde et des belles formés de l'imagination , il se dirige vers les choses
EXERCICE DE l' INTELLIGENCE. 333
intelligibles, archétypes des choses sensibles ; il dépasse le cercle étroit de l'observation extérieure, pour s'é- Iwcer dans une autre sphère. En toutes choses il est poussé à rinfini et n'est satisfait que s'il aperçoit dans chaque question , dans chaque science, le rapport de Finfini au fini et le lien vivant qui les unit. De là. une direction scientifique bien différente de la méthode rationnelle. Celle-ci s'arrête presqu'au premier pas , après avoir abstrait de quelques observations des généralités plus ou moins précaires, qu'elle veut bien prendre pour des causes ou pour des lois de la nature. L'autre ne s'arrête qu'à l'idée, soit à l'idée évidente, où elle voit tout le reste comme les conséquences dans leur principe, soit à l'idée sentie, et alors elle se plonge dans une foi profonde, qui n'est jamais destituée de lumière, et qui donne autant d'assurance que Vévidence.
Dès lors la mesure est changée -, c'est le vrai et non plus le beau qui devient le critérium d'appréciation. Sans dédaigner la beauté , qui a toujours des charmes pour l'homme intelligent, il s'attache de préférence à la vérité , qui n'est ni fragile , ni superficielle comme elle. Il la recherche dans la vie comme dans la spéculation \ il la veut tout entière, sans mélange, sans restriction. C'est pourquoi il devient si sévère dans ses exigences et ses jugements, poussant toujours à la perfection idéale, à la réalisation de la vérité pure, et ne tenant pas assez compte des difficultés, des obstacles et surtout de la faiblesse humaine. De là des utopies, des systèmes inexécutables, et par cela même
334 DE l'aotb le plus pur de l*bsprit.
dangereux, bien qu'il y ait en eux de la vérité. Mais cette vérité n'est pas en rapport avee les eireonstarices auxquelles on prétend l'imposer. Bonne en ellemême, elle ne convient point. à telle époque, à tels hommes. Ainsi les meilleures choses sont souvent compromises par une application intempestive ou trop rigoureuse.
Quand l'homme passe du go6t du beau au goftt du vrai, de l'amour de Fart à celui de la science, il y a en lui un progrès remarquable^ car par la science il tend à la vérité pure, il s'élève au-dessus de ce qui est phénoménique, périssable. Dans la beauté, surtout dans les œuvres de la nature et de l'art, il y a toujours une partie sensible, extérieure, celle de la forme qui fournit les moyens de réalisation et d'expression. Les fa*cultés inférieures en sont très-occupées^ et les sens, même dans le goût de la plus pure beauté, ont leur part d'activité et de jouissance. Il n'en va point ainsi dans la recherche du vrai. Les sens y sont aussi employés pour en déchiffrer la lettre, pour en lire le symbole 5 mais ils en retirent plus de fatigue que de plaisir. Le mouvement de Tesprit est purement intellectuel, comme l'objet auquel il tend. Qu'il y ait de la beauté dans l'exposition de la vérité, cela est inévitable ^ mais elle n'est plus la chose principale, l'esprit ne s'y arrête point-, il en jouit par surcroit. La contemplation du vrai peut encore exciter dans l'âme de vifs et doux transports; elle la ravit dans une sphère supérieure, qui lui fait oublier notre monde avec ses fantômes et ses misères. Ce qui rend la scienee si belle, ce qui fait
mi^fiCicM »i l'intëixigexcs. 3SS
une vertu de son amour, c'est qu'en y employant sa vie, on la consacre à la vérité, c'est-à-dire à ce qui est au-dessus des intérêts, d^s plaisirs, iles passions de la terre, au-dessus des vues étroites du moi et de l'individualité, pour se remettre en rapport avec ce qui est un , universel , al>solu , avec Dieu lutHnèmo. La science, vue de cette hauteur, est aussi une espëee de religion ', car elle travaille à rétablir le lien entre Dieu et l'homme, à ramener rhumenité du temps à réternité, de la nature à la sagesse divine, du monde à Dieu. Le vrai savant, le philosophe digne de ee nom^ adore Auftsi Dieu en esprit et en vérité, «n cherchant & le connaître par ses cêuvres, à retrouver ses idées éternelles dans toutes les sphères de l'univers, dans tous les produits de la création*, et si à une intelligence élevée il joint un cœur pur, détaché des désirs terrestres comme son esprit l'est des phénomènes, il arrivera au terme supérieur vers lequel il est poussé^ il par^ viendra à aimer ce qui ifait la substance de la vérité, comme il a aimé ce qui fait l'esprit de la beauté. La vue du vrai le conduisant au goût du bien, il trouvera enfin cette source inépuisable de la vie , avec laquelle il a été mis en communication dès son enfance par la foi , et à laquelle il doit être éternellement uni par l'amour.
y^odgie
336 DE l'agtb le plus pur de l'esprit.
L'intelligence , quand elle va jusqu'à réaliser par raction ou par l'expression la vérité perçue, produit les deux qualités les plus éminentes de l'esprit humain, le talent et \e génie. Le talent est une certaine manière de dire ou de faire, avec le sentiment de ce qui convient le mieux. Il est naturel ou acquis. Le premier est le fruit d'une disposition innée, provenant de notre nature et de notre organisation; il a quelque chose d*instinctif, et par conséquent de naïf. Le second est cette même disposition développée, perfectionnée par Tétude et par l'exercice, ce qui donne Vart. Le génie est plus que le talent : c'est la puissance la plus haute de l'intelligence. Il suppose une lumière supérieure qui éclaire et féconde l'esprit, la puissance d'apercevoir l'idéal dans cette lumière et d'en concevoir l'idée, et enfin une inspiration qui le presse de réaliser ce qu'il a conçu. Le génie est le flambeau de la science et du progrès de l'humanité.
Le talent est difficile à définir, bien qu'il soit trèfle à reconnaître. Des exemples nous aideront à pprécier.
Il peut y avoir du talent dans toutes les œuvres de
EXERCiCfi m L'mTELLIGENCB. 337
l'homme. Dans les plus graves et dans les plus futiles il y a un certain faire avec intelligence, et un faire sans intelligence. Or pour opérer avec intelligence, il faut dominer ce qu'on fait, et pour^cela il faut avoir en soi le sentiment, sinon Fidée de la perfection de la chose dont on s*occupe. II y a de Tidée dans le talent, et il est d'autant plus marqué et plus efficace qu'il se rapproche davantage de l'idéal par la réalisation. L'homme sans talent imite, ou suit pas à pas la route tracée, pour apprendre à faire; c'est un manœuvre, un ouvrier, un artisan. Là où existe le talent, il y a quelque chose de l'artiste, fût-ce même dans un métier, dans une transformation grossière de la matière. C'est que l'homme peut mettre de l'idée partout , et faire descendre jusqu'au plus bas degré quelque reflet du beau, quand il en aperçoit l'idéal. Le talent consiste surtout dans cette application de l'idée au réel. Celui qui travaille sans idée n'a point le sentiment de la perfection, et n'y aspire pas.
On peut y par exemple, parvenir par l'étude, par l'imitation et par l'exercice, à parler correctement, ctoirement et même avec une certaine élégance, sans avoir le talent de la parole. Mais celui-là seul possède ce talent qui rend vivement ce qu'il sent , et qui force la langue à se plier à la manifestation de l'idée qu'il a conçue. Pour parler avec talent, il faut voir nettement dans son esprit ce qu'on veut dire, et discerner rapi- ' dément les mots et les combinaisons de mots les plus adéquates à la conception. Cest une espèce d'enfantement de paroles, quelquefois très -laborieux , souvent
338 DE l'a6Tb I£ plus pur de l'esprit.
aufiâ plein do douceur, quaad bt wie de l*esprit parvient à se mouler hannooieusemeiit dans les formes du discours. Il y a alom quelque chose d'originat , de naïf dans la parole, qui la rend vif^nte, pénétrante, ^eace, pleine d'intérêt \ tandis qu'un discours disert, élégant, mais sans talent, est toujours froid , inanimé, et amène au bout de quelque temps ^inattention et l'ennui.
Le peintre sans talent peut saidr la ressemfatance jusqu'à un certain point, à l'aide de moyens presque mécaniques, ou même par l'habitude de décomposer les figures et de les recomposer sur la toile ; mais la vie de la figure ou la physionomie, il ne la reproduira Jamais. Le visage de l'homme est le symbole de son ime , et cette âme est une idée divine, une image de IMeu plus ou moins défigurée. Elle s'exprime par les parties si mobiles de la face, et surtout par les yeux et la bouche. Que de choses dans un regard, dans un sourire , dans un trait, dans un froncemei^t de la peau, dans le mouvement d'un muscle { Le peintre qui a du talent , doit entr^ dans le caractère par la ^ifiple inspection du visage. Il doit pressentir , deviner l'âme par la physionomie. Ainsi seulement il peut approcher de la p^« fection de son art , qui est d'idéaliser la nature tout en la reproduisant fidèlement. . Un porUrait bien fsût ne doit pas être uniquement la ressemblance d'tin individu, mais le type idéal du caractère général auquel cet individu participe. C'est pourquoi il peut y avoir plus de talent dans une simple esquissé , dans un carton informe , où le type e^ indiqué en quel-
eiërgigë de l'wtelligence. 339
ques traits, que dans un tableau soigné où il n'y a pas d'idée.
U en est de même du rausieien. Jl peut jouer assez bien d'un instrument^ sans en avoir le talent. C'est une pratique qui s'apprend avec des maîtres, de Texercice et de la patience. Mais l'artiste de talent est celui qui possède son instrument , le domine et en tire tout ce qu'on en peut tirer pour l'expression d'un sentiment au d'une idée ; en sorte que dans son jeu il y a quelque chose de propre à l'instrument qu'il emploie , i la chose qu'il veut rendre et enfin à lui-même , en raison de ce qu'il est et sent. Le premier est un ouvrier de musique, un facteur de sons, un artisan d'harmonie; il joue juste, mai3 il n'y a dans son jeu ni esprit, ni intelligence, ni âme. Le second a quelque chose à dire^ qu'il sent, conçoit et voit, et il y tend de toutes ses forces et p^r tous les moyens d'expression qui lui sont donnés. Il chante avec intelr ligénce.
Descendons à u|i art mécanique, à l'art de faire des chaussures ou des vétepients, si Ton veut$ et qui pourra trouver mauvais que nous alléguions de tels exempjes, quand Socrate les emploie si souvent dans les dialogues de Platon? Ces arts d'ailleurs sont aussi des produits de Tintelligence humaine , élaborant la matière et la transformant. Un cordonnier, un tailleur peuvent travailler avec ou sans talept ^ c'est ce qui distingue les ouvriers qui sont des manœuvres, de ceux qui tiennent vraiment de l'artiste. Le corps humain exprime par sa forme l'intérieur de l'homme \ o'çst un
340 DE l'acte le puis pdr de l'esprit.
symbole. Celte forme peut être belle ou laide, bien ou mal taillée , conformément aux proportions du corps et à ridéal de la beauté dont il est susceptible. Giaque corps a donc, en raison de la vie qui Tanime et de Tame dont il est le véhicule, sa forme, son port, sa démarche, son attitude, sa grâce, et tout cela doit être manifesté par le vêtement, dont le but n'est pas seulement de couvrir le corps , mais de Forner. Le talent consiste ici à discerner ce qui convient le mieux à telle personne, en raison des avantages ou des défauts naturels de sa conformation , pour faire ressortir par Textérieur ce qui est au dedans, et contribuer à l'expression plus saillante de Tâme par le corps. Or il en est de chaque partie du corps comme du corps entier.
Le vrai talent a toujours un fond qui vient de la nature, que Fart peut développer et qu'il gâte quelquefois. Il y a dans les hommes certaines dispositions organiques, qui les rendent plus capables d'exécuter une chose qu'une autre, en sorte qu'ils y réussissent tout d'abord et y prennent goût aussitôt. De là les vocations naturelles , qui se montrent dès l'enfance. C'est l'aurore du talent , et l'éducation doit en saisir soigneusement les premiers indices. Ces dispositions ressemblent fort aux instincts particuliers des animaux , sauf que l'animal agit toute sa vie sans savoir ce qu'il fait, et que Thomme acquiert la conscience de son talent , même quand il n'en a pas le secret. Les abeUles, les fourmis, les castors, les araignées, les chenilles, les oiseaux peuvent nous aider à concevoir corn-
EXERCICE DE L*mTELLIGENCE. 341
ment beaucoup d'hommes exercent et appliquent sans maîtres des talents purement naturels. On voit quelquefois des enfants des Fàge le plus tendre déployer une capacité extraordinaire pour le calcul , que personne ne leur à enseigné. Par des procédés intellectuels, que nous ne pouvons pas même soupçonner, et qu'ils ont appris naturellement , ils parviennent à résoudre en quelques instants les problèmes les plus compliqués, dont la solution demande de très-longues opérations par les voies ordinaires de la science. Soumettez ces esprits au niveau de renseignement commun, et vous les paralyserez. Ils perdront la puissance que la nature leur a donnée , et ils n'acquerront pas la vôtre ; ils ne pourront s'habituer aux méthodes lentes et pesantes de Técole, qui ne vont pas plus à leur intelligence, que Farmure de Saûl n'allait au corps de David. Combien d'artistes distingués se sont formés comme d'eux-mêmes, sous la seule inspiration de la nature ou de leur génie! En général les écoles sont peu propres à former le génie: c'est le génie au contraire qui forme les écoles, lesquelles vivent plus ou moins longtemps de son inspiration et de ses tra<Jiitions.
Le génie est supérieur au talent. Dans le talent il y a un aperçu de l'idée , un reflet vague de l'idéal , et ainsi il est plutôt dirigé par un sentiment obscur que par une vue nette et complète de ce qui convient. Dans le génie il y a conception , enfantement de ridée, et par conséquent de l'unité, de l'universalité, de l'infini , comme partout où une idée divine tend a se réaliser.
34S DE l'àgtb lb plus pur DB l'E8PRIT.
Le génÎQ, son nom l'indique, a en lui une vertu généralrice. Il est dans l'ordre intellectuel ee qu^est dans Tordre physique la puissance de propager la vie.
Pour transmettre la vie, il faut Tavoir reçue; c'est la condition de la paternité dans la créature. Dieu seul donne ce qui ne lui à pas été donné.
Donc quand l'esprit humain engendre, o*est-à-dire quand il est employé à développer la vérité dans les âmes et à leur communiquer la vie qui vient d'en haut, il a été fécondé préalablement, il a reçu avant de donner.
Or Tesprit est lumière, et la vérité né se révèle à Vesprit que par la lumière. Cest donc par un rayon du ciel , par une illumination d'en haut que rintelli* gence humaine est éclairée , pénétrée, quand elle a le don du génie, quand elle rend l'homme capable d'engendrer dans Tordre des idées et au monde de la vérité.
La lumière , rayonnée par la Vérité même, par les choses éternelles, par les idées divines, archétypes de tout ee qui existe, féconde Pesprit. Sous cette influence, et par les germes qu'il porte en lui, Tentendement conçoit des idées humaines, corrélatives aux idées divines, et qui les reproduisent comme des copies leur original, comme des images leur objet.
Alors se fait ce qu'on appelle Venfantement du génie. L'idée se développe comme le fœtus, d'abord à l'état d'embryon, puis s'organisant peu i peu, se formant, jusqu'au moment où elle sera mûre pour paraître à la lumière. C'est le temps d'incubation et d'organogénésie.
EIBRGIOB DE L'iNTELLIGENOE. 343
Or ce travail profénd, mystéFieux, de la production , excite continuellement le génie à son insu , le tourmente. Ainsi la mère, agitée par le fruit qu'elle porle, est déjà toute remplie de pressentiment, de joie, d'espéranee, quelquefois de tristesse et de crainte, avant d'avoir vu son enfant et de savoir ce qu'il -sera.
La femme qui a eençu aspiF0 à voir son fruit pour posséder un homme, comme il est dit de la mère des vivants-, tout la pousse vers le terme de r^nfantement. Ainsi dans le génie ^ il y a quelque chose qui le presse irrésistiblement de se manifester, d'exposer ce qu'il sent , ce qu'il porte en lui , et de* produire dans le monde réel , par l'action ou l'expression , l'idée dont il est plein et l'esprit d'en haut qui l'anime. Cest Vinspiraiion.
lUuminaiion , ooncepti&n , inspiratien, veilà les trois cdpdkions essentietles du génie. L^esprit d^un homme ne peut engendrer dans Tesprit de son semblable que p^r la vertu de la lumière divine, reçue dans son intel-* ligence et opérant au moyen de l'inspiration par la parole ou par l'action.
L^acte du génie est le plus haut de l'intelligence, parce qu'il donne la vie, et que la vie est partout ce qu'il y a de plus sacré. Dans l'ordre physique la génération est la plus éminente des fonctions organiques, parce qu'elle reproduit l'existence. Toutes les autres y aboutissent, s'y absorbent quand elle est en exercice, et elle réagit à son tour sur les autres et les anime; ee qui se montre surtout & l'époque de la puberté. Dans la
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sphère intellectucUe toutes les facultés concourent aussi à Tœuvre du génie, s'identifient en elle comme dans l^acte suprême de Tesprit; et le génie à son tour les stimule, les exalte par le surcroît de vie qu'il reçoit d'en haut, par la lumière et le feu qui le pénètrent. Des deux côtés tout converge vers l'acte générateur, qui est l'acte suréminent de la vie, et dans lequel se trouve le ma3(imum de la puissance, de la jouissance et de l'amour.
Le génie est le flambeau de la science. Il répand dans le monde la lumière dont il est enflammé, il se consume pour éclairer les hommes ; c'est un phare entre le ciel ^t la terre. La destination du génie est de signaler et de frayer la voie du genre humain dans sa marche ; il est l'éclaireur de l'humanité. Otez les hommes de génie du monde, et il n'y a plus que ténèbres et ignorance ; plus de science, pas même le soupçon de la science^ car si la lumière divine n'arrivait aux hommes pour exciter et développer leur esprit, ils resteraient brutes, sans raison, sans intelligence, comme la terre serait obscure, stérile, morte sans le soleil. C'est par les hommes de génie, prophètes, apôtres, poètes, comme on devra les appeler en raison de leur participation plus ou moins pure à l'esprit de Dieu, que la vie du ciel a été communiquée à l'humanité^dès l'originey et que cette communication est entretenue et renouvelée à travers les siècles. Ainsi se développe, se conserve et se restaure le monde moral, comme à certaines époques de Tannée le monde physique reçoit des effusions plus abondantes de lumière et de rosée, qui le fécondent et le recréent.
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Enfin c'est le génie qui pousse partout au progrès. Plein de l'idéal et aspirant à la perfection, il veut toujours rintroduire dans le réel, et il n'a point de relâche qu'il n'ait poussé la réalité en avant pour la rapprocher de l'idée. C'est l'idée qui fait marcher le monde, et quand elle est accablée par la forme, opprimée par la lettre, tout dans les affaires humainesreste stationnaire, immobile, mort. Que si une nouvelle effusion de l'idée arrive, l'esprit ranimé prend le dessus; il brise ses entraves et s'agite pour atteindre le nouveau but qu'il entrevoit. C'est pourquoi le vulgaire trouve toujours au génie quelque chose d'insolite, d'étrange. D'abord on se moque de lui, puis on l'admire quand il se met à l'œuvre, et enfin on le craint, parce qu'il remue nécessairement beaucoup de choses établies, parce qu'il inquiète les intérêts et les passions. Le sort commun de ceux qui sont employés comme organes de la vérité et de la volonté divine auprès des hommes, c'est d*être bafoués, persécutés, suppliciés. Témoin les prophètes du peuple de Dieu, tous mis à mort depuis Abel jusqu'à Zacharie ; témoin les plus sages d'entre les païens et celui que Foracle avait déclaré le plus sage des hommes , Socrate, buvant la ciguë pour avoir annoncé l'unité de Dieu ! Témoin l'Homme-Dieu, qui comme homme devait aussi accepter cette condition de l'humanité, de ne pouvoir instruire, guérir et sauver les hommes qu'en mourant pour eux et par eux ! Depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours, et il en sera ainsi jusqu'à la fin, tous ceux qui ont été choisis pour annoncer à la terre réternelle vérité, ont dû en être les martyrs,
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c'est-à*dire les témoins jusqu'à la mari. L'humaiiilé A*avanee vers son terme qu'à force de soufirance et pût une voie de sang, Le génie et la charité fournissent ia->cessamment des victimes au grand sacrifiée expiatoire, qui doit réconcilier la terrd avec lé ciël.
La vérité est Tobjet propre de rintelligence* G*est par sa lumière pure et universelle que Tintelligence se développe et monte à son apogée, la contemplation et la manifestation du vrai par la science et par Tart. Mais rhomme n'est pas seulement fait pour connaître et admirer ; il est créé surtout pour aimer «, et ainsi le développement de son intelligence doit amener le déve^loppement de son âme. La vérité doit le conduire à la bonté, la science à Tamour. Il ne doit devenir plus éclairé que pour devenir meilleur. C'est dans le souverain bien et par Tamour que se consomme son per* iFectionnement intellectuel ^ car dans l'univers le vrai est l'expression du bien et le beau la splendeur du vrai» La vie de Tàme par la charité, telle que Jésus-Christ Ta enseignée à la terre par le précepte et par l'exemple, et dans cette vie l'union de l'homme avee Dieu et des hommes entre eux^ voilà la destination finale de Chumanité, la mesure de ses travaux et le but de ses elForts.
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II y a dans rhomrae un besoin plus profond que le besoin de connaître, e'est celui d'aimen L'intelligence est à râtne ce que la vérité est au bien -, et comme le bien est la consommation du vrai^ l'amour est la con^* sommation de la science. Savoir, c'est vivre par l'esprit ^ aimer^ c'est vivre par Tâme : vie plus profonde, puisque l'àme est la racine de Tesprit et qde Tintelligence en est une puissance. Aussi ce qu'il y a de plus élevé dans la scietice^ tottteë les merveilles de la contemplation ne suffisent plu6 à une ame^ en qui le besoin foncier de sa nature s'éveille. La vérité, si belle qu'elle soit, lui paraît froide^ la science vaine, si elle ne reçoit la vie en sûbistance^ et elle ne peut la recevoir ainsi qu'en aimant : car l'amour seul unit intimement le sujet à l'objet, et il n'y a de bonheur que par l'union et dans Tunité.
Mais il y a des» degrés dans l'amour comme dans l'intelligence, depuis le désir le plus grossier des sens jusqu a l'amour le plus pur» Il y a de l'âme dans toqs les degrés de l'amour, car on n'aime t|u'avec l'âme. Mais tantôt elle aime purement, imn\édiâtement , ce qui est analogue à sa nature ou ce qui lui est supérieur ] tantôt elle aime médiaiement, avec mélange, quand son désir n'arrive à l'objet qu'à travers le corps , les sens , l'imagination, la raison, l'esprit', ou quand elle aime ce qui est d'une nature inférieure à la sienne. Alors son amour s'abaisse et elle se dégrade, Le seul objet digne de son attachement, c'est le Bien suprême ^ la Source de tout bien, l'Être par excellence. Aussirle cherchet-elle instinctivement par toutes les voies et en toutes choses, et lorsqu'elle se passionne pour une créature,
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pour un être fini , c'est qu'elle croit y trouver le Bien infini qu'elle aime, et la joie sans terme qu'elle espère. L'illusion de la passion humaine est de chercher le véritable bien où il n est pas. De là le mécompte qu'elle éprouve par la vanité de son objet, dès qu'elle le possède, comme ces fruitsde la mer Morte, dont les couleurs éclatantes excitent la convoitise, et qui tombent en poussière dans la main qui les touche.
En Dieu seulement et dans l'amour de Dieu , l'âme humaine peut trouver le bonheur dont elle est avide, parce que l'infini , dont elle est , peut seul assouvir sa faim, combler le vide de son être. C'est pourquoi l'homme ne peut parvenir à la vraie félicité , comme à la vraie science, que par une ascension continue et soutenue , passant successivement par les degrés de l'intelligence et de Tamour, son esprit et son âme s'élargissant et s'épurant toujours davantage, jusqu'à ce qu'il entre en rapport immédiat avec la Vérité universelle, avec la Bonté infinie , avec Dieu manifesté dans son éternelle lumière. Il commence par aimer ce qui frappe les sens , ce qui réjouit le corps : c'est l'amour physique. Il aime ensuite ses semblables, d'abord ceux qui lui sont unis par les liens du sang et dans lesquels sa frêle existence trouve secours et protection : il les aime, parce qu'il est sorti d'eux, parce que sa faiblesse et ses besoins l'attachent à eux. Dans le cercle de la famille, surtout quand il en devient le chef, son amour s'étend, en se donnant à d'autres êtres, pour lesquels il s'oublie souvent lui-même. Au-dessus de Tamour de la famille est l'amour de la patrie, se dévouant au bien commun
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dans l'unité nationale , image inférieure , mais belle encore, du Bien suprême qui se donne à tous et n'excepte personne. Au degré supérieur est l'amour de l'humanité , qui , ne s'appuyant plus sur des motifs personnels, n'a pu naître dans le cœur des hommes qu'après qu'il leur eut été révélé qu'ils ont tous le même Père dans le cieL Ils doivent donc vivre en frères; et de là la fraternité chtétienne que l'Évangile a établie dans le monde sous le doux nom de Charité. L'amour de Dieu et de tous les hommes en Dieu, voilà le plus pur amour , l'amour par excellence , celui qui développe l'àme dans toute sa capacité, et qui peut seul la rendre infiniment heureuse, parce qu'il la met dans un rapport indestructible avec le principe même de sa vie. Le but de l'amour est de s* unir à l'objet aimé, pour devenir semblable à lui et n'être plus qu'un avec lui. La tendance de l'amour de Dieu dans l'homme , c'est d'agir comme Dieu et de réaliser , autant que l'humanité le comporte , la perfection divine, a Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Tel est l'idéal de la charité chrétienne ; idéal qui a été réalisé sur la terre dans une vie humaine, par Celui qui nous l'a apporté du ciel , par le Verbe divin fait homme. Jésus-Christ nous a appris par sa parole et par ses actes, par sa vie et par sa mort à aimer comme Dieu aime; il nous a appris à aimer quand même, malgré les ingratitudes, les outrages et les persécutions. « Si vous « n'aimez que ceux qui vous aiment, vous ne faites pas « mieux que lespublicains et les païens. Aimez ceux qui « vous blessent, bénissez ceux qui vous maudissent, faî-
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4t ie6 du bien à ceUx qui vous font du mal^ c'eét par là « que vous ressembldrez à votre Père qui est dans le tt'ciel. » Ce qu'il nous e ebseigné» il Ta faiti l\ a aimé les hommes jusqu'à mourir pour eux; il a donné son sang pour les sauver, et depuis ce temps l'homme sait qu'il n'aime bien que quand il est prêt à saerifier sa vie pour ce qu'il aimei Depuis oe temps^ des knilliers d'hommes, de femmed et d'enfanU^ ont pU) au nom de Jésus-Christ et par sa charité qui les pressait^ se dévduer pour leurs semblables qu'ils ne bonnaissÀient pas^ qui ne les aimaient pas, qui souvent même étaient leurs persécuteurs et leurs bourreaux. Depuis feë temps il y a eu continuellement sur la terre^ partout où la parole de Jésus-Christ a germé ^ des martyrs de la foi et de la charité, des héros de l'amour^ L'Évangile, pn appelant tous les hommes à l'unité et en ti'availlant à les unir en Dieu par l'amour le plus excellent qui absorbe tous les autres^ a montré au genre humain ssi vrûe destina^ tion et Tunique moyen d'y parvenir. « Qu'ils soient un ! M Voilà le but, et c'est te dernier vœu du Christ I « Aime2-vous les uns les autres , comme je Vous ai aimés. x> Voilà le moyen , et c'est le èommandemeût nouveau !
La parole de Dieu est donc à la fois la lumière de la science et l'âme dé la civilisation^ Le monde moral tourne autour de cet axe dépuis le commencement et surtout depuis la venue de Jésus^hrist \ et c'est pour^ quoi la Philosophie, amour de la sagesse dans son vrai sens , et qui doit en montrer le chemin aux hommes ^ doit aussi s'attacher de toute sa force à la Parole qui a
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tout fait, qui porte en elle les idées de toutes choses, et qui ainsi peut fournir à toutes les sciences les principes éternels de leur développement. Il n'y a plus aujourd'hui de philosophie platonicienne, de philosophie aristotélicienne , de philosophie stoïcienne \ ces doctrines n'existent plus que dans l'histoire, comme des préparations à l'unique philosophie, parce qu'il n'y a qu'une seule sagesse, la Sagesse de Dieu, manifestée par son Verbe. Il n'y a de philosophie possible en nos temps que la Philosophie chrétienne : en elle réside l'espoir de la science, de la civilisation, et du progrès de l'humanité.