‹ L'esprit humain et ses facultés (volume 2)Chapitre 18 sur 24 · DE L*AGTB LE PLUS PUR DE L*ESPR1T · texte numérisé non relu

DE L*AGTB LE PLUS PUR DE L*ESPR1T

utens plus oculo rationis; alius spiritualis, utens oculo contemplationis, sicutdistinxerunt divini homines très oculos et très vivendi modos. »

« Yidemusitaque quosdam ex hominibus yivere non elcyatius quam bruta : solis enim sensibus utuntur, aut eos solos insequuntur. Âlii magis insequuntur rationem, intelligentes abstractas régulas artium et scientîa* rum. Tertii ultra bœc omoia élevant se supra rationem in quamdam regionem œtemitatis et perspicabilitatis et super omnem fluitationem et confusionem infinitam desid^iorum et cogitalionumin auram quamdani libertatis serenam assurgunt et evolant, et jam non minas yidelur differre eorum vita a cœteris hominibus, quam distant homines a pecoribus. » (Id. Consid. xxvi, p. 382.)

Mais nulle part nous n'avons trouvé cette distinction aussi nettement et aussi philosophiquement posée que dans cette phrase de Boèce : « Intellectus comparatur ad rationem sicut œtemitas ad tempus. » [DeConsoL^ lib. V, ex prosa 4.)

Si maintenant nous rentrons en nous-mêmes pour constater par notre propre expérience cette distinction fondamentale, nous trouvons en effet deux manières de voir, comme dit Platon, Tune par les sens et au dehors, c'est la vision organique ; Tautre par Tespritet au dedans , c'est la vision intellectuelle ou le regard de Fintelligence. Dans Tune ni l'autre il n'y a aucune réflexion active, aucun mélange de pensée. Quand je regarde un objet, j'observe, je considère, mais je ne pense point ; et aussitôt que je «pense, je ne vois plus

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l'objet 'au dehors, mais son image dans mon entendement. Il en est de même dans la contemplation de la vérité ou d'une idéj 5 je vois, je regarde, j'admire, je suis pénétré de la lumière de la chose et la sens délicieusement, mais je ne pense point ^ et si la réflexion intervient, la contemplation cesse et la jouissance avec elle. Rien n'est plus simple ni plus subtil que la vision de l'intelligence : c*est le rayon qui va d'un point à un autre. L'homme intelligent n'est pas toujours celui qui raisonne le mieux, et un homme très-fort en raison peut n'avoir pas beaucoup d^intelligence. Ce sont deux procédés différents, et suivant la prédominance de l'un ou de l'autre, l'esprit a une autre allure, un autre caractère. L'intelligence saisit la vérité instantanément, souvent quand on y pense le moins. C'est une illumination soudaine qui la lui découvre , et ni la persévérance de Tattention, ni la patience du travail ne peuvent suppléer a ce don du ciel. Les hommes très^intelligents ne fixent pas longtemps leur attention sur le même objet, mais quand ils l'y appliquent, elle a une extrême intensité, elle perce en un moment jusqu'au fond, et ils voient plus^d'un coup d'œil que d'autres par une longue observation. C'est pourquoi ils travaillent moins à mesure qu'ils ont plus de facilité, comme on le remarque déjà dans les enfants, où le progrès et le succès sont plus en raison de l'intelligence que de l'application et de l'assiduité. .

L'acte de la raison, s'exerçant sur les choses phénoméniques et sous la condition du temps , est successif-, car Fesprit ne pouvant regarder qu'une chose à la fois,

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doit, pour comparer deux objets et en saisir le rapport, aller de l'un à Vautre ; et ainsi la perception d*un rapport suppose plusieurs opérations rationnelles. Ici se trouve le point ou Tanneau par lequel la raison s'attache à Tintelligence. Percevant un rapport entre plusieurs termes, Tesprit embrasse en une seule vue ce quMl y a de commun entre eux , ou ce qui les rapproche. L'exercice de la pensée se résout donc en dernière analyse dans un acte d'intelligence, dans cette vue simple qui saisit Tunité dans la multiplicité; et en effet, nous savons par la manière dont la raison est constituée qu'il y a de Tintelligence en elle. Quand le rapport est perçu immédiatement, d'un seul coup, c'est rintelligence qui domine. Quand il est dégagé à l'aide de termes intermédiaires et par la démonstration, l'ope* ration est surtout rationnelle-, et l'intelligence, qui y prend toujours part, parce qu'aucune connaissance ne peut être formée sans elle, est entravée par les formes, par les signes, par tout Tattirail du raisonnement. On ne raisonne que là où il n'y a point évidence. Ce qui se voit n'a pas besoin d'être démontré, et l'aperception simple et instantanée du vrai est l'acte le plus parfait de l'esprit. La pensée et le raisonnement analysent, exposent, démontrent : mais pour qu'il y ait lieu a démonstration, il fout que la vérité ait déjà été vue, conçue, ou pressentie. L'acte de l'intelligence précède nécessairement l'exercice de la raison.

L'âme, dit Platon, est un œil fait p<mr contempler la vérité. Elle est immortelle et la vérité est étemelle ; elle pourra donc toujours la tontempler^ et ainsi Fexer-

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cice de l'intelligence est immanent comme le sujet et l'objet entre lesquels il intervient. La raison au contraire est temporaire; car la pensée est successive et porte sur des choses passagères, sur le développement des existences, ou sur le passage de Têlre à l'existence. Or quand ce passage sera opéré, quand l'être aura manifesté ce qui était en lui, quand le développement des existences sera accompli par la réalisation des idées divines , et que Thomme sera glorîGé dans son corps et dans son âme , il n'y aura plus lieu à pensée, puisqu'il n'y aura plus de temps ; il n'y aura plus de faculté mixte intermédiaire entre le temps et l'éternité , entre le ciel et la terre, entre ce qui est et ce qui parait. La raison sera absorbée par l'intelligence, comme le temps par réternité , et la mort par la vie.

Les produits de ces facultés sont divers comme leurs actes. D'un côté ce sont les idêes^ types ou reflets dans l'entendement de ce qui est, des choses véritables et éternelles , agissant sur l'âme humaine au moyen de la lumière intelligible. Les idées sont pour la science ce que les idéaux, qu'elles représentent, sont pour les existences réelles, principes, bases radicales, plastiques pures. Elles se produisent en nous avec une certitude absolue, fruit de l'évidence la plus complète ou

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du sentiment le plus intime. C'est la certitude métaphysique. De l'autre côté, ce sont les notions abstraites et les opinions, systèmes, et théories qui en proviennent; partie contingente et variable de la connaissance, toujours relative aux faits, à l'observation des faits, ou aux principes do la démonstration.

Il n'y a de certitude absolue que par l'idée vue ou sentie. La certitude morale , qui serait mieux appelée croyance rationtielle , bien qu'elle soit complète en son genre , puisqu'elle exclut le doute , a cependant toujours de la contingence. La certitude physique est toute relative*, car elle se rapporte à notre état présent, à notre organisation , à nos conditions d'existence en ce monde *, elle varie avec là disposition des organes, la situation et les circonstances. Néanmoins elle est aussi complète à son degré-, car elle porte en elle une évidence phénoménale , que le raisonnement ne peut lui donner ni lui ôter. Toutes les fois, en effet, que la raison veut démontrer ce que les sens témoignent, elle s'embarrasse en des difficultés inextricables \ elle tourne dans un cercle vicieux , invoquant ce qui est en question pour le prouver, sous peine de n'avoir ni bases ni données. La vue de Tintelligence, s'appliquant à des vérités éternelles , que l'âme voit immédiatement par elle-même , dit Platon , et non par des images , produit la certitude absolue. Aussi les idees^ fruits delà con tem-

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plation intellectuelle, sont les principes de la science ; il n'y a point de science véritable sans idée.

11 arrive quelquefois que l'idée est sentie plus que vue. La lumière supérieure , qui doit la produire , descend dans la profondeur de l'âme , y est absorbée et ainsi ne peut se réfléchir dans l'intelligence non encore assez développée, et par là incapable de concevoir L'idée et de comprendra la science. Il en résulte ce qu'on appelle la /oz, qui est la racine de Tidée , comme ('idée est le principe de la science, comme la science est la base de la doctrine. Mais qu'on ne s'y trompe pas ; la foi , tout obscure qu'elle est par sa profondeur, est intelligente ^ c'est une intelligence pénétrée par l'action de la vérité, mais qui n'a pas encore conscience d'ellemême et de ce qui la pénètre \ c'est une lumière non réfléchie, et par cela moins éclatante. La foi tourne tout entière en sentiment et en acte -, elle est le mobile le plus puissant de la volonté ; c'est un levier qui a son point d'appui dans l'éternité. De là les merveilles qu'elle opère, et par le commerce intime qu'elle établit entre le ciel et l'âme , où s'épanchent alors les vertus et les trésors célestes, et par la conviction profonde, invincible qu'elle lui donne des vérités immuables : conviction qui rend l'homme capable de sacrifier le monde entier et lui-même à ce qu'il croit, à ce qu'il sent, à ce qu'il aime par-dessus tout, Dieu et sa parole.

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L'intelligence est plus ou moins pure, plus ou moins lumineuse, selon les objets vers lesquels Thomme tourne habituellement son regard et son amour. Elle est toujours le rayon visuel de Vàme, et comme tel, rinstrument nécessaire de toute science et de toute connaissance. Mais ce rayon se dirige d'abord par les sens et leurs organes vers les objets sensibles, vers le monde des corps oh l'homme vit de la vie animale. Plus tard l'homme se replie sur lui-même et se crée en lui un monde spirituel où il vit de la vie réflexive, en être raisonnable. Plus tard encore, il abandonne degré ou de force le monde factice de sa raison propre \ et heureux alors s'il s'élève vers la lumière intelligible, pour redevenir par elle plus purement intelligent I Les théories platoniciennes de la réminiscence et de h purification expriment le retour de l'âme aux idées, ou le détournement de son regard des choses qui passent, pour le diriger vers celles qui ne passent point. C'est la transition de la vision organique à la contemplation.

Quand nous distinguons les diverses facultésde l'âme,

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rinteliigence, la raison, les sens, il ne faat pas croire que nous les regardions comme autant d'êtres séparés. Il n'y a d'essentiellement autre dans Thomme que les deux natures qui le constituent et qui sont irréductibles ; mais les esprits qui émanent de ces natures se pénètrent, et de la proportion de cette pénétration résultent les degrés du développement 4iumain. L'homme étant constitué par l'union di'une âme et d'un corps, il y a quelque chose de physique dans tout ce qu'il sent, dans tout ce qu'il fait , même dans l'acte le plus élevé de son intelligence, dans le mouvement le plus pur de sa volonté-, comme aussi Tâme a sa part dans les opératiens des sens et jusque dans les fonctions organiques du corps. Les facultés sont unes au fond, puisqu'elles sont Tâme agissant-, elles sont distinctes par la forme ou par la diversité de la manière d'agir^ de même que dans l'organisme une seule vie fonctionne par différents organes -, et dans le monde les forces, qui se manifestent par plusieurs espèces d'agents dynamiques ou mécaniques, sont les expressions multiples d'une force générale. Il y a certainement de l'intelligence dans l'exercice des sens de l'homme; car par tous les sens il peut être attentif, et l'attention est la direction du rayon de l'âme, lequel dans ce cas est atténué, modifié, brisé par les milieux psychiques, oi^aniques et physiques qu'il traverse pour atteindre son objet. C'est ce qui distingue la perception sensible dans l'homme et dans l'animal. L'animal a aussi des sens-, il voit, il entend, il palpe-, il est même attentif jusqu'à un certain point-, mais ses sens ne lui servent qu'à recevoir les impressions et les

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impulsions des objets, d'où proviennent ses mouvements instinctifs. Les sens ne sont pas pour lui sources de connaissance, moyens d'observation ; il ne connaît les choses que relativement à ses besoins, et nullement dans leur ra^pport avec la vérité, parce qu'il n'y a point de vérité pour lui, ou plutôt parce que la faculté pour la saisir lui manque. Aussi quelle immense différence entre le regard de l'homme le moins intelligent et celui de l'animal qui le paraît le plus ! Dans Tenfant au berceau, même quand son œil est encore terne, vague, incertain, il y a déjà une aurore de l'intelligence humaine^ rame immortelle point au milieu des mouvefaients de l'animal, sous l'enveloppe épaisse qui la recouvre ^ elle brille déjà à travers les ouvertures de sa prison.

Dans la raison , il y a plus d'intelligence que dans les sens et les facultés qui en ressortent. Mais ici le rayon de l'âme subit une autre espèce de modification, non plus un réfrangement comme dans les prismes sensibles, mais une réflexion qui lui est imprimée par le moi en vertu de sa force attractive, par laquelle il replie son regard sur lui-même pour se faire l'objet de sa propre considération. Ainsi l'esprit humain acquiert la conscience de lui et constitue son entendement. Que si 1 ame se tourne volontiers en haut, vers les vérités intelligibles, dès lors elle reviendra moins sur elle, elle réfléchira moins, elle perdra peu à peu Fhabitude de se regarder et presque la conscience d'elle-même 5 sa raison sera moins exercée que son intelligence, et elle vivra plus par la contemplation que par la pensée. Dans

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ce cas, r homme devient plus purement intelligent, et il faut qu'il le devienne tôt ou tard, s'il doit rentrer dans Tordre ^ il faut qu'il dépouille l'existence fausse que le' péché lui a faite. La division par la mort des deux natures qui nous constituent est devenue nèces^ saire, parce que leur rapport hiérarchique a été bouleversé dès l'origine, et qu'il ne peut être rétabli, tel que Dieu l'avait institué en créant l'homme, qu'après que chacun des deux termes, retrempé pour ainsi dire et renouvelé par le feu divin, aura été épuré des éléments hétérogènes qui ont mis le trouble et la discorde entre eux.

De là la nécessité de la mort pour tout homme qui naît ici-bas, et aussi la promesse de la résurrection ou de la reconstitution de l'homme nouveau dans ses parties intégrantes, dans ses deux natures, quand elles auront passé par le feu de la purification. La mort détruit l'existence sensible et l'existence rationnelle^ car l'une et l'autre résultent de l'union actuelle de l'àme et du corps, et la mort brise cette union. La raison propre avec ses réflexions, ses pensées, ses opinions, ses systèmes et tous ses produits s'évanouit, quand la combinaison qui l'a formée se dissout. L'âme avec l'esprit intelligent qui en provient va en son lieu; le corps , et l'esprit physique qui en dépend, retourne à la poussière dont il a été pris. De là le malheur de l'àme qui , séparée du corps par la mort , n'est pas tournée vers les choses éternelles et n'y aspire point par son désir. Pleine de l'amour de la terre et des vaines opinions qui s'y rapportent, elle tend de toute

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la force de sa yolonié vers ce qu'elle aime encore; et comme elle ne pouvait s'y unir que par le corps qu'elle n'a plus, elle se consume en un vain désir, en des efforts impuissants ] elle est agitée par un esprit inquiet qui ne trouve pas où se poser et ne lui laisse point de repos. Heureux Thomme dont Tàme élevée dès cette ▼ie vers les choses divines y fixe son regard avee amour, et commence à ainter ici-bas le seul objet qu'il doive aimer toujours, se détachant volontairement des joies passagères du monde, qu'il sera d ailleurs obligé de quitter tout à T heure! La religion chrétienne enseigne surtout à vivre en apprenant à mourir. Elle y prépare avec tant de sollicitude, parce qu'elle regarde la mort comme une crise qui décide péremptoirement de notre avenir. Le Christianisme seul a vu le vrai but de Texistence humaine sur la terre. L'homme vit ici*bas pour mourir, et il meurt pour renaître. Là est le sens profond de la parole de S. Paul : tt La mort est la solde du péché. » Là se trouve la raison de l'efficacité merveilleuse d*une bonne mort, d'une mort chrétienne acceptée avec toutes ses conséquences, comme expiation du mal et moyen de régénération. Platon a entrevu jusqu'à un certain point ces grandes vérités, dont il avait recueiUi des traces dans les sanctuaires de TOrient. Telles qu'il les a cornprises , elles sont devenues les vues dominantes , les idées de sa philosophie. Il les a saisies dans leur rapport avec la science et l'art ; et la purification , l'expiation n'ont été pour lui que des moyens de ramener rhomme à la coulempiation du vrai et du beau. Il y a

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dans ^antinomie qu'il présente sans cesse entre les idées et les opinions^ la science et la connaissance^ ce qui^s^ et ce qui existe ^ les choses véritables et les pAé^ nomènes, un aperçu, ou, si l'en veut, un pressentiment de ce que TÉvangile a annoncé plus tard à la terre, en opposant le royaume de Dieu aux royaumes de ce monde, la vie éternelle à l'existence périssable.

L^intelligence naît dans Venfant à la première réaction de son àme vers une influence analogue à sa nature. Cest par la parole que cette influence lui arrive, et son développement intellectuel est en raison de la parole qui le pénètre. Si cette parole est purement humaine, partant des sens , de Timagination , de la raison , de la volonté propre, Tàme en sera faiblement actionnée , et alors sa réaction sera superficielle, son regard ne partira point du fond , Vintelligence sera peu vivante à son origine. Mais si la parole vient de l'âme, s'il y a du divin en elle, si elle annonce avec foi le nom sacre de Djeu, alors Dieu lui-même agit médiatement sur Tâme de l'enfant, et par sa lumière développe dans l'entendement le germe de l'idée universelle de l'Être. Cette lumière du ciel échauffe le cœur, excite et nourrit rintelligence, facilite le déve-

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loppement intellectuel et moral, et produit dans l'enfant les vertus propres à son âge et à son degré, le tout en raison de son adhésion ou de sa foi simple à la parole qu'il reçoit. La foi est le signe earactérislique du développement de Tintelligence dans le premier âge.

C'est par la foi que l'homme entre d'abord en rapport avec ce qui est divin. La foi, prise dans son vrai sens, se rapporte toujours à quelque chose de surhumain ; c'est l'adhésion simple de l'esprit à la parole qui lui annonce ce qui est infini, éternel, et par conséquent au-dessus de ses moyens naturels de connaître. Elle naît dans l'àme, quand l'objet qui lui correspond agit sur l'âme, c'est-à-dire Dieu lui-même par l'intermédiaire de la parole de l'homme. Là où il y a de la foi, il y a donc communication de l'homme avec Dieu. L'âme est touchée d'une impression supérieure, atteinte d'un rayon céleste, et elle réagit par son regard , par son désir, par son. amour -, puis par ses paroles et ses actes, autant que sa faiblesse le permet et selon le degré de son développement. L'intelligence de l'homme dépend en grande partie de cette première fécondation. Si elle se fait régulièrement, si l'enfant reçoit dès le commencement une parole de bien et de vérité, une parole de foi qui pose en lui le nom sacré de Dieu, il en sorlira une inlelligencc pure, lumineuse, vivante, qui plus tard s élèvera volontiers et comme d'elle-même

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&ax choses célestes et tendra toujours vers la Vérité universelle, vers Dieu, *son principe. Si au contraire c'est une parole superficielle qui Ta frappée d'abord, il y aura une fécondation intellectuelle, parce que toute parole humaine contient un esprit de vie-, mais le pro* duit sera faible, mesquin^ Fesprit développé sous cette influence sera léger, porté à ce qui frappe les sens et rimagination , et il n'aura guère de compréhension que pour les choses et les intérêts de la terre. Si enfin Venfant reçoit primitivement une parole, corrompue par le mensonge ou le vice, Tesprit impur ou mauvais que la parole porte en elle s'insinuera dans son àme, la fécondera ; et il en résultera une intelligence faussée dans sa racine , qui donnera naturellement dans les voies de l'erreur, et qu'on aura bien de la peine à redresser plus tard. L'esprit ainsi perverti de bonne heure troublera les autres facultés ; le développement intellectuel tournera au profit du mal. Comme un sang impur se transmet par la génération et dépose dans le sang du nouveau-né le vice qui l'infecte ^ comme un lait gâté devient mortel au nourrisson, en versant dans ses humeurs l'âcreté ou le virus qu'il contient, virus qui ne peut être entièrement expulsé quand une fois la constitution en a été imprégnée -, ainsi l'intelligence de l'enfant est quelquefois empoisonnée dans son germe , et le venin se produit ultérieurement par les écarts et les désordres de l'esprit. Celui qui a été touché dans le commencement par une parole de foi vit au contraire dès le bas âge d'une vie supérieure, de la vie de l'âme ^ et c'est ce qui donne à son intelligence

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de là facilité pour saisir le vrai, de la capacité pour le comprendre, et à sa volonté le goût et Tamour du bien, le zèle et la force pour le rèeiliser. Plus tard ces heureux comioeDcements porteront leurs fruits. Le talent, le génie sont surtout accordés aux esprits de ce genre; car ceux-là seuls peuvent entrer en commen^ intime avec la vérité, qui ont été illuminés par elle de bonne heure, qui Font sentie et connue avant toute chose. Ceux-là seuls sont capables de concevoir des .pensées vastes et d'avoir des vues élevées, qui ont reçu purement en eux dès Torigine Taction de rÉtre universel, et dont la première idée a été Fidée la plus grande, la plus profonde, la plus pure, l'idéemère de toutes les autres , l'idée de Celui qui est , de rÉtre universd, principe et terme de tout ce qui existe.

L apparition de la conscience morale est un nouveaa symptôme du développement de Fintelligence. L'enfant ne distingue le bien et le mal , le juste et Tinjuste, que lorsqu'il reconnaît l'autorité d'une loi , devant régler ses actions comme celles de ses semblables et à laquelle dans son for intérieur il se sent obligé d'obéir. Or, la loi étant le rapport du supérieur à l'inférieur, et Dieu seul étant le supérieur naturel de

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rhomraOy celui qui admet et observe la loi morale est par le fait en rapport avec Dieu. Il reçoit Taction de Dieu eo lui et réagit vers cette action , instinctivement d'abord, puis avec conscience. Ainsi se forme dans l'homme Tidée du bien et de la justice, idée universelle, nécessaire, absolue, fondement de la raison mo^ raie et mesure des actes et des jugements moraux.

Dès que Tenfant donne signe de moralité, un nouveau développement intellectuel s'est opéré en lui ; car s'il discerne le bien et la justice dans les actions, si elles ne sont plus pour lui de simples faits relatifs à ses be* soins et lui procurant du plaisir ou de la douleur, c'est qu'il les compare à une autre mesure. Cette mesure est ridée du Bien moral^ à laquelle aucun objet physique, terrestre ou phénoménique ne correspond-, et puisqu'il n'y a point d'idée sans un objet qui la produise, cet objet, n'affectant point les sens, a dû agir sur l'âme humaine par une autre voie , comme tout ce qui est métaphysique ou surnatui'eL L'enfant en qui la conscience s'éveille entre donc dans un rapport plus intime avec cet ordre de choses qu'il a commencé à connaître par la foi. Ce rapport se détermine en s'appUquant à ses actes, à sa conduite. Ce n'est plus seulement un pressentiment vague de l'auteur de son existence et du monde; c'est encore la conscience de Dieu comme législateur, imposant à sa créature la

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loi éternelle du bien , ou l'expression de sa volonté dans son rapport avec les êtres créés. Ici se montre l'immense bienfait de la foi religieuse, implantée dans le cœur dès le berceau. Par elle le principe fondamental de la moralité est posé, savoir la croyance en Dieu, le supérieur naturel de l'homme puisqu^il Ta créé; d'où suit la conséquence facile à tirer pour l'enfant , que la volonté divine est sa loi y et que Dieu étant la bonté et la sagesse infinie, la volonté de Dieu ne pouvant être que la manifestation du bien est à la fois légitime, toute-puissante et immuable. Aussi quand on commande ou défend à l'enfant , ce doit toujours être, implicitement ou explicitement, au nom de Dieu. L'autorité des parents a sa sanction dans l'autorité divine. Tout homme qui prétend imposer en son nom sa volonté à son semblable, fût-ce à un enfant, fait du despotisme, et il s'expose tôt ou tard à une réaction violente contre son usurpation.

L'homme qui ne reconnaît rien au-dessus de lui n'a ni foi ni loi , car là où il n'y a pas de supérieur, il n'y a point de loi. C'est pourquoi on est toujours obligé d'en appeler à la foi religieuse, quand on veut constituer une société ou la raffermir. Une société ne peut exister sans morale, c'est-à-dire sans l'exécution et la garantie de la justice, sans la distribution et l'accomplissement des devoirs, sans le respect de la loi, ce qui implique une autorité s'imposant légitimement à tous. Où la trouver parmi les hommes, s'ils ne reconnaissent rien au-dessus d'eux? Au nom de qui leur commander, puisqu'ils sont égaux en nature? La religion est le fon-

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dément de la moralité et de Tordre parmi les nations. La première période civilisatrice a .toujours . été une période religieuse, correspondante à Tépoque de la foi naive de lenfant. La constitution d'un peuple, son organisation, sa législation, ses mcëurs dérivent de ses croyances religieuses , ont leurs racines dans sa foi. Aussi quand cette foi s'affaiblit, tout chancelle, et si par malheur elle s'éteint, la société croule avec ses institutions comme un édifice sapé dans ses fondements-, ou si elle est destinée à vivre encore, ce ne pourra être que par la résurrection de sa foi , par un développement nouveau de ses croyances, par une régénération religieuse.

L'individu n'a aussi de moralité que par sa foi , qu'il en ait conscience ou non ; car la plupart ont plus de foi qu'ils ne le savent , parce qu'ils l'ont reçue dans l'enfance et que leur âme a été, pour ainsi dire, pétrie par l'enseignement chrétien dès l'âge le plus tendre. A une certaine époque, quand l'homme s'exalte dans sa raison et fait l'esprit fort, quand par une sotte vanité il cherche de la gloire jusque dans le mal, entraîné qu'il* est par l'amour de l'indépendance, il sent sa foi s'obscurcir et sa moralité faiblir en proportion. C'est l'âge des fautes, des écarts, de l'emportement des passions. S'il persiste dans cette fausse voie où son âme n'est plus en rapport qu'avec des influences grossières, avec les choses de la matière, sa conscience s'endurcit, et sa conduite n'a plus de règle que son bon plaisir : il devient immoral. Il ne sentira de nouveau le prix de la justice et l'obligation du devoir, que s'il rentre en

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