L'ACTION MORALE ET RELIGIEUSE
L'espoir d'un esprit nouveau ne s'est pas complètement évanoui avec l'apparition du personnage qui eut le bonheur d'en inventer la formule.
Saluée dès le début comme un mot historique, cette formule répond trop bien aux aspirations du public pour que nous la laissions glisser dans notre nuit avec l'éclat éphémère d'un simple météore. D'autres boutades qui ne valaient pas celle-là ont eu une fortune.
L'esprit nouveau, éclairant d'un jet inopiné les horizons de l'avenir, semble venir fort à propos stimuler les désirs des honnêtes gens et surtout éclairer leurs efforts. Nous voudrions
montrer comment en efîet cette lueur encore indécise peut diriger leurs tâtonnements à travers les obscurités d'une situation évidemment difficile.
Dans quelle mesure ont-ils raison d'attendre la régénération de la France de l'action morale et religieuse ? C'est une question fort délicate, que des esprits plus compétents ont traitée récemment avec une maîtrise devant laquelle nous n'avons qu'à nous inclinera Ces discussions n'ont pas eu pour résultat de nier l'importance sociale de la Morale et de la Religion ; mais elles ont démontré que, d'une part, la Morale et la Religion exercent peu ou point d'influence sur la prospérité économique des nations, et que, d'autre part, elles ne peuvent elles-mêmes se développer de manière à produire leur pleine mesure d'efficacité, qu'à la condition de trouver un milieu favorable dans une bonne organisation sociale.
Nous avons tenu à préciser ce point de départ qui nous permettra fréquemment d'éviter bien des équivoques.
1 MM. Deinolins et H. de Tourville, dans la Science sociale, février, mai, juin 1894, h propos d'un livre de M. Paul Desjardins : Notre esprit. Union pour l'action morale.
Mais l'importance de l'action morale et religieuse n'en reste pas moins considérable pour quiconque s'intéresse à la régénération de la France.
Néanmoins la nécessité d'un esprit nouveau venant diriger cette action nous a semblé tellement évidente, que nous avons cru devoir écrire ce modeste ouvrage pour indiquer d'une façon précise et réfléchie le sens exact, la ligne de conduite, plus sûre nous l'espérons, que devraient suivre les gens de bien et spécialement les catholiques, dans leurs louables efforts contre les ennemis de la paix et du progrès.
Puissent-ils ainsi profiter sans nouvelles erreurs, en l'appliquant à leurs idées, de l'heureuse modification introduite par l'annonce d'un « esprit nouveau », dans les préoccupations nationales I
J. Crestey.
Juillet 1894.