CHAPITRE IX
ORGANISATION DE NOS FORCES EN VUE DE l'aCTION
§ I. — Bilan Je nos forces.
§ II. — Nos œuvres sont utiles et doivent être conservées, mais elles sont insuffisantes.
§ III. — Intéressons-nous de préférence aux éléments sains du corps social.
§ IV. — Que tous ceux qui peuvent s'appliquer aux affaires pratiques s'y consacrent, de préférence aux professions dites libérales.
§ V. — Ce serait le meilleur parti à prendre, même pour beaucoup de bourgeois non propriétaires.
§ VI. — Devoir des pères de famille.
§ VII. — Devoir du clergé, principalement dans l'éducation.
§ VIII. — Quelles sont nos œuvres bienfaisantes par leur conformité à ce principe ?
§ IX. — Caractère général de notre système.
S X. Discussion des tendances opposées delà plupart des catholiques.
§ XI. — Nécessité de modifier les dispositions du milieu.
§ XII. — Qu'est-ce qu'il faut attaquer pour modifier le milieu ?
§ XIII. — La résurrection de l'idéal est-elle le premier de nos besoins ?
§ XiV. — L'esprit scientifique répond mieux aux besoins réels.
§ XV. — Première manière de nous rendre la science utile :
approfondir les sciences qui touchent à la Morale et à la Religion.
S XVI. — Deuxième manière : la science pour la science.
§ XVII. — L'application de toutes nos facultés aux moyens naturels, loin de ruiner notre influence naturelle, la favorise.
Nous avons vu clans quel sens doivent, en général, s'orienter les honnêtes gens et particulièrement les catholiques pour répondre, par une résistance allant droit au but, au principe môme de la décadence où la France est entraînée.
Que l'on nous permette de proposer à présent une répartition nouvelle de nos forces suivant ces indications, que le lecteur, nous l'espérons, aura jugées favorablement.
§ I. — Bilan de nos forces.
(>omme nous nous sommes appliqué à le montrer, les véritables forces conservatrices ne sont pas politiques mais sociales, celles-ci entraînant celles-là par un mécanisme naturel, tandis que le mécanisme artificiel de la politique ne pourra jamais réformer le principe de l'ordre social en décadence.
Examinons donc quelles sont les diverses catégories de forces sociales dont disposent les conservateurs et spécialement les catholiques.
1" Il nous semble qu'une première puissance réside dans l'organisation actuelle de nos œuvres, malgré leur imperfection sur laquelle nous avons dû attirer l'alten-
tion du lecteur : et, puisqu'elles sont une puissance, il faut les maintenir.
En dehors de celte organisation que nous considérons en elle-même sans prendre garde si ses créateurs et ses soutiens appartiennent à telle ou telle condition, nous pouvons maintenant distinguer les conservateurs en deux groupes principaux : l'un comprenant les laïques, l'autre le clergé. Chacun de ces groupes lui-même se divise naturellement en deux sections, d'après ses occupations propres et ses aptitudes spéciales. Nous avons donc :
2° Les propriétaires d'exploitations lucratives ;
3° Les diverses classes de l'aristocratie et de la bourgeoisie vouées aux professions dites libérales — ou à aucune.
4" Viennent ensuite, parmi le clergé, les ecclésiastiques employés à l'enseignement ou à la direction de la jeunesse ;
5° La plupart des autres ecclésiastiques versés dans le ministère urbain ou rural.
6** Enfin, après avoir recherché de la sorte ce que chacun des conservateurs peut faire pour son propre compte suivant sa condition, nous étudierons une force d'un autre caractère qui nous est aussi indispensable pour préparer, par une influence supérieure et générale, le milieu social à recevoir notre action.
Arrêtons-nous donc successivement à ces six ordres de considérations, dont la résultante nous fournira, croyons-nous, un ensemble assez complet d'organisation où nos forces pourront se déployer avec efficacité.
§ II. — Nos œuvres sont utiles et doivent être conservées, mais elles sont insuffisantes.
!•* A rencontre d'un certain nombre d'esprits exclu sifS; il nous semble nécessaire de maintenir le statu quo dans la plupart de nos entreprises déjà plus ou moins florissantes. Sans parler du système fondamental auquel sont attachés les catholiques, groupés autour de la paroisse ou des ordres religieux depuis des siècles, nous croyons devoir admettre la nécessité de maintenir et même de développer, dans les conditions spéciales qui les requièrent, les œuvres diverses à l'aide desquelles les hommes dévoués essayent de subvenir aux imperfections d'un monde désorganisé. On n'aboutirait, certes, qu'à un résultat désastreux en laissant de côté ces tentatives généreuses bien qu'imparfaites. Il faut seulement s'appliquer à les perfectionner. Dans l'état actuel des choses et pour bien longtemps encore, sinon pour toujours, elles sont et resteront les seuls expédients possibles pour sauver artificiellement de la misère et du vice de nombreux groupes dépopulations urbaines. Que l'on s'applique donc à les développer avec tout l'élan possible, que l'on se réunisse en masse autour des « Cercles» de M. de Mun, autour del'w Union nationale» de M. l'abbé Garnier, autour d'autres œuvres, telles que celle de «l'enfance abandonnée» ou des « logements ouvriers » de M. Jules Simon : rien de mieux, il le faut, c'est le zèle humanitaire répandu dans noire bourgeoi-
sie trop longtemps inaccessible aux sentiments généreux, c'est l'amélioration du sort d'une multitude d'infortunés, ce sont les idées morales et religieuses propagées dans les masses, avec elles la stabilité des existences et la droiture des consciences, l'ordre, la paix et l'harmonie opposées aux excitations odieuses et impuissantes de l'idée révolutionnaire. En vérité, il serait criminel d'empêcher tant de louables efforts et de partiels résultats.
Mais qu'on ne l'oublie pas : la réforme sociale ne s'accomplit pas de la sorte d'une façon radicale et définitive ; les idées morales et religieuses elles-mêmes ne reçoivent ainsi qu'une impulsion passagère et extérieure ne s'assoient pas d'une façon profonde dans l'intime de l'organisme social. Il faut donc plus. Ce genre de réforme est superficiel. 11 s'adresse seulement aux incapables et aux vaincus de la vie : à ce titre, il est bon, mais il est complètement insuffisant. Il ne réalise que la partie minime du programme. En dehors de cette masse abattue que l'on ne parviendra jamais, par aucun moyen, à relever que très imparfaitement, il y a une majorité beaucoup plus considérable de membres capables et vigoureux, qui cependant sont agités aux hasard par mille influences troublantes, desordonnées, et qui ont également besoin de direction. C'est de leur côté que l'on peut attendre le plus d'efforts et de résultats, parce que ce sont eux qui possèdent le plus de ressources et qui sont les plus aptes à entrer complètement dans la voie du salut certain et décisif. Ils ont donc pour eux le nombre, la vigueur et une disposition fondamentale
à la réforme. Est-ce trop dire que nous ferions de meilleure besogne en consacrant la majeure partie de nos forces à leur service, qu'en absorbant toute notre attention, toutes nos activités, au profit des faibles, incapables de se relever complètement, minorité intéressante par son malheur mais dépourvue de ressources et d'avenir ?
§ III. — Intéressons-nous de préférence aux éléments sains du corps social.
Intéressons-nous donc avant tout aux éléments sains du corps social, afin de les tirer de la mauvaise situation, de la de'cadence économique et morale où les ont engagés les erreurs des siècles précédents : d'ailleurs, par le seul fait de leur fonctionnement normal, ils entraîneraient facilement les autres dans leur mouvement, surtout si nous continuons à y préparer ces derniers comme nous venons d'en reconnaître la nécessité.
Les éléments sains et aisément réformables, qui composent la masse de la nation, se divisent en deux grandes classes : d'une part le monde industriel et commerçant ; d'autre part le monde agricole.
De toute évidence, les moyens à employer pour obtenir la régénération de ces deux classes très différentes, sont eux-mêmes fort divers, et c'est là qu'il faut savoir user de l'importante faculté du discernement, afin de ne pas vouloir établir à la campagne où réside presque exclusivement la population agricole les mômes institu-
tiens qu'à la ville où réside principalement le monde ouvrier et commercial : et re'ciproquement.
II est ne'anmoins un premier moj'en essentiel, qui doit s'appliquer e'galement à toute espèce d'activité économique : c'est celui dont nous avons démontré l'importance absolument prépondérante, c'est l'application de tous aux affaires pratiques, c'est la direction des entreprises lucratives par les hommes supérieurs, les intellectuels, les caractères d'élite, qui, malheureusement, vont se perdre sans profit et souvent sans issue, avec un excès numérique non seulement inutile mais désastreux, dans les professions dites libérales, spécialement dans le fonctionarisme et la bureaucratie. Le grand besoin de la France est donc qu'un mouvement vaste et généreux s'opère en ce sens parmi les classes élevées, qui alors seulement redeviendront les classes dirigeantes. A tout prix nous devons faire cesser cette anomalie d'où viennent la plupart de nos maux : voir ce que la France engendre de meilleur, de plus apte par naissance, par situation et par éducation à prendre la direction effective du peuple dans les affaires, abandonner cette direction aux individus moins doués, aux intrigants inférieurs qui parviennent à tout accaparer à force d'audace, d'astuce et de concussion ; et cela, afin de s'abandonner aux illusoires séductions des professions dites libérales, de s'asservir à la tyrannique tutelle de l'Etat-Mammon, en s'imaginant que l'on parviendra à conduire les foules à leur salut par le moyen des pressions superficielles de la politique, sans néanmoins obtenir d'autre succès que de
perdre et de gaspiller la meilleure partie de nos forces dans la gloriole de ne pas vivre au moyen d'occupations vulgaires mais de se consacrer à une prétendue intellectualité aussi vaine que séduisante, fatalement énervante et dissolutrice, mortelle à bien des points de vue, ne fût-ce que parce qu'elle empoche la France de se reproduire.
Voilà sur quel point doivent porter, à notre avis, une bonne partie des efforts des honnêtes gens, plus nombreux de jour en jour, qui comprennent la situation présente et les besoins de l'avenir. Voilà quel doit être le véritable esprit nouveau.
§ IV. — Que tous ceux qui peuvent s appliquer aux affair es pratiques s'y consacrent de préférence aux professions dites libérales.
Parmi les laïques, deux catégories de personnes peuvent agir en ce sens.
2° — Ce sont d'abord les hommes du monde qui sont immédiatement à même de réaliser ce devoir, tout en ayant cédé jusqu'ici aux préjugés reçus qui le leur interdisent. Ils sont nombreux, les propriétaires de terrains, de mines, d'usines, d'exploitations de tout genre, qui se désintéressent personnellement de la direction réclamée par leur fonds et du soutien exigé par leurs subordonnés : ils confient le soin de remplir ce double devoir à des régisseurs ou administrateurs qui, invariablement, laissent plus ou moins péricliter l'entreprise,
surtout ne prennent aucun souci de l'instrument humain dont ils abusent pour en retirer — illusion grossière — autant d'argent tout en réalisant eux-mêmes la plus minime somme d'efforts. Il résulte de ce fait un amoindrissement continu au double point de vue économique et moral. Les propriétaires qui s'en affligent ne paraissent pas en avoir reconnu la cause jusqu'à présent. Ils vivent tranquillement, à la ville, de leurs revenus, qui vont toujours diminuant d'année en année, heureux de n'avoir pas d'effort à déployer pour recevoir ce que leur envoie régulièrement leur mandataire, et jouissant avec indolence des plaisirs plus ou moins frelatés de la ville où ils s'annullent et s'énervent jusqu'à la ruine. Si vraiment ils éprouvent une inquiétude, comme ils le prétendent, au sujet de la décadence économique et de l'amoindrissement moral qui croissent ainsi dans leurs propres dépendances comme partout ailleurs, qu'ils ouvrent donc les yeux,qu'ils comprennent une bonne fois que rien ne vaut l'œil du maître, qu'ils aillent employer la majeure partie de leur temps, de leur intelligence, de leurs ressources, à faire prospérer leurs exploitations, à améliorer le sort de leurs employés et surtout à redresser le moral de ces pauvres gens — toutes choses qui se tiennent intimement.
Au reste, ces idées-là ne sont déjà plus si étranges et si méprisées, depuis que de savantes et courageuses publications sociales s'emploient à les démontrer et à les propager. Sous leur impulsion, un certain nombre d'esprits droits et bien intentionnés se sont déjà résolus à suivre cette nouvelle voie. Ils n'ont eu qu'à s'en félici-
ter de toutes manières. Il n'est pas jusqu'à l'agrément de la vie qui n'y ait trouve' je ne sais quel regain de saveur trop longtemps oublie'e, saveur vigoureuse et saine, charmante aussi et nullement hostile à la vie intellectuelle et artistique, aux délassements de bonne compagnie, à l'esprit délicat et jovial qui a justement fait la réputation des salons français : avec les mille moyens de propagande et de communication dont nous disposons aujourd'hui, rien n'est plus facile que de joindre intimement la vie des affaires avec une somme très raisonnable de distractions et de plaisirs. Et puis, répétons-le, il y a, dans les affaires même, cette autre jouissance, plus élevée et plus saisissante pour quiconque en à goûté, la joie d'être utile aux humbles frères que l'on employait autrefois comme des machines et comme des brûles, la joie de participer à la poésie simple et charmante de leur petite vie où les beaux sentiments sont si fréquents, la joie d'exciter ces mêmes sentiments dans l'ordre moral et religieux et de les porter à des hauteurs dout on n'aurait jamais cru capable l'âme populaire, en même temps que la joie d'asseoir pour toujours la prospérité des individus, des familles et par là de la société entière.
Tout simplement, comme l'amphitryon qui offre un bon vin à ses convives, ceux qui déjà ont eu l'honneur de donner ce bon exemple peuvent dire à leurs camarades encore réduits au vin frelaté de la vieille France : — Goûtez-en, vous m'en donnerez des nouvelles 1
§ V. — Ce serait le meilleur parti à prendre, même pour beaucoup de bourgeois non propriétaires.
3° — Naturellement, ce conseil n'est pas applicable à tous nos bourgeois. Il faut qu'une partie d'entre eux reste vouée aux professions dites libérales : ceux qui n'ont pas d'autres moyens d'existence seraient bien embarrassés de chercher une autre situation. Cependant il en est parmi eux un certain nombre qui, littéralement, meurt de faim. A ceux-là, il n'y aurait certes pas de meilleur conseil à donner que d'abdiquer une bonne fois tous les faux préjugés de caste, toutes les répugnances dues à une éducation superfme et archifausse, toutes les mesquines délicatesses d'une prétendue dignité qui les empêche de songer à entreprendre celte chose pourtant si naturelle mais qu'ils n'envisagent qu'avec dégoût : une profession lucrative. Je ne vois pourtant pas pourquoi, n'ayant plus de quoi vivre» nous serions plus difficiles que nos voisins les riches Anglais : ces gaillards-là ont beau posséder dix ou quinze mille livres sterling qui leur suffiraient pour s'installer sur un bon petit pied bourgBois comme nous autres, ils commencent par se mettre résolument au travail de simple garçon de ferme ou de vulgaire ouvrier, pour apprendre leur métier ; après quelques années de ce régime, comme ils ont à la fois en partage l'intelligence etl'éducation, le caractère et l'énergie, la volonté d'arriver et la claire vue des moyens qui peuvent le leur
permettre, ils arrivent effectivement, ils se montent peu à peu une propriété, une exploitation personnelle ; et» au bout de quinze ou vingt ans, la plupart, en Australie, au Gap, en Amérique, deviennent millionnaires. Imitons cet exemple pratique : cela vaudra mieux que de végéter perpétuellement dans un bureau, de se résigner à serrer de jour en jour les cordons de sa bourse et la ceinture de son pantalon, pour se procurer le plaisir équivoque, tout en vivant comme des gueux, sans famille ou à peu près, de tenir un certain décorum extérieur et de fréquenter le beau monde.
Il y a donc ainsi toute une catégorie de pauvres bourgeois qui travailleraient avec fruit à la régénération sociale, entraînant par la force des choses la régénération morale et religieuse, en travaillant sur eux-mêmes, sans s'occuper des autres, en devenant des hommes sérieux au lieu de rester des fantoches purement décoratifs, voués àla stérilité, à un mélancolique désespoiretà toutes les dissolutions de l'oisiveté. Parmi ce monde beaucoup moins à condamner encore qu'il n'est à plaindre, se trouve certainement un grand nombre d'esprits justes et de cœurs droits : à eux nous nous adressons, convaincu Je travailler dans leur intérêt aussi bien que dans l'intérêt général de la France.
Mais nous voudrions nous faire entendre plus particulièrement des hommes, quels qu'ils soient, qui exercent ou peuvent exercer à cet égard une influence sur leurs égaux ou leurs inférieurs.
§. VI. — Devoir des pères de famille.
Chaque père de famille peut trouver là ample matière à réflexion. Ne criH-on pas opportun de quitter soi-même sa situation bourgeoise pourse lancerdansles afl'aireG, on peut toujours donner à ses propres (ils une direction différente. Pour peu que l'on ait compris la vanité et le ridicule des préjugés séculaires qui nous font mépriser tout ce qui ne rentre pas dans une des professions dites libérales, on n'hésitera plus à conseiller à ses enfants de s'orienter de préférence vers une situation plus pratique, offrant le double avantage d'être plus lucrative et de vous donner une bien plus grande influence sur la société, sans entraîner l'inconvénient de sacrifier aujourd'hui comme peut-être autrefois les agréments du monde distingué. Il y a, dans ce système qui a fait la force et la gloire de la race anglosaxonne, une dignité incomparablement supérieure à notre fausse dignité bourgeoise, parce que c'est la consécration de la virilité et du caractère, c'est la force qui se met au service de l'intelligence, c'est la prospérité qui répond de la sorte aux efforts, c'est le progrès moral qui suit alors le progrès matériel, réduisant ainsi à néant l'opposition qui existe entre ces deux ordres de progrès dans les sociétés mal organisées comme la nôtre.
Que les pères de famille se mettent donc résolument à élever leurs enfants comme le conseille le savant suc-
cesseur de Le Play, M. Demolins, dans une petite brochure ' qui a produit une grande impression dans le monde réfléchi des esprits impartiaux de plus en plus nombreux en France : là est le salut.
§ YII. — Devoir du clergé, principalement dans V éducation.
Dans cette question, le clergé peut exercer une influence réelle, très bienfaisante, beaucoup plus bienfaisante que l'influence par lui exercée jusqu'à présent au moyen de la charité. Car, du jour où il aurait délermiminé tous les hommes plus ou moins émine:its dont il dispose, à s'occuper activement de leurs afl'aires et de leurs subordonnés, il acquérerait par le fait même auprès des uns et des autres une autorité sans bornes pour le développement des idées morales et religieuses.
Qu'il agisse donc dans ce sens sur la bourgeoisie, sur les pères dtî famille, sur les jeunes gens surtout : il rendra de la sorte des services dont il ne prévoit pas la portée à la France et à l'Église à la fois, tandis qu'une somme plus grande de zèle et d'activité dépensée comme aujourd'hui pour entraîner cette même bourgeoisie et spécialement la jeunesse dans les œuvres charitables ou « sociales» au sens détourné qu'il donne à ce mol, n'obtiendra jamais qu'une efficacité inférieure,
1 Comment élever et établir nos enfants ? Firmio-Didot, 1894.
discutable, imparfaite, surtout instable et dont les résultats sans consistance seront toujours à recommen" cer.
Il ne s'agit pas d'aller jeter le trouble au milieu des étudiants déjà entrés dans la voie ordinaire des professions dites libérales : ce serait un faux jeu, une manœuvre prématurée et révoltante. Que l'on se contente de répandre parmi eux ces idées sans leur demander de les mettre à profit ; ils ne pourraient suivre un tel conseil, l'éducation leur faisant défaut. Mais qu'on les prépare à favoriser ce mouvement et à y faire entrer les futures générations.
Avant tout, que l'on s'applique à déterminer en ce sens la vocation naissante de la petite jeunesse confiée à notre enseignement. Le clergé dispose à peu près de la moitié de l'enseignement secondaire. Quel service il rendrait à la France, s'ils se mettait résolument à imprimer cette direction à tous ces fils de bourgeois, trop disposés à suivre Ir's errements de leurs pères et de leurs aïeux 1 Heureusement, presqu'aucun fonctionnaire du gouvernement ne nous confie sa progéniture : quel avantage nous avons ainsi surles lycées et les collèges officiels! Nous leur laissons la pire engeance, celle qu'a profondément dépravée l'habitude de la bureaucratie et du salariat administratif, avec son cortège de passivité pour l'esprit, de servilité pour le caractère, d'impuissance pour la volonté, d'étroilesse pour le jugement, de nervosité fébrile pour lessens, de dégradation pour les idées morales, de stérilité pour l'être entier. Nous avons la plus belle part, celle qui s'est for-
mée à l'école de ce qu'il y a encore de meilleur daii3 1 a bourgeoisie : le vaillant corps médical, la libre corporation des lettrés et des artistes, les quelques personnalités originales, actives et indépendantes de la magistrature et de l'armée, bref tout ce qui a su gagner son pain à la sueur de son front, monter à force d'énergie, se créer une situation dans cet ordre de choses où le succès est plus difficile que dans les entreprises lucratives. Félicitons-nous que ce lot nous soit échu. Certes, ne songeons pas à détourner d'imiter l'énergie paternelle ceux de nos jeunes garçons qui se sentiront une vraie vocation, bien réfléchie, pour une profession analogue : ce serait vraiment dommage, ce serait criminel, de priver d'une pareille élite les professions dites libérales, dont l'éclat contribue évidemment pour une bonne part à la prospérité générale de la France ; mais nous entendrions mieux que par le passé les intérêts de celle-ci en entrant dans un esprit nouveau sur le caractère de notre enseignement, qui s'orienterait à pousser le plus possible de nos élèves dans la voie pratique des affaires, à leur en donner le goût, à les y initier autant que le permettent nos détestables programmes universitaires, destinés à faire de tous les Français de simples profeeseurs classiques et des lettrés ne comprenant rien aux choses de la vie. — Sans doute, il y aurait, dans les débuts, bien des difficultés à vaincre : la répugnance des parents, les préjugés héréditaires chez les enfants. Mais, avec de la prudence, de la patience et du savoirfaire, avec une étude personnelle de la question qui nous donnerait une conviction et nous rendrait maîtres de la
démonstration, nous arriverions rapidement, sans rien brusquer, à des re'sultats progressifs et de plus en plus bienfaisants. Une transformation sociale ne se fait pas d'un jour à l'autre. Lorsque les plus hardis, assez rares, se seraient mis à l'œuvre et auraient prouvé, par leur succès, que la méthoJe est bonne, d'autres les imiteraient, les préjugés s'évanouiraient petit à petit : avant trois générations, nous aurions accompli des prodiges. — Mais les hommes de bien, spécialement les catholiques, plus spécialement encore le clergé, sontils capables d'entreprendre une campagne dont il faudrait trois générations pour voir mûrir les fruits? Pourtant, le monde « ne se retourne pas comme une omelette », me disait un jour un homme d'esprita Du moins faut-il commencer par saisir le vrai sens de la question, au lieu de se perdre sans cesse en de vaines tentatives de réformes illusoires.
Or, tel est, nous semble-t-il, le vrai sens de la question.
§ YIII. — Quelles sont nos œuvres bienfaisantes par leur conformité à ce principe ?
5° — Nous avons assez parlé ailleurs d'une autre manière d'utiliser notre influence: créer et développer partout où faire se pourra celles des institutions appelées « œuvres catlioliques et sociales » qui se rapprochent, bien que plus artificielles, de l'ordre naturel dont nous venons de parler. Ainsi, pour faire entrer à sa place logique ce nouvel emploi de nos forces dans le
cadre de l'organisation des forces conservatrices, répétons seulement ici que leshonnêtes gens, y compris le clergé, feraient œuvre utile, nécessaire même, en s'employant à fonder, avec ou sans le concours des patrons suivant qu'ils donnent ou refusent leur assis, lance, les diverses institutions économiques propres à améliorer la condition des classes laborieuses: caisses desecours et de relraite,'bureaux de placement et secrétariats gratuits, vingt autres industries capables de subvenir aux besoins des populations urbaines ; puis, "i la campagne, crédit agricole communal, syndicats rCgionaux ou autres entreprises que l'on jugera utiles dans chaque circonstance. Ces initiatives seront toujours fécondes, pourvu qu'elles ne nuisent pas au fonctionnement naturel du patronage effectif exercé par le propriétaire sur ses subordonnés.
Peut-être trouvera-t-on que nous insistons démesurément sur la nécessité de secourir ainsi le peuple de toutes manières dans ses besoins matériels si l'on veut parvenir à le secourir dans ses besoins moraux. Mais nous ne pouvons résister au désir de citer ici, comme confirmation de cette conviction souvent affirmée et, croyons-nous, démontrée, ces belles et judicieuses paroles alressées par un éminent prélat américain, Mgr Ireland, à la jeunesse française : '
« Nous vivons dans un temps où le peuple est mécontent. Il ne s'agit pas de savoir si le peuple est plus heu-
* Au cercle calholiquc du Luxerubourjj (Paris), le 25 Juin
reux ou plus malheureux, qu'autrefois. La comparaison est de nulle valeur ; je prends les faits tels qu'ils font. Le peuple est mécontent, le peuple se croit privé de la pleine justice qui lui est due. Le peuple est irrité, et dans son irritation se jette dans de grandes erreurs.
« Noua ne devons pas renouveler la faute de ceux qui, voyant se préparer un volcan au milieu d'eux, attendent, pour prendre les précautions, que l'explosion se soit produite. (Applaudissements.) Dites donc au peuple qu'il à des devoirs, mais aussi des droits. On ne lui parle que de ses devoirs, de la patience, de la résignation, et on lui promet uniquement une récompense dans l'éternité. C'est beaucoup pour ceux qui ont la vraie foi, mais pour ceux dans lésâmes desquels la foi est presque morte, ce sont des paroles qui ne signifient presque rien. {Applaudissements.)
« D'ailleurs, ce n'est pas le langage de la foi chrétienne. Le langage de la foi chrétienne est celui-ci: « Chaque enfant de Dieu, quel qu'il soit, est placé par « Dieu sur la terre pour vivre de son travail ; par con- « séquenl, celui pour qui il travaille doit lui donner les « moyens de vivre. Chaque enfant de Dieu a donc des « droits. » Or la société estainsi constituée qu'un grand nombre ne trouvent pas à vivre, selon les expressions du Saint-Père, d'une manière digne de leur position Il y a donc des défauts quelque part {Applaudissements.) Mais il y a des remèdes à ces défauts. ( Vifs applaudissements.)
« Sans doute, il ne faut jamais que le remède soit une
menace pour la société, ni pour le pays. Mais, au moins, que le"peuple sache que nous reconnaissons ses droits et que nous cherchons le remède. Quand il verra que nous sommes à l'œuvre pour son bonheur, il nous écoutera, si nous lui disons : « Ayez patience « un peu de temps. » De grâce, ne lui disons pas : « Ayez patience toujours. » {Applaudissements et rires.)
« Que de bien nous pouvons faire envers la société, si nous nous souvenons que le mal moral dépend, en grande partie, du milieu et des circonstances dans lesquels le pauvre vit, au jour le jour. Un écrivain anglais a très bien dit: « Ne prêchez pas l'Evangile à un esto- « mac vide, il n'écoutera pas. » [Rires.) Et c'est vrai comme règle générale. Il faut donc dire : « Ne prêchez « pas trop souvent la vertu, à moins que le milieu et dans lequel ces pauvres hommes vivent soit tel que la « vertu soit facile. » [Applaudissements.)
« Ayons donc la volonté de faire tout ce que nous pouvons ; appliquons-nous aux œuvres sociales, et faisons tous nos efforts pour rendre plus doux le joug du travail, pour protéger les intérêts de l'ouvrier, pour veiller sur tous les petits et les faibles. »
De telles paroles rentrent trop bien dans le caractère général de Mgr Ireland et de ses entreprises de tout genre, pour qu'il soit permis à qui que soit de l'invoquer à son tour en faveur des tendances opposées, lorsqu'il dit, un peu plus haut dans le même discours : a De nos jours, la mission de l'Eglise est de montrera la multitude que l'Eglise catholique seule peut lui as-
surer sur la terre cette paix et ce bonheur qu'elle désire »... etc.
De telles phrases sont parfaitementjusteslosrqu'onles interprète dans le sens du passage si explicite que nous venons de citer; mais elles deviennent fausses lorsqu'on les entends obstinément dans le sens des préjugés traditionnels, qui conseillent d'agir uniquement parla vertu morale et surnaturelle dont dispose l'Eglise sans vouloir entrer dans la voie des améliorations matérielles devenues nécessaires pour en préparer l'efficacité.
§ IX. — Caractère général de notre système.
Aussi, pouvons-nous dire, pour résumer les diverses considérations précédentes, que toutes se rattachent par un lien commun à une ligne de conduite générale, que les esprits réfléchis croient devoir recommander pour sauver la France de sa décadence à la foi économique et morale.
En effet, toutes pourraient se résumer dans cette formule, dont l'acception serait assurément le fait d'un esprit nouveau : Il ne faut pas espérer la réorganisation sociale par Vaction morale et religieuse^ mais préparer le développement de la morale et de la religion par l'organisation sociale. C'est Dieu qui l'a voulu : l'homme n'entrera paSj surtout ne pourra rester dans la pratique de ses devoirs spirituels tant qu'il n'y sera pas poussé et soutenu par un bon régime du travail, de la propriété, de l'Etat, de tous les autres organismes pra-
tiques et matériels dont l'existence et la valeur dépendent avant tout de l'influence exercée par les choses ou par l'intelligence humaine : la morale et la religion en suiventUa destinée bien plus encore qu'ils n'en modèrent l'exercice.
Voilà pouquoi nous avons cru devoir nous abstenir de donner dans cette brochure, comme tant d'autres l'ont fait, une thèse et un programme théorique, pour recommander au contraire l'institution naturelle qui réalise spontanément le programme et la thèse : et cette institution se résume dans l'esprit d'initiative, dans l'individualisme énergique qui caractérise la race onglosaxonne : qualité essentiellement différente de l'égoïsme auquel notre tapageuse philanthropie n'a pu nous empêcher d'accorder pratiquement nous principales affections.
§ X. — Discussion des tendances opposées de la plupart des catholiques.
A ce sujet, qu'il nous soit permis de dire bien simplement ce que nous pensons des idées propagées avec talent, avec un zèle que goutiennent de généreux efforts personnels, par un ecclésiastique dont nous nous sommes fait un plaisir de citer du moins un excellent rapport : M. l'abbé Naudet. Dans son dernier opuscule ' il s'applique à développer sa thèse, son programme « social», suivant les indications qu'il donna
1 Noire œuvre sociale, Toira, 1894.
lui-même en résumé dans un discours prononcé au Séminaire de Quimper :
« i° La notion exacte de la justice nous fait accomplir nos devoirs envers Dieu, envers le prochain, envers nous-mêmes ; à cette triple source de devoirs correspond une triple origine de droits légitimes.
« 2° L'idée exacte de la propriété n'est pas le droit d'user et d'abuser ; d'user, oui, d'abuser, non!... C'est là une notion païenne que le droit a fait passer dans le code. La propriété est subordonnée au haut domaine de Dieu et à l'intérêt social ; si bien que les riches sont les intendants de Dieu pour faire valoir les biens qu'ils détiennent, les faire valoir pour eux d'abord, puis pour leurs frères. Une terre ne doit donc pas rester en friche, sinon le but divin n'est pas rempli et ce sol délaissé sans culture devient terrain vague.
«3° La nature du travail» n'est pas une marchandise, mais un acte humain ; » le travail est la loi normale imposée par Dieu à tout homme ; d'une façon ou de l'autre, tous doivent manger leur pain à la sueur de leur front, c'est-à-dire avec difficulté et sacrifice. Et comme la femme est créée pour faire à l'homme un intérieur attachant, et pour donner aux enfants l'éducation du foyer, la meilleure de toutes, la femme n'est pas faite pour l'atelier et l'usine. Le travail étant imposé par Dieu pour avoir le pain nécessaire, l'homme qui travaille peut dire à Dieu : Seigneur, au travail correspond la vie : je travaille, donc je dois vivre, pas moi seulement, mais ma femme et mes enfants...
« 4* Le travail n'est pas aujourd'hui dans les condi-
lions normales; le salaire ne suffit pas à l'ouvrier pour couvrir le présent, ni surtout garantir l'avenir... L'organisme social ne marche plus; le rouage de la justice est cassé... Il faut, et par les œuvres privées et par les lois, rétablir la société sur la base de la justice et retirer les ouvriers de leur état de misère immédiate (Léon XIII).
« Alors la justice et la paix s'embrasseront de nouveau pour le triomphe de TÉglise. »
Certes, nous ne contredirons point à la plupart de ces idées, dont nous nous proposons, nous aussi, la réalisation. Mais on se demande à quoi sert de s'éterniser comme le font les catholiques sur ces affirmations abstraites, sur ces « principes » comme ils disent avec rengorgement, croyant avoir tout fait après avoir prononcé ce grand mot? Ne vaudrait-il pas beaucoup mieux se mettre pratiquement à l'œuvre, comme nous l'avons demandé dans cette brochure?
Mais encore, ainsi que nous l'avons observé avec soin, y a-t-il deux manières d'orienter son action. Nous avons fait un effort pour recommander la manière que l'école sociale la plus si'ire, parce que seule elle est scientifique, nous a permis d'indiquer avec une confiance absolue dans le succès. Par malheur, nous sommes obligé de constater que M. l'abbé Naudet, suivant en cela les erreurs de la plupart des catholiques, admet et propage des vues différentes en certaints points importants. Et comme nous les croyons dangereuses, nous voudrions en prévenir le public, toujours avec l'impartialité et le calme que nous avons
recommandés en toute discussion, persuadé d'ailleurs que l'éminent apôtre dont les intentions ne restent pas moins dévouées, n'en pourra que concevoir le désir d'entrer avec nous dans une discussion courtoise et scientifique. Il nous est impossible de prendre un à un tous les détails que, parmi le grand nombre de ses idées irréprochables, nous avons soulignés avec un point d'interrogation. Arrêtons-nous seulement au principal.
Malgré tous les efforts tentés à la suite de M. le comte de Mun pour disculper son école et lui-même de tendances socialistes, nous pensons devoir avertir M. l'abbé Naudet que, pour rejeter le nom, lui et les siens n'en gardent pas moins de la chose une certaine teinture qui nous semble fâcheuse, parce qu'elle marque une tendance opposée à la seule tendance capable de nous réformer. Nous avons montré que celle-ci devait être la tendance particulariste, l'esprit d'initiative privée. Sans nier on principe sa nécessité, il penche fréquemment de préférence vers une tendance communautaire, et c'est en cela faire le jeu du socialisme tout en voulant le détruire. Cette contradiction entre le fait pratique et le principe abstrait se manifeste en plusieurs occasions. Je n'en veux citer que la manière inconsidérée dont le passage suivant recommande la résurrection des corporations du Moyen Age, en donnant la môme approbation aux défauts et aux avantages de ces institutions devenues irréalisables de nos jours ^ :
' Notre ceuvre sociale, p. 46.
a Lorsque chaque métier était protégé contre Ja concurrence ; lorsque la production était réglée selon les besoins, et le salaire fixé de façon à assurer la vie de l'ouvrier, la misère était certes moins grande qu'aujourd'hui... »
Cette simple phrase dénote une ignorance profonde — pardon du mot : la vérité l'exige — , des conditions sociales où se trouvent les peuples modernes, de la propriété, du travail, du salaire, de la concurrence et de ses avantages ; l'auteur n'en a vu que les inconvénients. Il nous est impossible d'entamer ici une discussion qui exigerait tout un nouveau chapitre ; nous n'avons qu'à renvoyer l'auteur aux ouvrages compétents. Disons seulement que la réorganisation des corporations avec les caractères cités aurait l'immense inconvénient^ l'inconvénient capital d'enrayer l'initiative privée et d'empêcher le développement de tous les bienfaits qu'elle doit apporter aux sociétés modernes. Or, c'est là une objection que n'avait pas prévue l'auteur, car il continue :
« Sans doute, il y avait des désordres, des guerres publiques et privées ; sans doute certaines parties de l'industrie étaient en retard et l'agriculture avait un outillage imparfait; mais c'est une chose désormais acquise, depuis les savants travaux qui ont été faits sur cette époque, le peuple travaillant a pu alors se nourrir, s'habiller, se chauffer, s'installer dans sa maison, plus commodément et plus richement, à la ville et à la campagne, qu'il ne le peut aujourd'hui. »
Une telle observation ne considère que les avantages
immédiats des corporations, sans en calculer l'immense portée ultérieure, qui fit succéder tant de siècles de misère à deux ou trois siècles de prospérité. Il y avait en effet cette petite considération à faire que, par ce systi^ime de s'enfermer chez soi en évitant la concurrence, la France, répondant en cela à ses tendances centralisatrices, a ruiné peu à peu chez ses citoyens, déshabitués de se former à la lutte pour la vie, l'esprit d'initiative etrénergieindividuelle,sibienque les races voisines, développant au contraire chez elles cet esprit toujours supérieur à n'importe quel autre, ont fini par faire éclater toutes les barrières opposées à leur libre expansion, nous ont envahis de leurs produits et de leurs sujets, et nous ont rendus incapables aujourd'hui de lutter contre elles : telle est la grande cause de notre décadence économique et morale présente ; et si l'esprit du socialisme triomphait il ne ferait qu'aggraver ces inconvénients des corporations d'autrefois.
Laissons dormir ce qui est mort. Nous avons mieux à faire que de le ressusciter. Ou, si nous voulons nous inspirer d'autrefois, ayons soin, comme le dit Léon XllI ' avec son habituelle sagesse, de ne prendre dans les anciennes corporations que l'esprit d'association en l'adaptant aux conditions toutes nouvelles de la société moderne.
On peut croire que ceci est une surprise contraire aux principes généraux de M. l'abbé Naudet. Plusieurs fois, et même à la page suivante, il réclame la liberté privée et l'autonomie locale.
* De condilione opificum,
Mais de pareilles surprises sont caractéristiques. Elles tiennent à l'habitude invéte'rée, très facile d'ailleurs, qu'ont prise depuis longtemps les honnêtes gens et spécialement les catholiques, de parler à vue de pays des questions sociales, suivant l'inspiration de leur instinct, eans études préalables suffisantes. Une pareille habitude peut mener loin : il est temps de la modifier. Et la vraie manière de la modifier, ce n'est pas d'étudier d'arrache-pied, à tort et à travers ou suivant toujours les mêmes indications des vieux préjugés : c'est d'étudier posément, suivant les indications d'une bonne méthode. En ces questions plus qu'en aucune autre science, il n'y a qu'un seul fil conducteur qui puisse nous faire découvrir une solution.
Ceci nous amène à entrer dans la dernière considération qui doit nous permettre d'achever notre petit plan d'organisation des forces conservatrices.
§ XI. — Nécessité de modifier les dispositions du milieu.
6° — Lorsque nous parlons de la décadence actuelle avec les esprits avisés, ils répondent toujours que les divers moyens de détail mis en œuvre pour nous tirer du bourbier seront impuissants à obtenir un résultat sérieux, tant que nous n'aurons pas modifié l'esprit général, les dispositions d'ensemble, le milieu. Cette observation est parfaitement exacte. Lorsqu'un organe intérieur est malade dans le corps humain, il ne suffit pas de lui donner une médication topique capable de
le guérir, il faut encore reconstituer les forces du corps entier, que la faiblesse de cet organe avait plus ou moins épuisées ; sans quoi, la guérison ne serait qu'apparente, et la moindre chose suffirait pour entraîner de nouveau les désordres anciens, l'organisme n'étant pas en état de résister aux mauvaises inQuences. Ainsi en est-il du corps social. Il nous faut donc chercher la méthode qui nous permettra de mettre nos divers efforts dans un milieu propice à leur action, la méthode grâce à laquelle nous pourrons provoquer dans la société des dispositions d'ensemble favorables à nos désirs.
§ XII. — Qu est-ce qu'il faut attaquer pour modifier le milieu ?
La difficulté n'est donc pas de reconnaître cette nécessité : elle est de savoir quelle sera la méthode en question, sur quel point devront porter nos efTorts pour réaliser notre but. Et c'est là que nous entendons les appréciations varier à l'infini. La plupart, voyant leurs tentatives entravées par l'hostilité de la Loi, du ministre, du préfet ou du maire, sont convaincus qu'il sera toujours impossible de réussir en détail tant que l'on n'aura pas modifié en général le gouvernement. D'autres, allant plus loin — non sans raison — , sont d'avis qu'il faut détruire le principe même qui fausse l'esprit du gouvernement : à savoir la Franc-maçonnerie à laquelle ils associent habituellement les Juifs,
et puis la mauvaise presse qui est la propagatrice de leurs communes volontés. Soit. Nous avons bien garde d'y contredire. Nous pouvons seulement remarquer que ces moyens généraux de modifier les conditions d'ensemhle se confondent exactement avec les indications particulières que ces messieurs ont déjà données pour attaquer ces mêmes ennemis en détail. Les chapitres précédents ont assez discuté celte question pour qu'il nous soit permis de ne plus tourner dans le même cercle.
Alors on prend la question de plus haut : et la pluqart des conservateurs érainents, principalement les catholiques, déclarent voir le principe de tout le mal dans ce fait que notre siècle a matérialisé les esprits et les cœurs, anéanti le principe spirituel qui avait formé la France d'autrefois, fait disparaître l'idéal chrétien, réduit l'homme à végéter sur la terre sans aucun élan vers les grands sentiments et sans aucun espoir du ciel. — Là encore, nous sommes bien loin de branler la tôte avec un sourire de scepticisme. Seulement, nous constatons que l'analyse de ces diverses formules nous permet de les réduire à deux idées. Premièrement, elles sont tout simplement une nouvelle expression de l'idée générale dont s'occupe celte brochure : la disparition des sentiments moraux et religieux. A ce point de vue, inutile de nous en occuper. Nous devons observer simplement que si l'on s'en tenait à ce premier sens, il y aurait là une pure tantologie. Pourquoi la morale et la religion ont-elles disparu ? Parce que les sentiments moraux et religieux se sont évanouis.
— Mais il y a quelque chose de plus sérieux ; cette seconde ide'e, que le « principe spirituel », 1' « idéal », sont les premières nécessités du temps présent, l'objectif vers lequel doivent tendre immédiatement nos efforts.
§ XIII. — La résurrection de l'idéal est-elle le premier de nos besoins ?
N'en déplaise h tant d'esprits éminenls qui vont bien être tentés de nous qualifier nous-méme de matérialiste, il nous est impossible d'admettre entièrement cette manière de voir. Comme tout prêtre qui comprend sa raison d'être et sa mission, nous reconnaissons la nécessité de rétablir dans leur antique prééminence les idées morales et religieuses : mais nous sommes fidèle aux principes que nous avons indiqués comme seul moyen pratique d'y parvenir, et nous croyons que l'on ne pourra réhabiliter l'idéal chrétien qu'en manœuvrant suivant la nature des choses, en organisant d'abord les conditions matérielles de l'ordre social, lesquelles entraîneront naturellement l'efficacité de nos efforts dans les questions spirituelles.
Par conséquent, il nous semble que l'on n'aboutira pas à grand chose de pratique en s'appliquant, pour reconstituer un bon milieu où l'on puisse opérer avec succès, à développer les aspirations du public vers l'idéal en général. Ceci n'est pas une tactique, c'est seulement une impulsion. Que diriez-vous d'un capitaine qui se contenterait d'adresser à son armée une
chaleureuse et patriotique allocution avant la bataille, et qui, au lieu de combiner les plans d'opération, la stratégie compliquée que réclame la guerre aujourd'hui, se contenterait d'exciter continuellement par de belles phrases le courage de ses troupes en faisant voltiger au-dessus de leurs têtes l'idéal militaire ? Tel est un peu l'attitude d^un certain nombre de belles âmes dans le camp des conservateurs de toute nuance. Cela n'aboutit pas à grand chose. Dans une large mesure, cela est très certainement nécessaire, comme la harangue du général avant l'action. Nous ne nous plaindrons jamais que l'on porte le plus haut possible les aspirations des âmes françaises. Il y a seulement cet inconvénient, qu'en agitant trop fiévreusement ce drapeau élincelant à leurs yeux, on finit par les éblouir, on détourne leur attention des moyens pratiques seuls capables de donner le succès, on les grise de mots sonores et d'enthousiasmes irréfléchis, on leur fait croire que le salut est facile à opérer avec une généreuse poussée en avant, on leur fait oublier la discipline, la méthode, la stratégie, toutes choses qui réclament du sang-froid, de la réflexion, une claire vue comme une volonté sans emballements, une direction sûre et une persévérance à l'abri des découragements.
C'est ainsi que l'on répèle sans cesse aux catholiques : Soyez de bons chrétiens, et tout sera sauvé. Quelle illusion ! Comme il faut peu connaître la réalité des choses 1 Et comme il faut être habitué à donner au Christianisme lui-même un sens exclusif qu'il ne
comporte pas ! — Oui, certes, soyez de bons chrétiens : mais soyez autre chose, soyez surtout des esprits réfléchis et scientifiques.
§ XIV. — L'esprit scientifique répond mieux aux besoins réels.
A chaque époque de l'histoire, il faut savoir saisir le caractère propre de l'humanité contemporaine, la préoccupation dominante des hommes sur lesquels on veut agir. Or, sans être un observateur bien remarquable, il est facile de se rendre compte que la grande préoccupation du xix"^ siècle a été la science. Autour delà science se sont groupés la plupart des esprits supérieurs : ils lui ont imprimé cet élan merveilleux dans toutes les directions, qui fera la gloire de notre époque jusqu'à la fin des temps. Ce mouvement est d'ailleurs si bien lancé que le siècle prochain se fera évidemment un point d'honneur de le porter, s'il est possible, à son apogée. Par conséquent, les hommes d'avenir sont ceux qui se consacrent à la science, c'est-à-dire au développement de Vintelligence humaine sous n'importe quelle forme.
Mais, en s'appliquant à propagerl'idéal, on porte ses efforts sur le développement du sentiment et non pas de rintelligence. Sans doute le jeu simultané de ces deux facultés est nécessaire : l'esprit sans cœur devient sec et glace ; la science sans idéal se montre orgueilleuse et féconde en illusions, comme d'ailleurs l'idéal
non soutenu par la science. Ne négligeons donc pas l'ide'al comme l'ont fait les sectaires de la science. Mais il s'agit de savoir sur quel point doivent porter nos efforts d'une façon prépondérante, non pas exclusive. Ce doit être sur la science, parce que c'est elle qui répond le mieux aux préoccupations de notre temps, et aussi parce que c'est elle qui donne les résultats les plus positifs et les plus sûrs.
Nous l'avons vu en ce qui concerne la réorganisation sociale d'où résultera la régénération morale et religieuse : cette œuvre doit se faire d'après une méthode scientifique dont nous avons parlé, si l'on veut arriver à des résultats précis et progressifs sans continuer à se perdre en mille tentatives dépourvues d'éfficaciié solide et stable. D'où vient la fragilité de ces dernières ? De ce que le fameux idéal qui les inspire porte souvent à faux et ne pose qu'une base sans consistance. La science seule est capable d'éviter cette infirmité perpétuelle de nos efforts, en matière sociale comme en toute autre.
11 faudrait donc que les honnêtes gens, les esprits dévoués au bien public, h quelque classe qu'ils appartiennent, mais les membres du clergé plus qu'aucun autre, se consacrassent courageusement à la science sociale.
§ XV. — Première manière de nom rendre la science utile : approfondir les sciences gui touchent à la morale et à la religion,
II y aurait, en dehors de celle-là, deux autres ma-
nières de modifiera l'aide de la science, les dispositions géne'rales du public, les conditions du milieu qui nous sont actuellement défavorables.
Ce serait en premier lieu d'étudier assidûment les multiples questions scientifiques ayant de près ou de loin quelque rapport avec les idées morales et religieuses. Ce n'est plus seulement, comme au moyen Age, la philosophie et la théologie, sciences aussi importantes de nos jours encore : c'est une foule de branches nouvelles de la pensée, qui sont venues toucher par quelque ramification les questions de foi et de morale, nous accablant d'objections imprévues, nous mettant en face de spécieuses explications embarrassantes pour les nôtres, apportant des faits inconnus avec des interprétations troublantes, imaginant des théories, des aperçus qui finissent par satisfaire un grand nombre d'esprits fatigués des idées traditionnelles. 11 faut bien le dire, les catholiques n'ont encore répondu que très imparfaitement à un bon nombre de ces questions : et leur infériorité scientifique en face de leurs adversaires n'est pas une des moindres causes de l'aversion que leur témoigne une partie notable des classes dirigeantes. Favorisées ainsi dans leur secrètes tendances à une émancipation désastreuse, celles-ci s'en autorisent chaque jour pour répandre dans les masses intelligentes ou vulgaires la fausse conviction que la foi est incompatible avec la science ; et c'est là ce qui peut-être entrave le plus notre action, dans une époque où le prestige de la science domine tout le reste. On nous reproche de proposer au monde un idéal artificiel ne
reposant en rien sur la réalité, consacré seulement par des préjugés séculaires naïfs dans leur origine et impuissants dans leur avenir, parce que de plus en plus ils apparaissent, nous dit-on, en contradiction avec la science. Sans doute, les efforts que nous avons faits pour démontrer que celte contradiction n'existe pas ne sont pas nuls comme on le prétend. Mais, en toute impartialité, pouvons-nous dire qu'ils sont suffisants ? Ils l'ont été hier, je le veux bien encore : mais ils ne le sont plus aujourd'hui, parce que des difficultés nouvelles surgissent chaque jour. On a vite fait de s'endormir sur une ou deux bonnes ripostes données à nos adversaires dans le passé ; on répèle avec une conviction imperturbable que la foi a démontré d'une façon péremptoire son accord avec la science : et l'on ne s'aperçoit pas des sourires triomphants de nos ennemis, qui, nous présentant de nouveau le combat sur un autre terrain, nous accusent d'esquiver la lutte sous prétexte d'une victoire depuis longtemps oubliée.
Non, ceci n'est pas un système. Il faut que, d'une façon permanente et toujours avec progrès, nous consacrions à la science nos meillenres esprits, afin d'être prêts sans défaillance à relever le gant, sans laisser passer la moindre provocation, sans reculer d'un pas devant n'importe quelle attaque, sans nous lasser le bras à manier l'épée, sans nous troubler la vue et sans perdre la tête sous l'innuence de la colère ou de la peur. Du sang-froid, du coup d'œil, de l'application, de la persévérance : voilà ce que nous recommandions
au début, voilà ce qui nous semble encore indispensable. En face d'un pareil maintien, l'ennemi perd bientôt sa contenance insolente, et finit tôt ou tard par se déclarer vaincu. Du jour où nous pourrons répandre dans le public la conviction aujourd'hui trop rare que nos idées sont parfaitement d'accord avec la science, le public viendra facilement à nous ; et la seule manière de modifier ainsi ses préjugés, c'est de réduire au silence la partie intellectuelle de nos adversaires.
§ XVI. — Deuxième manière : la science pour la science.
Mais il est une autre me'thode encore qui s''impose dans ce même ordre d'idées.
La méthode dont nous venons de parler est la méthode de la « science pour la foi ». Il faut y ajouter la méthode de la a science pour la science ». N'ayons crainte : toute science sérieuse contribue par elle-même à corroborer la foi. Nous l'avons déjà vu pour plusieurs : après un premier moment d'éblouissement produit sur les intelligences de deuxième ordre, les conclusions solides et définitives de certaines sciences sont venues rendre à la foi l'hommage que semblaient lui refuser antérieurement des coiicusions fragiles et hâtées. Il en sera de môme en tout. Il es t donc souverainement utile que les catholiques s'emploient de tout leur pouvoir à faire avancer les diverses sciences, quelles qu'elles soient, certains à l'avance que leurs découvertes seront à l'honneur de la foi, et avides de ne pas
laisser à nos adversaires l'avantage d'avoir sans nous inventé ce qui pouvait nous être utile. Encore faut-il pour en arriver là, s'en donner la peine, travailler beaucoup, travailler en grand, faire de l'Eglise et du clergé une forte école scientifique, comme ils l'étaient au début, au xvii® siècle par exemple. Souvenons-nousen, la technique pure est par elle-même efficace. Nous avons eu déjà l'occasion de l'observer à propos des œuvres catholiques ou sociales, dans lesquelles notre influence ne sera décisive que du jour où nous ferons preuve d'un savoir théorique et pratique supérieur au savoir des gens avec qui nous aurons afi^aire : il en est de même dans la haute science, il faut que là nous nous montrions les égaux, les supérieurs, s'il est possible de nos adversaires, du monde intellectuel tout entier. La tâche est ardue, le but est bien élevé ; mais en fait je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions découvrir dans nos rangs des esprits aussi remarquables que ceux de nos plus forts adversaires. 11 en existe bien chez nous un petit nombre, à qui tout l'univers rend honneur : mais, perdus dans le flot de nos médiocrités et de nos ignorances, ils ne parviennent pas dans la mesure suffisante à faire rejaillir sur l'Église leur propre renom. C'est à l'Eglise entière d'entrer dans la même voie. Elle peut être sûre de conquérir l'opinion de cette manière, en même temps qu'elle vengera ses croyances. Cette méthode venant compléter dans les sph res intellectuelles l'action et le dévouement déployés dans les sphères de la vie pratique, lui conquérera le monde.
§ XVII. — L'application de toutes nos facultés aux moyens 7iaturels, loin de ruiner notre .influence surnaturelky la favorise.
Au reste, que l'on ne s'y méprenne pas. Loin de fermer les yeux à la grâce de Jésus-Christ qui seule peut encore comme autrefois agiter la masse en fécondant nos efforts, nous sommes convaincu de lui préparer, en indiquant cette ligne de conduite, une matière plus ample, une provocation plus active et une aide plus efficace. Croyons-le, rien ne plaît tant à Dieu que l'effort assidu et intelligent de toutes les facultés qu'il a données à l'homme ; rien ne lui prouve mieux notre bonne volonté, lorsque nous mettons ces facultés en exercice en vue de procurer sa gloire et le bien de ses créatures. 11 se trouve bien plus porté à combler des puibsantes effluves de son secours divin un individu qui se dépense de toutes manières pour réaliser, dans la mesure de ses forces, le salut de ses frères et la prospérité de l'Église, qu'un dévot indolent qui se contente, les bras croisés, d'es[iércr du ciel je ne sais quel miracle immérité.
Cette petite réflexion ne doit préjudicier en aucune manière aux saints ermites et moines cloîtrés qui se consument en pieuses méditations et en oraisons embrasées. Leur rôle est providentiel dans l'Eglise, ils attirent ainsi des grâces infinies sur les âmes. Au surplus, ce n'est pas h eux qu'il faudrait adresser le reproche de manquer d'énergie. D'une autre façon, mais
avec non moins de mérite que les plus ardents apôtres, 11 leur faut, pour bien remplir leur vocation spéciale, mellre en œuvre dans toute leur puissance les diverses facultés qu'ils ont reçues du ciel. Nous avons seulement en vue les ecclésiastiques ou plus généralement les catholiques invités par Dieu à travailler activement au bien de leurs semblables.
Si l'observation que nous avons faite à leur sujet paraîlj'jsle au lecteur, nous pouvons terminer ce livre avec confiance : car elle l'inspire tout entier.
Nous ne pouvons, sans le prolonger outre mesure, développer les quelques indications que nous venons de donner sur la nécessité de la science : une autre brochure les contiendra, en s'appliquant spécialement à étudier la formation intellectuelle du clergé.
Nous voulons seulement exprimer en terminant l'espoir que noire petit aperçu de l'organisation future des forces conservatrices sera bien accueilli du public, non par égard pour nos idées, mais par estime pour l'école sociale qui les inspire, ou plutôt par la conviction que fait naître cette école chez tous les esprits assez sérieux pour suivre assidûment son enseignement.
Au reste, répétons le, nous serions on ne peut plus heureux de recevoir les corrections, additions, observations de tout genre que l'on voudra bien nous adresser, parce qu'encore une fois l'Ecriture a raison:
« Frater qui adjuvatur a fratre tanqiiam civitas firma. »