‹ L'esprit nouveauChapitre 1 sur 18 · L'esprit nouveau · texte numérisé non relu

L'esprit nouveau

Il y a quatre ans, M. Spuller prononçait un mot devenu fameux : « Esprit nouveau »,, qui provoqua beaucoup d’applaudissements et de cris de fureur. Il répondait aune question que, ne m’attendant guère à tant d’honneur et tant de bruit,je lui avais posée à propos d’un arrêté de M. le maire de Saint- Denis, défendant au curé delà ville de suivre à pied le convoi de ses paroissiens pauvres. On célébra ou on maudit à grands cris la hardiesse du ministre et l’esprit nouveau. Le débat, comme on dit en style parlementaire, s’était prodigieusement élargi. Mais je n’ai jamais pu savoir si M. le curé de Saint Denis aurait ou non la permission d’aller enterrer ses morts.

Le mot a fait fortune en ce temps-là. Et, depuis lors, les mots d’apaisement, de tolérance mutuelle,

1. Avant les élections dernières, la Revue de Paris avait publié, avec l’arlicle que voici, trois articles portant le même titre et écrits par M. Bourgeois, M. Poincaré et M. Jaurès.

fil

ont été prodigués. Certainement, beaucoup d’intentions sont dirigées en ce sens. Ont-elles été suivies de beaucoup d’effets ? Je crains que, jusqu’à présent, les choses se soient passées souvent comme à Saint-Denis. Le débat s’est élargi, mais les réformes pratiques n’ont point été obtenues. Des causes di vision profonde subsistent, qui pourrait le nier ? entre les conservateurs et le gouvernement républicains modérés. Il n’est pas difficile de rapç 1er ces causes de division, car toutes ont été signs lées, et dans les polémiques de la presse conserva trice, et dans les discussions parlementaires.

Au point de vue de l’apaisement religieux, Tes prit nouveau n'a point encore, et tant s’en fai procuré au pays les libertés désirables.

La loi scolaire, les lois fiscales contre les congre gâtions demeurent entières, et sont des mesures de guerre. Le budget de l’enseignement dépassi 200 millions — je parle de celui de l’État; — les villes y ajoutent des sommes énormes, la ville d Paris seule plus de 30 millions. Et renseignement religieux libre a gardé 1 000 000 élèves dans les écoles primaires, tandis que les écoles laïques en ont 3 800 000 ; 80 000 élèves dans les écoles secon daires, tandis que les lycées et collèges en ont aussi 80 000 : presque un tiers de la population primaire, la moitié de la population secondaire, et cela sans budget. Il y a donc là un besoin publi un désir des familles, qui ne trouvent pas à Y officielle une éducation morale suffisante. Les

Page 1