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vagues notions de vertus civiques proposées à 1 esprit précis et inquiet des enfants n'ont pas remplacé la morale chrétienne. Fâcheuse lacune que nombre de philosophes et de pédagogues sincères, qui souvent n'étaient nullement cléricaux, ont signalée.
Si l'école chrétienne ne peut être adoptée par la commune, comme en Belgique, au moins devraitelle pouvoir être dotée d’une subvention équitable, quand il est constant qu’elle rend des services aux habitants. Mais cela est interdit. La commune peut entretenir un théâtre, un cirque, un café-concert, non une école chrétienne : le Conseil d'Etat le défend.. Encore est-il, dans notre jurisprudence, deux poids et deux mesures. Ce qui est défendu aux villes de Vitré et de Muret, est permis à la ville de Paris : elle distribue deux millions par an à des maîtres de pensions libres, mais dûment reconnues non chrétiennes.
El comment a-t-on continué à faire payer des impôts d’exception aux congrégations qui, sans aide, se chargent des services publics de renseignement, de l’éducation des orphelins, du soin des malades, de l'hospitalisation des vieillards ? I/impôt du revenu, dit la loi de 1883, sera calculé sur un revenu de cinq pour cent du capital brut, à moins que ce revenu soit reconnu supérieur. Et cela, même quand le capital est affecté, en vertu de décrets, à un service d’utilité publique, comme il arrive pour les congrégations reconnues. Si les
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Petites Sœurs des Pauvres reçoivent un legs d'un million, l’État veillera à ce qu’elles emploient la somme à hospitaliser gratuitement des vieillards indigents. Et le même État prétendra qu’elles ont cinquante mille livres de rente. Telle est la loi. Ce ne sont pas là des impôts : ce sont des amendes destinées à réprimer le délit de bienfaisance.
Ces abus survivent à un état d’esprit qui s’en va. Peu de gens ont gardé la haine de l’idée religieuse. Mais on retourne la formule des voltairiens de l’ancien régime. Ceux-là pensaient qu’il faut une religion pour le peuple, mais non pour les grands. Les seigneurs d’aujourd’hui en veulent bien pour leurs femmes, leurs enfants, pour eux-mêmes, mais n’en veulent pas pour le peuple. On a vu des ministres confier l’éducation de leurs filles aux maisons religieuses les plus renommées, et ne pas savoir toujours modérer de petits tyrans de villages qui révoquaient des cantonniers ou des gardes champêtres coupables d’envoyer les leurs chez les Sœurs de la Charité.
Il était pour l’opposition de droite d’autres raisons de désaccord avec le gouvernement des modérés. Nous avons en bien des circonstances critiqué la politique étrangère du gouvernement. Tâche toujours fâcheuse : car tandis qu’on peut, à l’intérieur, espérer combattre par avance et empêcher les mauvaises mesures, les fautes commises à l’extérieur ne sont connues qu’après qu’elles sont commises; et on 11 e peut plus que récriminer. Il
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est inutile de rappeler les massacres d’Arménie, les crimes impunis de la Turquie, les souffrances de la Crète, l’écrasement de la Grèce. Les lecteurs sont édifiés, et savent si, à travers les événements d’Orient,notre prestige agrandi, et si nos traditions nationales ont été respectées.
En matière économique, le gouvernement actuel a donné satisfaction à la Droite quand il a rejeté l’impôt sur le revenu. Mais le projet d’impôt sur la rente et les mesures qui raccompagnaient ne pouvaient être acceptées par nous. Et M. le Ministre des finances ne vient-il pas de faire prévaloir, en votant avec la gauche du Sénat, le principe de la progression dans les droits d’héritage ?
Enfin la Droite doit-elle être moins attaquée que par le passé aux élections? Elle n^ compte guère. Elle sera attaquée d’abord parce qu’elle est la Droite ; ensuite, parce que les fonctionnaires regretteront le'régime si commode pour eux de la concentration républicaine : serviteurs de la concentration, ils ne voyaient jamais tourner contre eux les luttes entre opportunistes et radicaux.
Or, le règne de la concentration paraît terminé. Le bloc est fendu, et la fente s’élargit de jour en jour. On s’est jeté des défis, on s’est lancé des injures : suppôts de la réaction, complices du socialisme. On aura peine à se réconcilier.
Ce résultat n’estpas négligeable. Il n’eût point été atteint si, pendant un long temps, malgré beaucoup de griefs, nous n’avions le plus souvent
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donné notre àppointaux modérés. — Votre appoint! ont dit des critiques. Vous n’ètes bons qu’à donner un appoint. — On ne peut pas faire autre chose quand on est en petit nombre. Nous pouvions donner notre appoint soit aux modérés, soit à la coalition radicale-socialiste. Nous avons choisi le premier parti. Nous avons cru que le danger le plus imminent était dans les menaces des socialistes et des collectivistes, et que le plus pressant devoir était de les combattre. Nous n’avons vu aucun intérêt pour la patrie à réinstaller le gouver-' nement des radicaux et à la doter de l’impôt sur le revenu. Nous avons considéré d’autre part qu’il ne fallait à aucun prix troubler un courant conservateur qui commençait à se produire. Non, ce devoir n’était pas de ceux dont l’exécution peut être ajournée, dans une Chambre qui avait fait vivre le ministère radical, qui certainement contenait au début une majorité de concentration, et à laquelle il a bien fallu répéter qu’elle était modérée, pour qu’elle finît par le croire, et le paraître.
Mais avons-nous eu raison de compter sur un mouvement conservateur? Avons-nous été dupes en attendant quelque progrès de l’Esprit nouveau? Ce ne serait pas un esprit nouveau qui se manifesterait, mais l’ancien esprit français. Cet esprit-là
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n’est nullement enclin au socialisme. Il est individualiste, ce qui ne signifie, en aucune façon, égoïste. Il n’a pas une confiance aveugle dans les mots sonores et vides de réforme et d q progrès. 11 n’est pas sectaire. Il est franchement libéral et conservateur.
Oui, l’esprit conservateur est celui du plus grand nombre des habitants de ce pays, où la fortune est divisée en parts petites et nombreuses, accrue par l’économie ou par un patient travail, rarement risquée (malgré quelques célèbres et fâcheux exemples) dans les entreprises aventureuses.
Je ne crois pas qu’on nous voie jamais devenir des gens très remuants et très riches, à la manière des* Américains. Nous sommes des agriculteurs, ayant un goût très marqué pour le militaire et un penchant pour les fonctions publiques; joignez à cela une crainte salutaire des spéculations et l’habitude de l’épargne.
Un père de famille américain perd, gagne, dépense beaucoup de dollars, sans distinguer toujours son capital de son revenu, et dit à ses enfants : « Faites de même. » Un père de famille français se livre peu aux entreprises, mais réalise des économies ; et, s’il a quelque aisance, aime à voir son fils officier, magistrat, professeur, adonné enfin à quelque fonction honorable et mal rétribuée. Ses économies pareront à l’insuffisance du traitement. Et c’est ainsi, je le disais un jour à la Chambre, que la fortune acquise, dont M. Casimir Perier avait
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si légèrement parlé, vient souvent chez nous en aide à l’État.
Un peuple agriculteur, militaire, fonctionnaire par goût, économe par nature est forcément conservateur. Il se défie des changements et voudrait pouvoir compter sur la stabilité du gouvernement.
— Vous nous représentez, me dira-t-on, vos concitoyens sous des couleurs bien pâles.
» Vous n’avez pour votre pays qu’une ambition bien modeste. Quoi ! l’activité prodigieuse de l’Amérique ne vous inspire point d’envie! Vous vous contentez de vivre dans un pays de petits bourgeois où l’on ne verra trôner ni le roi du pétrole, ni le roi des cuisines roulantes et des wagonslits! »
Nous avons des rois moins riches et plus puissants, auxquels ceux-là d’outre-mer doivent leurs royaumes, car toutes les découvertes dont ils profitent ont été faites chez nous. Ne pourrait-on, d’ailleurs, concevoir quelques doutes au sujet de la grandeur de la République des États-Unis et des espérances qu’elle avait fait naître? Elle devait réunir trois caractères : être savante, démocrate et libérale. Or, elle n’a point ou presque point de savants. Elle en a donné au monde, en ce siècle, beaucoup moins même que le royaume de Naples, qui a possédé Avogadro et Melloni ; et moins que la Russie. D’autre part, trois cents personnes environ sont, dit-on, en possession de la moitié des
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richesses de celte République. Voilà pour l’égalité démocratique et le rapprochement des conditions sociales. Enfin, tous les quatre ans elle installe dans une petite maison blanche un César. Toute la vie politique du pays se résume en efforts pour ou contre l’élection de ce maître, qui n’a point à attendre des Chambres le vote d’un budget annuel, qui suspend les lois par son veto, et peut les faire casser comme contraires à la Constitution par une Cour suprême dont les membres sont inamovibles, mais remplacés par son choix. Voilà pour la liberté politique. Serait-ce une grande déception à signaler dans l’histoire des entreprises humaines?
Je ne vois pas que notre pays ait rien à envier à ce pays des millions. Nous travaillons aussi, et jusqu’à présent les idées naissent de notre côté de 1 Atlantique. Nous ferions un mauvais commerce en échangeant Ampère contre Edison ou Paris contre Chicago. Hélas ! cette dernière vérité est celle que nous eussions voulu faire entendre aux constructeurs d’expositions colossales et de gares centrales !
Si de nouvelles conditions économiques nous obligent à pousser plus activement en ayant la marche de notre industrie, si-nous sommes forcés aussi, ce qui coûte beaucoup à des Français, d’envoyer nos entants loin du pays créer de nouvelles 1< rances en Afrique et en Asie, nous trouverons des émules à imiter et à suivre, toujours de ce côté de l’Atlantique, dans les monarchies de la vieille
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Europe, qui demeure, en ce monde, le foyer de la pensée, de la science, el par conséquent de la véritable et féconde activité.
Comment un peuple conservateur a-t-il descendu jusqu’à l’extrême limite la pente qui mène au radicalisme ?
Les peuples, comme les individus, subissent des entraînements. Lorsqu’une passion violente s’empare de tout leur être, les traits distinctifs de leur physionomie, les caractères les plus profondément gravés semblent se fondre et s’effacer. Mais c’est là une apparence, et les traits reparaissent quand la passion est refroidie.
Non, ce n’est pas un esprit nouveau qui naît. Le vieil esprit avait subi une éclipse. Les petits propriétaires, les fonctionnaires qui se taisent et attendent aujourd’hui, rentreront, au premier signal sérieux, en rangs serrés dans le camp des conservateurs. Ils ont courbé la tète et laissé passer l’orage mais ils n’étaient point changés au fond. Ainsi sortirent au premier jour, battant joyeusement leur caisse, les tambours de la Pépinière. Ils avaient continué à s’exercer dans les caves de la caserne, respectant une malencontreuse consigne du général Farre, mais n’y croyant pas.
Un parti nouveau s’est constitué. Il s’est donné le. nom de progressiste. Il a de bonnes chances de succès, s’il ne s’entête pas à trop bien mériter son nom, et s'il reste convenu que progressiste, en
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fiançais de proclamation électorale, veut dire conservateur.
Que peut-on espérer de l’avenir ? Les astronomes, connaissant la base d’un triangle et les deux angles a la base, calculent l’angle au sommet, qui est appuyé à une étoile. Les politiques voudraient faire de même. Ils connaissent à la rigueur la base et les deux angles : où sera le sommet? Leurs calculs sont moins certains. Le temps est plus insondable que l’espace; et quand il s’agit des actions humaines, la raison ne peut jamais deviner ce que décidera le libre arbitre, l’une et l’autre n’étant pas toujours en parfait accord.
a Ceçi durera bien autant que nous », disait Louis XV. C’était encore montrer en la stabilité de son gouvernement une certaine confiance. Je ne sais si beaucoup d’hommes politiques, même ayant passé la cinquantaine, en diraient autant aujourd’hui. Ils affirment volontiers que ceci ne peut durer.
Mais qu’est-ce que ceci ?
La forme n’est rien, a-t-on dit. Que nous*importent la forme, le nom, l’étiquette ? Ayons un gouvernement sage et tout ira bien. — Est-il sûr que cette maxime n ait pas à tort séduit beaucoup de gens ? La forme, le nom, l’étiquette de notre cons-
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tilution n’ont-ils* pas été la cause de ce que nous voyons, plus encore que ne Font été les hommes qui ont détenu le pouvoir ?
Chez nous, l’Etat est tout et le Gouvernement n’est rien. Le Gouvernement est à la merci d'une interpellation d’un incident de séance, d’un article de journal. Et ce faible pilote qu’un souffle jette à la mer tient la barre d’un colossal navire dont tous les jours les décisions du Parlement viennent compliquer les machines, et alourdir la cargaison.
L’Etat est tout. L’Etat et les Villes absorbent dans leurs caisses le quart des revenus du pays. L’Etat, les Villes et les grandes Compagnies de chemins de fer emploient le quart aussi des citoyens. Tant de gens sont occupés à administrer, à percevoir les impôts, à entretenir les routes .et les canaux, à chauffer les locomotives, qu’il ne reste plus assez de gens à gouverner, à taxer, à transporter. Si les fermes ne trouvent point de preneur, ni les fonds de commerce d’acquéreur, ce n’est pas toujours parce qu’on n’y peut pas vivre et prospérer ; c’est que le goût d’être fonctionnaire a détourné tousles jeunes gens des professions indépendantes. A l’Opéra-Comique, Biaise et Colin se disputent la ferme du nouveau seigneur et la main de la fille du bailli. Aujourd'hui, ce seigneur ne saurait à qui louer sa ferme. Et la fille du bailli, dédaignant les gens de campagne, irait à la petite ville épouser un sous-chef de gare ou un employé du télégraphe.
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L’Etat est tout et chacun en accepte la suprématie et l’universelle ingérence.
Ceux des nôtres qui, par hasard, ne sont pas fonctionnaires, supplient l’Etat de se mêler de leurs affaires. Il faut qu’il les mène par la main dans le chemin de la fortune, écartant de leurs pas les concurrents étrangers, et leur distribuant même des bénéfices sous le nom de primes. Les droits protecteurs exigent de l'étranger les charges qui pèsent sur nos concitoyens : telle est leur raison d’être, et nous ne faisons, en nous protégeant, qu’imiter les excès de nos voisins. Le système des primes est plus difficile à défendre, même quand nos voisins nous donnent le mauvais exemple. Cette ingérence de l’Etat en matière économique finirait par nous préparer au socialisme. Quelqu’un disait un jour « Jaurès, c’est le Méline du pauvre ». Les économistes libéraux peuvent-ils prétendre que, sur un marché restreint, et avec de semblables tutelles, leurs lois, ces lois qui ont pour eux une rigueur scientifique, ne soient pas toujours faussées ?
Mais la confiance en EEtat, et l'exigence montrée en revanche à l’Etat, régnent partout. Et ceux qui font de la soie, et ceux qui cultivent le lin, et ceux qui produisent le sucre, et ceux qui élèvent le bétail, non seulement demandent à l’Etat aide et protection, mais ne sont pas loin de se regarder comme exerçant une fonction à laquelle une rémunération doit être assurée par l’Etat.
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L’Etat se mêle de religion, de philosophie, même de science, quelquefois.
D’où provient cet accroissement exorbitant du rôle de l’Etat? Il provient expressément dufaitd’un parlement, en lequel se confondent tous les pouvoirs, et qui est occupé pendant neuf mois à légiférer.
On peut gouverner ou par des conseils, des encouragements venus de haut, des appels adressés par une autorité respectée à la confiance et à l’initiative des particuliers ; ou bien par des lois et des règlements. Un parlement qui gouverne ne peut procéder que par lois et règlements.
U les multiplie donc, et par là il grossit et complique chaque jour cette formidable et coûteuse machine : l’Etat.
Le parlement est le meilleur, le seul instrument de contrôle ; mais un très mauvais instrument de gouvernement. On maudit le parlement et on a tort : qui songe à s’en passer? Qui donc, même parmi les plus las du régime actuel, suppose que notre pays voudra jamais confier à la fantaisie d'un maître populaire ses finances et ses lois? Il le faudra momentanément, disent certains hommes hardis ; il est des réformes dont les Chambres sont incapables et que ce maître seul pourra nous donner. Quelle chimère 1 Comment choisir ce maître? Quel espoir nous jettera dans ses bras? Et qui donc, ayant compris et aimé la liberté, peut chercher des remèdes dans l’avènement d’une dictature même temporaire 1
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Cela n’empêche pas de reconnaître les défauts des parlements détournés de leur vrai rôle et, on peut le dire, dégénérés. A travers nos longues et fastidieuses querelles, il est un mal dont sont atteints même de très brillants esprits, et qu’on pourrait appeler le mal parlementaire. Il consiste à considérer les questions non pour ce qu’elles valent en elles-mêmes, mais pour ce qu’elles valent comme arme départi. On est tout au jeu, et on oublie les conséquences de ce terrible jeu. On pousse une carte à droite ou à gauche, et on ne voit plus que, hors du grand cercle du Palais-Bourbon, le résultat de la partie sera d’inquiéter des consciences, de décourager des industries, ou au contraire de leur donner une prospérité artificielle : quelquefois même de provoquer des troubles.
Il est un autre mal, trop connu : celui des manifestations électorales faites aux dépens du budget.
Quelquefois aussi, dans les disputes si longues et si répétées, la guerre de personnes a remplacé la lutte pour des idées. Les idées s'oublient, les caractères distinctifs des partis s’effacent, et les fossés qui les séparaient se comblent : la cause de ce mal très grave est dans les concentrations , dans les syndicats de mécontents, les marches parallèles qui, trop souvent, ont réuni des hommes que , tout devait séparer. Que deviennent les doctrines contraires quand on voit les hommes qui les professent marcher ensemble? Elles perdent de leur valeur et inspirent moins de confiance à leurs adhérents.
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Et, phénomène étrange, plus les opinions sont effacées, et plus les polémiques sont violentes. On entend des imprécations effroyables, et on se demande parfois ce qui peut irriter les uns contre les autres les combattants. — L’important est de retrouver des idées générales claires et précises, et de s y tenir, ce qui est, pour la carrière politique, l'honneur professionnel.
Dans les conversations politiques courantes, on entend souvent répéter les mêmes formules. J’en ai déjà cité deux. C’est: « La forme importe peu » et « Ceci ne peut durer ». Il en est une troisième très usitée et qui généralement clôt l’entretien. C’est : « Comment en sortirons-nous ? »
Comment? 11 n’y a que deux portes de sortie, comme il y en avait deux aux enfers de Virgile, et que le poète avait appelées la porte de corne et la porte d’ivoire.
Un César militaire aura, Dieu merci, peine agrandir au sein de la paix, et la paix semble heureusement devoir durer. Les sommes énormes que tous les peuples d’Europe dépensent pour l’entretien de leurs armées sont comme de lourdes primes d’assurances payées pour avoir la paix. Cependant le prestige des armées grandit chez nous,d’abord parce que notre vaillante armée le mérite, ensuite parce
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que le prestige de tout le reste, parlement, pouvoir exécutif, magistrature, a diminué.
C'est ce que nous ont montré de récents événements.
Qui aura droit à notre confiance et à notre foi, quelle convention sociale, quelle institution restera debout, si nous doutons des officiers de notre armée siégeant en conseil de guerre ? Le peuple de Paris a compris tout de suite que le fait seul de discuter le jugement de Dreyfus, même avant les gros mots de M. Zola, était une injure formidable à Tannée. 11 était déjà disposé à crier : Vive l'armée ! n’ayant à acclamer qu’elle et pour crier vive quelque chose, il a redoublé ses cris. Aussitôt quelques augures,
même attachés à la politique modérée,^nnt fi'é^iii. Ils ont cru à un retour inoffensif dumiiljtaiàèiïié: ll&p se sont figuré, dans un éclair, v d’un César. Ils n'ont dû voir que i :
le César?
oi/ -.passer l’imagé; . \
r :.ou-serait
Laporte de sortie césarienne a a nie me pas ctç entrouverte cette fois. Elle pou rra'.t’Mrc. . s
Je crois qu’il en est une autre. /
J’entendais, il y a quelques jours, dans'inrsTiion, un habitant très considérable d’un pays monarchique voisin, lequel à la vérité n'est point prospère : il s’entretenait avec un de mes collègues, député républicain fort versé dans les affaires étran¬
gères.
— La plus grande épreuve pour un pays, disait poliment le républicain français, c’est de perdre sa
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dynastie. Nous avons subi cette épreuve. Il a fallu nous arranger autrement.
— Qu’est-ce qu’un roi ? reprenait l’étranger avec non moins de prévenance. Un homme habitué dès Fenfance à se dire cju’il ne dépend de personne et n’est d’aucun parti.
Ce n’est pas là une qualité négligeable, lorsque de plus cet homme, par sa race, est le représentant d'une antique tradition nationale, et que,depuis des siècles, son nom est confondu avec le nom de son pays. 11 est au-dessus des partis et l’hérédité seule a pu lui conférer cette indépendance: autrement il ne pourrait, comme en Amérique, être poussé au pouvoir que par la victoire de l’un ou de l’autre parti, et pour y faire les affaires de ce parti.
Il arrive par l’empire de la tradition nationale, par droit de naissance et non par la supériorité du génie. Mais le choix, tel que nous le pratiquons au Congrès, n’est-il pas de nature à écarter quelquefois les génies qui auraient trop d’éclat ?
Il rend un constant service en écartant les compétitions du rang suprême. Un danger menace toujours les républiques démocratiques : le sauveur qui surgit après des troubles, ou après des années de disputes byzantines dont tout le monde s’ennuie et s’inquiète. C’est là un mal chronique, comme diraient les médecins. Nous avons échappé lors de ia crise récemment au sauveur chronique, mais nous subirons d’autres crises boulangistes et d’autres prétendus sauveurs surviendront. La reine
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d’Angieterre,, en soixante ans, a du procurer à son pays l’économie d’au moins sept ou huit Boulanger.
Il règne, et gouverne même parle respect, la reconnaissance et la confiance, sans avoir besoin de légiférer sur tout, de réglementer toute chose, et d’étouffer toute initiative privée. Avec luile gouvernement est plus fort, et l’Etat moins envahissant.
Et, grâce à la Constitution, la volonté du pays se fait entendre dans la discussion parlementaire.
Tel est l’avenir que souhaitent les hommes qui sont libéraux sincères et qui ne sont pas républicains. Cela est bien permis. Et le nombre en sera peut-être bientôt plus grand, quand le régime actuel nous aura menés aux frontières du césarisme et du socialisme combinés. Alors, tous les libéraux de France auront à choisir entre leur amour de la liberté et leur préjugé contre la monarchie.
Ce préjugé, plusieurs causes ont pu l’entretenir. D’un côté on a pu craindre que la Fusion,contrairement au sens de ce mot en chimie, ne fût l'anéantissement complet d’un des deux éléments qu’il s'agissait d’unir. D’un autre côté, on nous dit: « A quoi servirait la monarchie constitutionnelle et libérale que vous croyez la seule possible, la seule désirable? Ce ne serait que la meilleure des républiques.» Le bienfait déjà serait grand pour un pays qui possède une république fort médiocre, et est menacé de la plus mauvaise. Mais nous attendons plus encore de la monarchie.
DENYS COCniN.
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Celle question fut posée à propos d'un arrêté de M. le maire de Saint-Denis, ctM. Spuller, ministre de l'instruction publique, prononça dans sa réponse le mot d’« Esprit nouveau » à propos duquel M. Brisson demanda des explications.