GOUVERNEMENT DE WALDECK-ROUSSEAU
cette Chambre, qui disposez de toutes les fonctions, qui dépensez chaque année un milliard pour une armée dont M. Bérenger lui-même proclamait l’inattaquable fidélité : républicains, avez-vous cru au danger ? Non ! Seulement il y a des hommes ici qui avaient besoin que vous y crussiez ou que vous eussiez l’air d’y croire ( Applaudissements à droite .), parce que pour justifier d’aussi extraordinaires alliances il fallait pouvoir crier, dire que l’ennemi était aux portes ; il fallait avoir l’air d’avoir sauvé le Capitole, quand le Capitole ne courait aucun risque. Et le vrai complot était celui de ceux qui s’y étaient installés. ( Très bien ! très bien ! à droite .)
À ce jeu-là, qui donc court des risques ? Qui pourra être — ce qu’à Dieu ne plaise — la victime d’un pareil attentat ? La liberté.
Mais oub je vous le dis avec l’angoisse d’un homme passionnément attaché aux idées parlementaires et libérales, prêt à les défendre avec beaucoup d’entre vous si les partis plébiscitaires et césariens les menacent, convaincu enfin que la liberté n'est garantie qu’avec le Parlement et par le Parlement.
m. paul de cassagnac. — Vous préférez ce Parlement au régime plébiscitaire ?
m. d en y s cô c R i n. — Eh bien ! vous,monsieur Wal-
deck-Rousseau, vous, messieurs les modérés, qui êtes entrés dans le ministère des socialistes, vous avez porté le coup le plus terrible au régime libéral et parlementaire.
Vous 11e recommencerez pas, sachez-le, (levantle pays ces grandes campagnes parlementaires que vous meniez jadis au nom d’une cause. On ne vous croira plus.
Qu’est-ce que le parlementarisme ?
m. r aul de cassagnac. —C’est le parlementarisme qui est le coupable et la honte de ce pays.
m. denys cochin. —Non, ce sont ceux qui ont faussé le régime parlementaire.
Qu’est-ce que ce régime ? Un groupe d’hommes apportant une doctrine et soutenus par une majorité. Où est votre doctrine ? où est votre majorité ? {Très bien ! très bien ! sur divers bancs à droite et au centre.)
Lorsque vous vous retrouverez en face du pays et que vous essayerez de lui dire : « Nous avons sauvé la République », il ne vous croira pas un instant. {Exclamations ironiques à l'extrême gauche.)
Lorsque vous reviendrez devant lui refaire vos discours de Roubaix ou de Saint-Llienne, tous les Français, paysans, bourgeois, ouvriers, diront : Mais qui sont ces hommes qui nous ont appelés à
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la lutte, à la bataille, qui siègent ensuite et gouvernent ensemble ? Us ne vous croiront pas.
Ils diront : Qu’est-ce qu’on nous raconte donc ? qu’on nous donne un sabre et qu'on nous débarrasse de tous ces tribuns, ennemis de la veille et complices du lendemain. (. Mouvements en sens divers.)
A gauche. — C'est bien vieux jeu !
m. denys cociiin. — Oui, mais la partie pourrait recommencer. Quand on en viendra là,ce sera votre œuvre ; ce sont des campagnes comme la vôtre qui auront développé ce scepticisme politique, le pire danger de la liberté. Oui, vous y aurez puissamment contribué. {Applaudissements-à droite.) Vous ne rappellerez plus les citoyens à la lutte ; vous leur crierez en vain que le scepticisme politique est la perte de la liberté, vous qui en aurez été la vivante image. (. Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs.)
Voilà pourquoi je voulais attaquer d’abord le Gouvernement sur ses actes et pourquoi je l’attaque maintenant sur sa politique générale.
Sa politique générale, c’est la perte de l’idée parlementaire et libérale en France.
m. paul de cassagnac. — Heureusement!
A droite . —C’est le seul service qu’elle ait rendu I
l’esprit nouveau
m. denys cochin. —Cela aura été votre œuvre, monsieur Waldeck-Rousseau.
Et m’adressant finalement, comme je le faisais en commençant, aux socialistes qui se sont introduits dans le ministère, je leur dis : Vous, vous défendez votre idée, vous lavez fait progresser singulièrement. Mais vous, messieurs, vous aurez ouvert la porte de la forteresse sociale aux socialistes : ce pouvoir dont ils se sont emparés, c’est vous qui le leur aurez livré. ( Applaudissements ci droite et sur divers bancs au centre?) Et entre vous et les autres, je vois toute la différence qu’on doit mettre entre des ennemis que l’on combat en face, et les traîtres qui livrent la place. {Applaudissements à droite .)