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DE LA DROITE

La Droite vota souvent en faveur du ministère Méline : souvent et non toujours. Elle le fît sans aliéner en rien son indépendance ; car lorsque des principes étaient engagés, elle n’hésita pas, à plusieurs reprises, et non dans les moindres circonstances, à attaquer le ministère modéré. M. Iianotaux et M. Cochery peuvent s’en souvenir, et la politique extérieure du premier, les réformes financières du second ne surent jamais obtenir l'agrément de la droite.

Mais elle n’avait aucun intérêt à rappeler au pouvoir M. Bourgeois ou M. Brisson. Et quand il ne s’agissait que de votes de priorité à la suite de vagues interpellations sur la politique générale, telles que celle de M. Delcassé, ou celles de MM. Dron et Bourgeois, elle n’avait en vérité aucune raison de renverser le ministère de M. Méline. Politique du moindre mal ! Déplorable politique, ont crié des gens qui raisonnent toujours comme si la Droite avait été maîtresse des événements ou tout près de le devenir, au lieu de n’avoir à offrir qu’un appoint d’une soixantaine de voix.

Toute notre vie, d’ailleurs, vie publique ou vie privée,

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tend toujours vers un état de choses que chacun, selon la tournure d’esprit, confiante ou morose, appellera, ou le plus grand bien, ou le moindre mal, mais jamais la perfection.

On verra ici quelques arguments que donnait la Droite en faveur de cette politique du moindre mal. O 11 verra aussi comment elle fut finalement contrainte d’y renoncer, et de laisser monter au pouvoir M. Brisson, ce qui 11 e fut pas un plus grand bien.

LJE DISCOURS

6 juin 1896.

Monseigneur Mathieu, évêque d’Angers, avait, à la cérémonie de première communion du jeune prince Ferdinand, adressé à madame la Comtesse de Paris quelques paroles respectueuses. « 11 n’est personne, avait dit l’éloquent évêque, qui ne salue avec un profond respect la princesse qui eût tant mérité de porter la couronne royale, s’il suffisait pour cela dans cette France qui tue ses prophètes et qui oublie ses traditions, de la triple couronne de la bonté, de la grâce et de la piété. »

« Il est nécessaire, s’écriait M. Gustave Rivet (car il n’en avait pas fallu davantage pour attirer au Gouvernement une interpellation) de citer et d’analyser cette phrase... L’évêque d’Angers a critiqué les lois d’exil qui jettent hors des frontières ces aventuriers qui s’appellent des prétendants...

» Ce prélat blasphème contre la France républicaine qui oublie, paraît-iJ, ses traditions... Et cette France qui tue ses prophètes, qu’est-ce que cela signifie V Où sont les bourreaux... etc. »

Et bien entendu, dans le cours de la discussion, le Gouvernement fut traité de « Prisonnier de la droite. »

m. le président. — La paiole est à M. Denys Cochin.

m. millèrand. — Mais M. Cochin parle clans le même sens que M. le président du conseil. (Rires à Vextrême gauche .)

m. le président. — M. Cochin me fait savoir qu’il 11 e doit pas parler dans le même sens.

m. denys cocrin. — J’aurais bien volontiers cédé mon tour de parole à M. Bourgeois, mais les mots que vient de prononcer M. Millèrand m'obligent, on le comprendra, à prier M. le président de vouloir bien me maintenir mon droit de parler le premier.

En effet, M. le président du conseil vient de prononcer ces paroles, en se tournant vers nous : « Nous ne sommes les prisonniers de personne. » lia eu raison; mais nous aussi nous ne sommes les prisonniers de personne ! (Très bien! à droite.)

A rextrême gauche. — Ce sont les ministres qui sont vos prisonniers.

m. denys cocrin. — Quel est notre rôle ici?

M. Humbert nous a dit tout à l’heure : Les journaux de droite, le journal de M. de Gassagnac, le journal de M. Hervé, affirment que les conservateurs ne peuvent pas accepter la loi scolaire.

M. de Cassagnac et M. Hervé ont dit la vérité.

Nous répudions, nous n'accepterons jamais la loi scolaire. (.Applaudissements à droite. — Protestations à gauche) M. Humbert le sait bien et a bien fait de le dire.

Mais la loi scolaire est-elle en question, en discussion? Non, malheureusement. Parlons donc du sujet actuel et, puisqu’on l’a voulu, des intentions de la Droite, quoiqu'il me semble vraiment inutile de venir exposer des vérités qui sautent aux yeux et qui sont trop évidentes pour qu’on ait besoin de les défendre.

Soyez-en bien certains : étrangers à vos luttes de parti, nous avons la bonne fortune d’occuper une situation indépendante. De qui donc sommesnous les prisonniers ? (Très bien! très bien !)

A l’extrême gauche. — Ce sont les ministres qui sont vos prisonniers 1

Vous, vous êtes les geôliers. (On rit.)

M. denys COCHIN. — Ni l’un ni l’autre. Nous ne sommes pas les geôliers, parce que sous le régime actuel nous n’aspirons à être fonctionnaires d’aucune sorte. (Très bien! à droite) Nous ne sommes pas non plus les prisonniers, parce que nous avons la prétention — qui sera, Dieu merci, je l’espère, respectée même sous ce régime — de garder notre pleine indépendance.

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Nous sommes des gens qui jugeons dans noire conscience el avons la bonne fortune de nous tenir en dehors des combinaisons politiques.

m. du bodan. — Très bien! nous sommes les prisonniers de notre conscience.

m. dents cocniN. — Ce que nous croyons être le mieux pour l’intérêt du pays, nous le votons. Mais nous n’avons point d’attaches personnelles, de préférences pour ceux-ci ou ceux-là. Tout cela est trop évident, messieurs, et la situation est trop nette et, en vérité, trop belle, pour que nous la laissions travestir.

Mais vous, que voulez-vous aujourd’hui? Que demandent les interpellaleurs ? Je crois rêver lorsque je les entends. Les voici occupés de la nomination des évêques et des vertus pastorales qu’il faut exiger d’eux. Qu’attendez-vous donc des évêques que l’on nomme? Est-ce qu’ils ne sont pas les évêques des catholiques? est ce que leur ministère n’est pas d’abord d’enseigner et de faire respecter la religion catholique? Il semble que ce soit un côté secondaire de leur mission et qu’on n’en tienne plus compte. (Applaudissements à droite.)

Un évêque a donné les preuves d'un caractère honorable, de piété et de vertus chrétiennes ; de plus, il a l’esprit libéral; n’est-il pas tout naturel

et heureux qu’il soit mis à la tête d’un diocèse? Mais qui donc irez-vous chercher pour être évêque ? v Un homme politique? Est-ce là ce que vous voudriez ? {Applaudissements à droite. — Bruit à l'extrême gauche et sur divers bancs à gauche.)

Vous avez adressé à Monseigneur Mathieu deux reproches :

Dans un certain document que vous apportez, vous lui reprochez de s’être plaint de la presse... Non pas vous, monsieur Ilumhert, mais c’est M.Bazille,je crois.

m. bazille. — Ce n’est pas moi qui ai parlé de ce détail.

m. denys cocu in. — 11 aurait dit que les violences de la presse faussent l’esprit public en France.

Parler de la presse en général ne blesse ni ceuxci, ni ceux-là; mais dans l’ensemble, est-ce que le reproche n’est pas justifié? N’avez-vous pas remarqué un phénomène étrange? Dans les polémiques qui s’élèvent, au temps où nous vivons, les personnalités s’accentuent, les violences augmentent et se multiplient; et en même temps les idées et les doctrines s’effacent. {Très bien! très bien! à droite.)

Oui, en ce sens, je me permettrai de déplorer les mœurs nouvelles. On entend des gens s’excom-

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munier, s’anathématiser, se maudire comme s’ils appartenaient à des camps absolument opposés, comme s’ils défendaient des doctrines inconciliables. Et lorsqu’un philosophe se demande quelles sont leurs doctrines et cherche à les formuler, il est quelquefois bien embarrassé. Les colères montent, les injures volent, tandis que les barrières s’abaissent et que les fossés sont comblés.

Oui, en ce sens, les reproches adressés par Monseigneur l’évêque d’Angers à la presse ne m’ont point choqué. Mais qu’a-t-il dit encore? Que ce pays avait l’habitude de brûler ses prophètes ! C’est, paraît-il,la phrase la plus grave, une phrase séditieuse, suivant vous.

Ne pourrais-je pas supposer qu’il ne pensait pas peut-être aux mêmes personnes que vous, messieurs, et que sa pensée se rapportait à d’autres et plus récentes parties de l’histoire de France? Est-ce qu’en cherchant bien, oui, même sur ces bancs, ne trouverez-vous pas, et en assez grand nombre, d’anciens prophètes brûlés? (Rires sur un grand nombre de bancs. — Applaudissements à droite.)

m. Gustave rouanet. — Dites : Qui se sont brûlés !

m. denys cochin. — Enfin, messieurs, Monsei-

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gneur Mathieu vous a donné des gages ; il n’est pas un ennemidu régime auquel vous êtes dévoués,il la dit et personne n’a le droit de douter de sa parole. Mais en même temps il se souvient de notre histoire, de la récente et de l’ancienne. Est-ce un tort? N’est-ce pas un esprit pitoyable, celui qui voudrait qu’au nom du présent, tel que nous le voyons, on oubliât tout le passé de la France et qu’on fût obligé de le renier? Il a salué ce passé dans une circonstance touchante. A-t-il eu tort et avez-vous la prétention de lui refuser cette liberté?

Mais quelle est donc votre conception de la liberté? Êtes-vous sûrs de la bien connaître et de ne pas la confondre avec une conception bien différente qui consiste à croire un peuple libre quand on a donné une part de souveraineté à chacun de ses membres, avec pouvoir absolu réservé à la majorité qui domine ?

Non, la liberté consiste à laisser penser, parler, agir, même les adversaires, même les vaincus du jour ; et vous la servez mal en agissant autrement. {Vifs applaudissements à droite. — Vorateur , en regagnant sa place , reçoit des félicitations.)

INTERPELLATION DE M. DELCASSE

29 mai 1897.

M. Delcassé avait interpellé M. Méline sur la politique générale du gouvernement.

v Puisqu’il est surabondamment démontré, disait M. Delcassé, qu’il n’y a pas dans cette Chambre de majorité républicaine assez forte pour faire vivre soit un gouvernement exclusivement radical, soit un gouvernement exclusivement modéré ; puisque dans cet état de division aucune réforme n’est possible, aucun projet ne peut aboutir ; puisque d’autre part, pris dans leur ensemble, républicains radicaux et républicains modérés diffèrent entre eux beaucoup plus de tempéraments que de doctrines, qui empêche qu’ils ne reforment l’union qui, je le sens, je le vois, est dans les vœux de l’immense majorité du pays, et qui nous a toujours rendus invincibles? »

Et naturellement l’interpellateur avait reproché au gouvernement d’accepter l’appui des voix de la droite.

m. le président. — La parole est h M. Denys Cochin.

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m. denys cochin. —Messieurs, je ne doutais pas que, dans celte Assemblée, le rôle de la Droite ayant été discuté successivement par l’opposition et parle ministère, la Chambre ne consentît à permettre à un membre de la Droite d’expliquer comment il comprend ce rôle. Je suis tout assuré que mes collègues sont d'accord pour me donner cette permission pendant quelques minutes. (Parlez J 'parlez /)

Quand j’entends parler si vivement du rôle de la Droite et de l’appui de la Droite, et que je consulte mes souvenirs depuis quatre ans, je suis, en vérité, assez surpris. Ma surprise augmente aussi quand je me dis que trop souvent, dans la vie parlementaire, on voit prendre les questions, non pas peut-être pour ce qu’elles valent, mais pour ce à quoi elles peuvent servir. {On rit.) Ce ne sont pas des questions qu’on étudie, ce sont des armes qu’on cherche.

Hélas ! au commencement de cette séance, nous avons été témoins d’un pareil fait, et c’était bien une arme qu’on a voulu fabriquer à propos d’une question douloureuse h Maintenant est-ce encore une arme qu’on prépare en parlant du rôle de la Droite ? Cette arme, la Droite est là pour ne pas la

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