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CHAPITRE VIL

La philosophie nouvelle. — L'homme dans l'intimité de l'univers.

Une force irrésistible entraîne le monde vers des idées nouvelles. L'éclectisme est d'hier, et pourtant rien ne peut nous ramener vers lui; Un infini nous en sépare.

Nous avons vu de nos yeux ses représentants, ses docteurs, ses orateurs ; ils sont aussi loin do nous que la scolastique.

Étrange chose de se sentir envahi par un nouveau flot de pensées j qui vous arrache à l'ancien rivage et vous emporte vers le monde à venir! J'ai éprouvé quelque chose de semblable, lorsque la marée m'entraînait vers la haute mer, une force tranquille, patiente, indomptable.

Malgré les douleurs contemporaines auxquelles nul n'échappe, je remercie ma destinée de m' avoir donné de vivre dans ce temps plutôt que

dans un autre, alors que, de tous côtés, arrivent les prémices d'une philosophie nouvelle.

J'en ai moi-même fourni quelques éléments ians la seconde partie de la Création, et dans se livre ; mon grain de sable ne sera pas perdu.

Cette philosophie nouvelle n'appartient pas à un seul auteur ; elle se forme sous nos yeux de la pensée de plusieurs peuples. Toute la fin de ce siècle y concourra et en vivra .

L'homme s'est lassé de n'étudier que lui, de ne voir que lui. Son esprit se stérilisait dans la contemplation de son moi. Il est sorti du monologue sans, écho où sa pensée cherchait et épuisait sa pensée. Sous le nom de psychologues, nous avons vu des hommes passer leur vie à s'écouter • intérieurement, à se chercher, sans se trouver jamais, sourds à la voix du ciel et de la terre. Dans ce confinement, ils n'avaient pas l'exaltation du désert, ils en contractaient l'aridité.

Sortons de cette solitude interne. Ne nous cloîtrons pas dans le moi scolastique. Notre étude de l'âme n'est plus confinée en nous-mêmes. Dans tout ce qui végète, sent, respire à travers le monde organisé, nous sentons une préparation de notre conscience. Pour la première fois, l'homme entre dans l'intimité de l'univers.

Ce n'est plus le dialogue stérile de l'individu avec son ombre. C'est un dialogue avec chaque

être, depuis le plus éloigné jusqu'au plus proche. L'homme écoute, non plus seulement le battement de son sein, mais la pulsation et le rhythme de toute vie. Il interroge chaque fibr6, et chaque fibre lui répond . Par là, on pourrait, de nos jours, se représenter l'état de conscience de tous les êtres vivants, et se faire une psychologie de tout le règne animal.

Certes, c'était une manie antiphilosophique d'admirer la nature dans son immensité et de prétendre n'avoir rien de commun avec elle.

Manie de parvenu ; hautain parce qu'il est étroit. L'homme se glorifiait et se lamentait d'être seul dans la société des mondes. Que de soupirs, de gémissements j'ai entendus sur cet isolement de l'homme jeté seul au milieu des créatures indignes de l'approcher!

J'ai vu l'esprit philosophique se transformer en peu d'années. Dans ma jeunesse, régnait le spiritualisme officiel. Quand je pense avec quel orgueil, quelle intolérance, et comme il avait peu d'influence sur la conduite de la vie, je ne puis regretter sa chute. Evidemment il n'était qu'un thème, une convenance, une attitude altière, pour les meilleurs un beau sujet de versification, une rêverie du soir. S'il s'est si vite évaporé, c'est qu'il n'était qu'une apparence, un parfum.

Où sont les libéraux spiritualistes? Ces gêné-

rations ont passé, sans se souvenir de letiï* doctrine. Le spiritualisme officiel, identifié avec le jésuitisme, il faut bien découvrir autre chose.

Viennent donc des pensées plus fortes, moins subtiles, puisées à la source de la vie universelle ! Elles ne se disperseront pas en fumée. Elles auront pour témoin, non un docteur, mais la nature entière, dans ses trois règnes. Elles ne seront pas moins hautes, et partout elles auront des fondements dans le visible et l'invisible.

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