CHAPITRE DOUZIÈME
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La Réforme, nous l'avons dit, dans le nord de la France, ne résista pas longtemps aux guerres et aux persécutions. Elle recula assez vite jusqu'au delà de la Loire, Que fût-il arrivé encore une fois, si Henri de Béarn eût pu suivre le conseil que lui donnait Sullj, de s'établir, fortement dans tous les pays au sud de ce fleuve? « Si le roy, disait en effet Sully, par lâcheté, fainéantise ou irrésolution, laisse mettre son Etat au partage par les Ligueurs et le roi d'Espagne, comme c'est le but auquel il visait, cautonnez-vous si puissamment dans toutes ces provinces de deçà la rivière de Loire que vous puissiez en retenir la jdus grande partie qui vous servira un jour à conquérir le total. » — La Réforme eût conquis, avec Henri, le reste de la France.
Rapprochement curieux : un moment les Girondins, eux aussi, rêvèrent, comme un pisaller, une république du Midi. M'"* Rolland le
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raconte, dans le portrait qu'elle a laissé (le Barbaroux : « Nous le vîmes davantage « (Barbaroux), après la sortie de Rolland du
«ministère; ce fut alors que, raisonnant du
« mauvais état des choses et de la crainte du « despotisme pour le Nord, nous formions le '< projet conditionnel d'une République dans le 1 Midi : — « Ce sera notre ])is-aller, disait en «souriant Barbaroux. »
L'esprit différent du Nord et du Midi, qui correspond d'ailleurs à des populations bien tranchées, apparut au XVI"^ et au XVIP siècles dans les divisions de la Réforme.
Les Réformés du Nord inclinaient toujoui-s aux conseils les plus timides, les plus prudents, les plus propres à effacer le caractère du protestantisme, jusqu'à le confondre presque avec le gallicanisme.
Contre les Réformés du Midi, qui réclamaient leur droit à la vie et à la liberté, ils insinuaient des moyens termes, des conciliations impossibles et scandaleuses, d'immorales résignations qui équivalaient à des renoncements positifs. Si incapable qu'ait été ce parti de faire accepter officiellement par les assemblées ses opinions et ses avis ; quelqu'indignation qu'il ait soulevée dans le synode de Montauban (1584), où les
propositions qu'il y fit furent jugées indigues d'être mises en délibération, il constitue cependant dans la Réforme, un élément dont il faut tenir compte. Car il ne fut pas sans influence dans ses affaires ; ses effarements et sa politique ne réussirent que trop, par occasions, à communiquer à toute la Réforme la contagion de ses prudences et de ses paniques.
L'histoire des assemblées politiques nous montre la Réforme dans toutes ses vertus comme dans toutes ses faiblesses. Nous avons cherché précédemment, dans sa constitution ecclésiastique, son idée intime et organisatrice. Cette idée nous a paru comme le germe du système fédéraliste qui, depuis, s'est épanoui eu effet dans deux républiques protestantes : la Suisse et les États-Unis...
Nous allons soumettre l'organisation de ces assemblées à la même analyse que nous avons essayé de la discipline : Voyons si le même principe s'en dégage, si nous trouverons dans celle-là l'idée que nous avons cru découvrir tout à l'heure dans celle-ci.
Nous restons encore ici dans les questions générales, c'est-à-dire nous restons sinon dans l'histoire des faits, au moins dans celle des idées.
Ce qu'ont fait ou tenté de faire les assemblées
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politiques des Kéformés, leur situation et leur attitude vis-à-vis le pouvoir royal et la France catholique qui les environnait, le gouvernement qu'ils ont essayé en France contre le gouvernement monarchique, auquel il eût pu se substituer peut-être, voilà ce qui nous intéresse dans les assemblées dites politiques et ce que nous nous proposons de traiter plus tard ; nous en sommes ici à la définition (si ce terme n'est pas trop ambitieux) de l'esprit de la Réforme, non encore à l'histoire dramatique de ses suprêmes luttes et de ses défaites.
L'histoire générale des assemblées peut se diviser en deux périodes: l'une, qui s'ouvre après la Saint-Barthélemy, continue pendant les guerres de religion et finit à l'assemblée de Sainte-Foy en 1594, dans laquelle les assemblées et la France protestante reçurent une organisation, sinon définitive, au moins bien définie ; l'autre, qui commence à cette assemblée, après l'abjuration d'Henri IV, et finit à celle de Jarjeau, en 1608, la dei-nière qui se soit réunie sous Henri IV.
La seconde période nous occupera plus dii-ectement. Toutefois c'est dans l'une et dans l'autre à la fois que nous avons trouvé les éléments de l'étude présente.
D'abord qu'étaient-ce que ces assemblées ?
Des sortes de conseils, dans lesquels se réunissaient les délégués du parti protestant pour ti'aiter de ses affaires exclusivement politiques; elles réglaient le prélèvement et la distribution des impôts, elles organisaient la justice et l'armée; elles déterminaient les pouvoirs des généraux et des j^fotecteurs, jalouses d'enfermer en de strictes limites la force militaire toujours encline à dominer et à usurper ; elles réglaient l'entretien des pasteurs ; elles étaient chargées de toutes les négociations pacifiques ou guerrières, etc. Enfin, elles constituaient la Réforme en un parti militant, toujours prêt contre ses ennemis; n'espérant que de luimême ses secours et sa subsistance, et qui, « en attendant des temps meilleurs », se posât devant la royauté catholique et persécutrice en une forte et régulière république, en un Etat capable de s'administrer et de se défendre.
Les questions religieuses n'étaient point de son ressort : les pasteurs, loin d'y dominer, n'y furent admis qu'exceptionnellement, par considération «à la nécessité des temps». C'étaient, ou plutôt ce devaient être (car en ces époques si troublées les règles ne pouvaient être bien sérieusement observées) des assemblées toutes
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laïques qui laissaient aux synodes nationaux ou provinciaux le gouvernement des clioses de la religion, l'administration, pour ainsi dire, intérieure du parti.
La première de ces assemblées se tint en Rouergue, à Milhaud, en 1573, et de là fut transportée à Montauban. La même année, au mois de décembre, il s'en tint une nouvelle à Milhaud encore. Il y en eut neuf autres jusqu'à celle de Sainte-Foy (exclusivement).
En voici la liste : nouvelle assemblée de Milhaud (IG juillet 1574); assemblée de Nimes (composée en partie de catholiques et de protestants, lors de l'union de ces deux partis, sous Damville) ; elle s'ouvrit à la fin de décembre 1574. Dans les années 1579, 1580, 1581, il y en eut trois à Montauban, et une à Saint-Jeand'Angély, en 1582. Nous voyons qu'elles se suivent d'année en année ; mais elles vont devenir plus rares jusqu'à la fin de cette première époque. Il y a deux ans d'intervalle entre celle de Saint-Jean-d'Angély et la neuvième qui s'ouvrit, le 15 août 1584, à Montauban -, il y en a quatre entre celle-ci et celle de La Rochelle (1588, 16 novembre) ; il y en a cinq entre cette dernière et l'assemblée de Mantes, qui entra en séance en 1503 (novembre et décembre).
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On aura remarque qu'aucune de ces assemblées, excepté celle de Mantes, ne se tint au nord de la Loire: leur autorité et leur sûreté exigeaient qu'elles restassent au milieu des peuples qui formaient la république protestante. Le haut et le bas Languedoc, le Quercy, le Rouergue, l'Agenois, la Daupliiné, la Guyenne, la Gascogne, la Provence, le Bazadois, le Périgord, le Limousin, la Saintonge, l'Angoumois, le Poitou, l'Auvergne, le Lyonnais et le Forez, étaient les différentes provinces de ceUe république, à laquelle il fîiut ajouter le Béarn.
Pourtant la proportion de la population protestante n'était point la même dans toutes les provinces: la force de la Réforme y était inégalement répartie; elle était surtout concentrée dans le Languedoc et dans le Quercy. Ce n'est point seulement l'histoire qui témoigne de cette sorte de primauté de ces deux provinces, mais la part qui leur fut faite dans les assemblées politiques et dans le gouvernement de la Réforme.
Ainsi sur les quatre conseillers qui furent imposés au Béarnais par l'assemblée de 1581 (à Montauban), un était nommé par le Languedoc ; le Dauphiné et la Provence, nommaient le deuxième ; dix provinces (la Bretagne, l'Anjou, la Touraine, le Maine, le Vandoraois, La
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RochellG, le Poitou, la Saintonge, l'Aunis, l'Angoumois) devaient s'entendre pour élire le troisième ; et le quatrième représentait treize autres provinces. Le Languedoc nommait toujours plus de députés que les autres provinces aux assemblées générales. Enfin l'assemblée de La Rochelle (1588), ayant porté à dix le nombre des conseillers, par lesquels le parti surveillait « son protecteur », et ayant décidé que cinq seraient nommés par les assemblées provinciales et les cinq autres par elle-même, elle se partagea pour l'élection de ces derniers eu cinq groupes ; le Languedoc forma le premier groupe et nomma son conseiller.
La Saint-Barthélemy, il faut y insister, faillit rendre un grand service à la Fi'ance : — la constituer ei? République.
La première nouvelle du massaci-e étourdit les Réformés. Mais, la stupeur passée, la colère et l'indignation qu'ils en ressentirent leur firent faire en avant un pas immense. Jusque-là ils n'avaient été qu'un parti religieux, annonçant seulement, sans l'affirmer, faisant pressentir un changement dans l'État, pareil à celui qui s'accomplissait dans le christianisme ; dès lors, ils deviennent un parti politique. La nécessité de la défense commune et mutuelle réunit toutes
les cités protestantes en une fédération à la fois politique, civile et militaire. Si les assemblées politiques ne commencent officiellement, comme nous l'avons dit, qu'à l'assemblée de Milhaud, l'organisation de ce qu'on peut appeler l'État protestant fut préparée dans quelques assemblées antérieures tenues à Réalmont, à Nimes, à Anduze. Celles-ci furent toutes locales ; elles ne constituaient le parti que dans quelques provinces du Midi ; une véritable confédération de villes libres avait été fondée, « en attendant « qu'il plût à Dieu, qui a le cœur des rois en sa « main, de changer le cœur de Charles IX ou de « susciter au parti affligé un libérateur. »
Malheureusement, la bonté de la Providence accorda aux réformés ce qu'ils demandaient : des protecteurs, qui les détruisirent \ des libérateurs, qui les perdirent.
Dans ce premier essai de constitution républicaine, chaque ville était considérée comme un État particulier. Le peuple, tous les ans, en janvier, s'assemblait pour nommer un chef ou majeur et deux conseils dont celui-ci devait être assisté, — le conseil dit des vingt-quatre et celui des soixante-et-quinze. Le majeur était le président de cette petite République. Il administrait la police, les choses civiles, « les affaires
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militaires » avec le concours des vingt-quatre conseillers qui était pris « sans exception de qualité », parmi la noblesse, la bourgeoisie ou le peuple. Le maire et les vingt-quatre, réunis aux soixante-et-quinze, formaient le conseil des cent, qui édictait ou reformait les lois, décrétait la levée des impôts, faisait les ordonnances sur les monnaies, connaissait des appels en matière criminelle, et décidait de la paix, des traités et de la guerre.
Il jugeait, en dernier ressort, les généx-aux et les autres officiers. Les villes confédérées, représentées en une Assemblée commune par leurs mayeurs et leurs conseils, élisaient le chef général, ses cinq lieutenants et son conseil. La France du Midi avait été divisée en cinq généralités : le Bas-Quercy, le Haut-Quercy, la Haute-Guyenne, le Lauraguais, l'Albigeois, le Rouergue et le Foix, et chacune de ces généi-alités avait reçu un général et trois trésoriers.
Enfin, une assemblée tenue à Auduze, le 7 février 1573, établit l'union entre toutes les églises réformées de Languedoc ; « on y dressa un règlement pour la justice, la guerre et la ^ police » -, on décréta la levée d'un impôt de cent-vingt mille livres sur tout le pays. Il pa-
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raît que cette assemblée se maintint assez longtemps et qu'elle existait encore au moment de la paix -de La Rochelle (24 juin 1573).
Cette ville qui, aussitôt après la Saint-Barthélemy, s'était année et fermée avait été assiégée par le duc d'Anjou. Au premier moment, les alarmistes ne manquaient point, même dans le parti protestant qui annonçaient « que les Roclielois n'oseraient résister, et qu'à la première batterie, ils se présenteraient la corde au cou et la poitrine nue, pour recevoir tel traitement qu'il plairait au roi». La résistance inattendue de cette ville, et l'attitude de Montauban « remirent le cœur au ventre » au parti. Toutes les villes s'armèrent; Nimes, Anduze, etc., malgré les prudents qui disaient que c'était folie de résister. La grande impression des prêches qui se tinrent la nuit, ne manqua pas d'exalter encore le peuple. Tout le Languedoc se leva.
Sur quoi arriva la paix de La Rochelle ; le duc d'Anjou n'ayant pu prendre la ville, on traita ; la paix, qui était la plus avantageuse que les Réformés eussent encore obtenue, fut confirmée par FÉdit de Boulogne (11 juillet 1573). Mais les provinces du Midi firent des difficultés pour l'accepter : elles contestaient à La Rochelle le droit d'avoir traité pour tout le parti.
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Le duc d'Anjou, qui caressait alors dans la Réforme une force qu'il pensait utiliser pour son ambition, leur obtint l'autorisation de tenir une assemblée, celle de Montauban. Elle choisit pour se réunir l'anniversaire de la Saint-Barthéleray (le 24 août lôTS).
Elle refusa de reconnaître la paix de La Rochelle ; elle forma du Languedoc deux généralités, le haut et le bas Languedoc, ayant pour capitales, le premier Montauban el le second Nimes ; chaque gouvernement était composé de diocèses, qui avaient chacun son gouvernement particulier. Elle saisit les deniers et les bénéfices ecclésiastiques, et, selon la remarque de la Popelinière, l'égalité du Tiers-Etat y supporta impatiemment la liberté de la noblesse. Enfin, le 25 août, une requête fut signée à Montauban que MM. Yolet, Pliilippi et Chavagnac furent chargés de porter au roi Charles IX, à Paris. Les Réformés y demandaient la réhabilitation de Coligny, le jugement de ceux qui avaient pris part aux assassinats de la Saint-Barthélemy, la création de Chambres mi parties, c'est-à-dire composées de protestants et de catholiques, enfin, la cession des places qu'ils occupaient et de plusieurs villes de Province. Cette requête, qui leur eût donné plus qu'ils
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n'ont obtenu par l'édit de Nantes, fut accueillie avec élonneinentpar Catherine de Médicis: elle leur reprocha leur arrogance à faire de telles demandes qu'ils n'eussent même pas osées, Condé encore vivant, et en France, avec vingt mille cavaliers et cinquante mille hommes de pied. Les corrections qu'y fit, à la fin de la même année, l'Assemblée de Milhaud, ne la firent pas mieux accueillir.
Cette assemblée, qui se tint le IG décembre 1573, acheva l'œuvre de celle de Montauban, — l'organisation politique de la Réforme. Les villes furent maintenues dans leurs statuts, leurs usages et leurs coutumes, dans leur entière liberté municipale. La circonscription diocésaine, qui était de tradition romaine, fut conservée. La généralité se composait de plusieurs diocèses, dont chacun était administré par un conseil et par un gouverneur, lequel était nommé par les conseils de généralités ; la généralité, à son tour, avait un conseil et des assemblées : le conseil était permanent ; les assemblées étaient trimestrielles -, celui-là exerçait la police militaire, prélevait les impôts, distribuait l'emploi des finances, réglait et vérifiait tous les comptes, sévissait contre les receveurs, prévaricateurs ou infidèles, « sans acception de personne et de
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qualité ». La loi était égale pour tous les coupables devant lui. Les assemblées avaient autorité sur les généraux qu'elles pouvaient suspendre, sur les gens du guerre qu'elles entretenaient, etc. Elles nomuiaient les membres du conseil dont le nombre, d'ailleurs, n'était point fixé, comme le conseil nommait et suspendait les gouverneurs de diocèses. Enfin, au-dessus du conseil; qui était la tête de la représentation de la généralité, s'élevaient les Etats-Généraux ; ils étaient trimestriels, comme les assemblées de la généralité. Chaque généralité y était représentée par trois députés, un noble, un membre du Tiers-Etat ei un magistrat.
Telle fut, en résumé, l'organisation que les autres assemblées politiques développèrent et modifièrent, ou complétèrent parla suite.
Ainsi, l'assemblée de Nimes (10 au 15 février 1575), supprima l'assemblée diocésaine ; le mot de généralité fut remplacé par celui de province ; le conseil de la généralité, l'assemblée de la généralité, devinrent alors le conseil provincial, l'assemblée provinciale. Les Etats-Généraux furent des assemblées générales. Ces appellations n'étaient pas oiseuses ; elles semblent avoir quelque chose de plus vivant, de moins autoritaire, de plus réel que celles qu'elles remplacèrent.
Tous les historiens, d'aiileui's, s'accordent à signaler ce qu'ils appellent les tendances démocratiques de l'assemblée de Nimes. Elle offre cette singularité qu'elle fut tenue pendant l'alliance des catholiques et des protestants, sous Damville, gouverneur du Languedoc. Elle arrêta que les membres de l'assemblée provinciale seraient élus par le peuple de chaque ville, et que chaque province nommerait à l'assemblée générale, qui devait se réunir une fois l'an, au moins, trois députés, un de la noblesse et deux du tiers-étîit.
Si les règlements de l'assemblée de Niraes, dont l'autorité dura jusqu'en 1588, ne furent pas strictement observés, ils sont précieux en cela du moins qu'ils révèlent les intentions du parti. La révolution y est déjà contenue ; le Tiers-Etat n'y est pas iout encore, lui qui, en 89, se plaindra de n'être rien ; mais, déjà, dans la loi sinon dans le fait, la Réforme lui donne le pas et l'autorité sur la noblesse. Ceci est d'autant plus à remai'quer que, parmi les préjugés dont nous a empêtrés notre méchante éducation catholique, l'un des plus persistants, c'est d'attribuer à la Réforme un esprit et des tendances tout aristocratiques. La longue habitude de l'unité monarchique et le vague souve-
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nir des luttes qu'elle a soutenues contre la féodalité, nous font considérer, avec défiance, comme une nouvelle transformation de l'aristocratie, toutes les résistances des libertés locales et individuelles, à l'absorption du gouvernement central.
Nous n'analyserons point les assemblées qui vont se suivre jusqu'en 1594 ; — nous connaissons maintenant les assises sur lesquelles le génie révolutionnaire du XVP siècle a tenté d'élever une France nouvelle.
L'histoire de ses luttes et de ses résistances désespérées contre la centralisation absolutiste de la monarchie serait en dehors de cette étude. Nous essaierons peut-être de les raconter plus tard, pour démontrer ce que vaut le préjugé, où s'obstinent encore tant d'esprits d'ailleurs loyaux et sincères ; lesquels confondent la cause des libertés provinciales avec celles d'un régime qui les a si opiniâtrement combattues et détruites qu'à la veille de la révolution elles ne survaient plus qu'à l'état de fiction et de mensonge.