‹ L'esprit protestant: politique religionChapitre 11 sur 12 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

11643-00 — CoBBKiL. Imprimerie Éd. Gmivi.

Pièces historiques.

(Pages 78-79). — M. E. Bonnet, avocat à Montpellier, a bien voulu nous communiquer encore deux discours, prononcés Tun par M. de Calonges, l'autre par le pasteur Le Faucheur, tous deux adressés à Louis XIII, au moment de rentrée du roi dans la ville de Montpellier (octobre 1622).

Discours de M. de Colonges, gouverneur de Montpellier :

« Sire,

« Nous sommes envoyez de la part de toutes les églises réformées de France et souveraineté de Béarn pour en leur nom demander la paix très humblement à V. M. Nos cœurs humiliés plus que nos corps se jettent à ses pied s pour la lui demander; et la supplier de croire que les faux bruits qu'on a semé parmy nous de mauvais desseins de F. M. contre notre religion nous ont jeté es malheurs où nous sommes. Ce n'est pas que nous voulions changer de nom au mal, nous nous confessons coupables et comme tels nous présentons à V. M. pour luy demander pardon et la supplier de nous recevoir en sa grâce, et à l'exemple de Dieu duquel

elle est Fimage, avoir esgard à nos infirmités et donner quelque excuse à la crainte que nous avons tous eue de voir la liberté de nos consciences opprimée^ que tant plus V. M. nous trouvera coupables, tant plus aussi trouvera elle le lieu pour exercer sa clémence. Henry, le Grand père de votre Majesté, s'est servi de nous, s*est fié à nous^ et nous a aimés. Nous la supplions que, comme héritier de ses royales vertus, elle le soit aussi de la bonne volonté qu'il a eue pour nous et ne nous distinguer désormais du nombre de ses autres subj et s que par le service que nous lui rendrons^ car c'est de là, sire, que nous prétendons faire voir à F. J/. que nuls ne peuvent estre plus quenous ses très humbles^ très ohéissans et très fidèles subjets et serviteurs, »

Ce document montre à nu l'esprit protestant de cette époque (respect de l'autorité royale avec explication de l'attitude des réformés).

Voici le discours du pasteur Le Faucheur :

« Sire,

« Vos très humbles subjets et très fidelles et ohéissans serviteurs, les pasteurs et anciens du consistoire de Montpellier se viennent présenter aux pieds de V. M. pour luy rendre leurs devoirs très humbles comme à la vive image de Dieu, et pour lui tesmoigner le contentement indicible que ce leur est, après avoir ouy avec tant de frayeurs, les tonnerres de sa colère, d'esse tout en un instant esclaves des doux rayons de sa clémence. Comme nous n'avons jamais eu de plus ardent désir que de voir ceicx de nos subjets qui sont sous notre discipline se tenir religieusement attaches à la

fidélité de votre service^ aussi es^e une des plus grandes joyes que nous aurons jamais au monde, de voir qu'après tous ces désordres et le m<ilheur qu'ils ont eu de' desplaire à F. M. ils rentrent aujourd'hui par une faveur singulière du ciel dans vostre obéissance et dans votre grâce; en les y daignant recepvoir vous vous acquérez, sire, après le titre de très juste que vous ont donné jusqu'icy vos peuples^ celuy de très clément qui recommandera votre nom à toute la postérité, et couronnez tous vos héroïques exploits de la plus belle et plus glorieuse victoire que sçache gaigner un grand prince, car en vous vainquant, vous vainquez le plus grand roy du monde, et pardonnant à vos subjets par une gratuite miséricorde plustost que de les foudroyer par vos armes victorieuses, imitez le grand roy des roys, qui de tout temps a pris beaucoup plus de plaisir à effacer les péchés, par sa grâce, que les pécheurs par sa vengeance.

Continuez leur, sire, nous vous en supplions en toute humilité et vous en conjurons par toutes vos vertus royales, les doux effects de votre grâce et de votre clémence. Ouvrez de plus en plus leurs cœurs et leurs bouches à vos louanges, et ils prieront Dieu du meilleur de leurs affections^ comme ils ont toujours fait jusqu'ici^ pour la prospérité de votre règne et pour la conservation de votre personne sacrée, et se glorifieront partout de servir /e meilleur, le plus juste et le plus clément de tous les monarques du monde, »

C'est la môme note bien claire.

(Le manuscrit original portant ces deux discours se trouve à la Bibliothèque nationale^ fonds des Minimes, n<*81.)

iU APPENDICE.

(Page 130). — Parmi les victimes de la Terreur signalons le père de Guizot qui fut arrêté le 5 avril 1794, et condamné à mort par le Tribunal révolutionnaire siégeant à Nîmes, pour avoir prêché la révolte contre-révolutionnaire et avoir été membre du Comité de salut public des rebelles.

Quant à sa veuve, dont on vient de publier un recueil d'admirables lettres, elle mourut le 31 mars 1848, à Londres, où elle avait suivi dans Texil son fils et ses petits-enfants.

Il ne faudrait pas beaucoup chercher autour de nous dans nos familles huguenotes pour y trouver des victimes de la Terreur, grands-pères morts sur Téchafaud, ou contraints de prendre encore le chemin de Texil, tandis que leurs biens étaient confisqués.

(Page 142). — Le protestant Guizot, ministre de l'intérieur à Tavènement de Louis-Philippe, fut, de tous les ministres du roî, celui qui combattit avec le plus de vigueur l'esprit révolutionnaire ; ce fut un protestant, M. de Gasparin, qui fut chargé, comme préfet de Grenoble, de surveiller spécialement les révolutionnaires italiens réfugiés dans cette région. C'est le protestant Benjamin Delessert qui, à la Chambre des députés, le 17 février J831, demanda raison au cabinet Lafitte des églises dévastées et des croix abattues. A la même époque, à Montpellier, un protestant, le maire Louis-Michel Castelnau, sauva par son énergie les croix dressées sur les places publiques, que les émeu tiers révolutionnaires voulaient jeter bas. D'où la chanson populaire que les vieillards chantent encore aujourd'hui, et dont voici le refrain :

Aquella banda de coquis

Que ne voulieu toumba lou Christ;

Mais Moussu Castelnau peccaïré,

Y diguet : De qu'anas faire ?

Laissas aquel Christ aqui,

Y a loungtens qu'es moun vési !

Dans la circulaire que Guizot, ministre de l'intérieur, adressait aux préfets le 20 septembre 1830, il est bon de retenir les instructions que voici :

« Un gouvernement national se fie à la France du choix de ses députés. Il ne rend pas l'administration responsable des votes que recèle Fume électorale. Assurer Tentière liberté des suffrages en maintenant sévèrement Tordre légal, voilà toute son ambition. Comme la charte, les élections désormais doivent être une vérité \

Aussi, Monsieur le préfet, quelque importance que le gouvernement attache au résultat des élections, n'oubliez jamais qu'il l'attend avec trop de sécurité pour prétendre même indirectement à les dominer. C'est par votre administration seule que vous devez influer sur l'influence de l'opinion publique. »

Voilà de nobles paroles, bien oubliées aujourd'hui!

(Page 143). — On vient de publier les lettres que Mme Guizot, mère du grand ministre, écrivait à son fils. Dans Tune de ces lettres écrite le 16 octobre 1840, tandis qu'il était ambassadeur à Londres, nous lisons (Mme Guizot^ par Véga, page 136) :

« Le Journal des Débats sonnait hier véritablement l'alarme, mon cher fils, contre Textrême-

gauche qui dans ce moment, en effet, se sert du prétexte de la guerre pour dominer son parti et les ignorants et amener du désordre et des troubles ; le gouvernement ne fait pas ce qu'il devrait faire^ et Dieu veuille^ s'il le fait une fois, que ce soit à ^m/>s/ Bon Dieu, que cette faction est effrayante et désastreuse pour le pays, et que nous avons besoin qu'une cruelle expérience serve aux honnêtes gens d' aujourd'hui t »

Hélas, la cruelle expérience a été faite, et tous les honnêtes gens n'ont pas encore ouvert les yeux!

Nous avons tenu à citer ces lignes de Mfl^e Guizot, écho du groupe dans lequel elle vivait à Paris, parce qu'elles dénotent expressive ment l'état d'esprit des protestants sous la monarchie de Juillet.

(Page 195). — On a remarqué que ce n'est pas dans le Nord-Est, dans les régions voisines de l'Allemagne que le calvinisme a recruté le plus d'adhérents ; c'est au contraire dans la région du Midiy chez les populations les plus latines de France (Gévennes, Gascogne, Béarn).

(Pages 202 et 218). — Dans le magnifique discours prononcé par M. de Mun en faveur des congrégations, le 22 janvier 1901, il y a deux passages à retenir, et que nous signalons à Tattention des orthodoxes.

« Ce n'est pas la première fois que j'entends invoquer par quelques défenseurs de la libre-pensée le protestantisme comme une étape possible entre la décatholisation et la déchristianisation de la France. C'est un avis très intéressant à retenir; mais je me permets de penser qu'il y a dans le pays, et pro-

bablement même dans la Chambre, un certain nombre de protestants qui ne sont pas du tout disposés à se faire à votre requête les chevaux de renfort de Virréligion. » (Applaudissements à droite et sur divers bancs au centre.)

Et plus loin :

« La lutte actuelle, c'est la lutte éternelle entre les ambitions de la raison et la nécessité de la foi, entre la tentation du libre examen sans limite et sans frein, et le besoin d'une autorité devant qui s'incline, comme parle Bossuet, la superbe de notre raison. »

(Page 2o2). — Une autorité humaine en matière de religion, c'est ce dont se méfient aujourd'hui beaucoup de protestants, qui ne veulent, dans l'interprétation des livres sacrés, admettre d'autre guide que leur raison. A bien réfléchir cependant, est-ce que chacun de nous n'est pas obligé, bon gré mal gré, d'accepter avant la sienne l'interprétation d'un ou de plusieurs hommes? Où donc est le texte sacré, précis, clair, indiscutable? Sans doute il était facile à Jésus-Christ de dicter à ses apôtres un texte authentique de ses révélations et de ses enseignements, dont l'original serait parvenu en nos mains, ce qui aurait supprimé toute interprétation humaine. Mais Jésus-Christ ne Tapas voulu; et qui ne sait que nous n'avons en notre possession aucun des documents originaux; que des copies et même des copies de copies nous sont seules parvenues, traductions plus ou moins fidèles, qui s'espacent du 1 v^ siècle au xv" siècle ; et les traductions existent par centaines, présentant entre elles des diff'érences appréciables. Où donc est la vraie? Est-ce celle du Sinaï ou du Vatican^ le texte reçu^ d'après Érasme,

OU bien la version d'Osterwald, ou celle de Segond, etc., etc.? Chacun de nous est -il capable de se prononcer? Dès lors, n'est-il pas indispensable de s'en rapporter à ceux qui ont fait sur ces questions délicates une étude approfondie? De là, la nécessité d'un commentaire, non par un homme seul, toujours sujet à Terreur, mais par un groupe d'hommes qui peuvent s'éclairer les uns les autres ; de là, en un mot, la nécessité d'un Synode général pour maintenir et perpétuer la tradition de nos vieux Synodes. Ne nous y trompons pas, si l'Église réformée de France réclame à l'heure actuelle, et avec tant d'ardeur, la résurrection du Synode général officiel, c'est qu'elle éprouve le pressant besoin d'une autorité souveraine contre les désordres du libre examen sans limites. Nous saluons avec joie cette aurore de renouveau!

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