‹ L'esprit public au XVIIIe siècleChapitre 158 sur 161 · Souvenirs · texte numérisé non relu

Souvenirs

496 FIN DE L'ANCIEf* RÉGIME.

tion, si une volonté ferme eût entrepris de les diriger et de les contenir 1

Osons le dire : la Révolution de 1789 a baissé dans Tesprit des hommes. D'une part, Topinion se demande avec scepticisme, aux heures de découragement, si c'est bien le progrès véritable, la régénération morale de notre pays qu'elle nous a, selon sa promesse, apportés ; si nous ne sommes pas dupes, depuis quatre-vingts ans, d'une illusion vaniteuse et désastreuse; si, de cette ère célèbre, ne date pas, à dire vrai, la décadence politique et sociale de la France. Les imaginations exaltées, d'autre part, la jugent timide dans ses ambitions et dans ses vengeances ; elle a vieilli pour le parti des jeunes; elle est arriérée pour les amis de certaines nouveautés, et il est facile de voir se lever l'idéal d'une Révolution de l'avenir bien autrement profonde, radicale et décidée^ qui ne se contentera pas de se jouer à la surface des choses, mais qui saura toucher le vif et aller droit à l'essentiel.

Quoi qu'il en soit de ces conjectures, à supposer môme qu'elles s'accomplissent, et que la Révolution de 1789, désertée par l'enthousiasme refroidi de la nation, subisse tôt ou tard une éclipse, elle n'en sera pas moins, dans l'histoire de l'humanité, un monument de la grandeur et de la puissance de l'esprit français. On pourra, certes, en imiter et même en surpasser les excès, — ce genre de plagiat se prête à de faciles innovations ; — mais nous doutx)ns qu'on voie jamais, chez nous du moins, se reproduire l'exemple d'un élan si général et si vif vers la justice et la liberté. Cette révolution n'est sortie ni d'une intrigue, ni d'une émeute, ni d'une orgie des rues db Paris ; c'est la déclaration so-

L\ ntVOLUTIûN.

lëhnelle, h ciel ouvert, des volontés d'un grand pei où éclatent tous les signes de la force et de la loys avec cette imprudence chevaleresque qui a donr beau jeu aux ambitieux et aux scélérats '.La Franc unanime, la province et Paris marchent du même et c'est un des traits originaux du mouvement nati que l'adhésion des provinces, loin de se faire attcr fortifie Paris hésitant, prêt à faiblir, et lui donni cœur^. Née du génie d'un siècle illustre et du tr: d'une civilisation supérieure, la Révolution de i a reproduit, sans doute, les secrètes corruptîoni l'époque qui l'a enfantée ; mais ses cruautés même criminelles folies, n'ont pas réussi à eHacer sa nob native et lu splendeur de ses origines. On a vu pen un temps le despotisme des médiocrités haineuses '. vahir et la déshonorer, mais un penchant invincib rappelait sur les hauteurs et la réconciliait avec le ta Aussi, à toutes les époques de son développement mérites du premier ordre se sont multipliés pour si sa cause et soutenir ses progrès; ils ont varié leurs tudes selon ses besoins et ses transformations ; auj d'bui ils forment sa couronne, Us la protègent de gloire; et cette constante adhésion du génie à ses i cipes n'est pas seulement pout elle un honneur, aussi une preuve de sa légiiimité. Bien différente petites sectes politiques qui usurpent aujourd'hui nom et ses maximes, elle a été au plus degré patri elle a donné au sentiment national un él^n, une & un prestige qu'il n'avait jamais connus ; elle a fai son dévouement au pays un fanatisme, et de son an

pour la France un oulte« Au lieu de sacrifier la gran« deur nationale h Tégolsme hypocrite d'un système) d'une ambition, ou simplement d'une basse cupidité, elle a tout concentré, tout absorbé dans le triomphe de cet intérêt suprême qui était pour elle le premier des principes comme le plus noble des soucis de sa poli« tique. Dans ses excès, elle a pu être sanguinaire, mais sa férocité, plus odieuse que méprisable, a rarement obéi aux suggestions d'ignobles convoitises. C'est le sang, et non Tor, qui a taché ses mains« Il est des degrés dans l'infamie où elle n'est point tombée. Elle tuait pour se venger, et non pour voler. Séides illuminés d'une cause impitoyable, assassins enfiévrés par le délire d'une idée, ses hommes d'action sont restés pauvres comme les fanatiques du x\f siècle. Il y a plus, cette révolution, qui fermait les églises, qui persécutait les préires, n'a élalé que par exception un athéisme cy« nique; au fond, elle était spiritualiste, fidèle à l'esprit de la philosophie dont elle sortait, et c'est précisément ca noble principe intérieur qui soutenait son élan et faisait sa forée.

Entre toutes les crises révolutionnaires qui l'ont pré^ cédée ou qui la suivront encore, elle restera la Révolu^ tion française par excellence, û'est*à**âire l'une des ex*^ pressions les plus éclatantes du puissant génie de notre pays. Avec le siècle de Louis XIV et le siècle de VoU taire, elle sera Tune des trois choses qui maintiendront li jamais dans le monde la gloire de la France.

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