‹ L'esprit public au XVIIIe siècleChapitre 29 sur 161 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Caractère général de cette époque : nombreux Mémoires qui B*y rappor* tent. — Examen de ces Mémoires par rang de date et d'importance. — Le Journal de l'avocat Barbier. — Vie.de Barbier (1689-1771). — Sa situation et ses opinions. '

On prête au cardinal de Fleury ce mot : « Quand donc nous donnera-t-on du bon sens en échange du bel esprit *?)) Ce mot, vrai ou faux, peint l'homme et sa politique, par opposition au gouvernement de la régence. A Tavénement de tous les pouvoirs il se prononce ou il s'invente de ces mots expressifs qui sont à eux seuls un programme : ils résument les désirs et les promesses du moment, sans garantie, bien entendu, contre les^déceptions de l'avenir. La régence avait été l'une de ces époques comme il s'en voit chez nous, où le bel esprit prend la place de la sagesse dans les affaires, et l'on sait ce que cela peut coûter; le gouvernement de Fleury fut

1. Lettres morales et récréatives de Caraccioli (1767), 1. 1, p. 27.

une restauration du bon sens, une proscription du bel esprit politique et de la chimère, un retour applaudi au train ordinaire et régulier. Les peuples ne quittent que par exception les voies connues.

Entre le régent et lui il y a un pouvoir intérimaire : M. le duc. Mais ce pouvoir de deux ans et demi est sans caractère. Il n'a qu*un but, piller le trésor et pressurer le peuple. C'est une intrigue menée par une femme et conseillée par Turcaret, une exploitation du fisc appuyée sur la force, un coup de Bourse prolongé, le gouvernement passé à l'état de concussion en permanence ; en un mot, c'est la mauvaise queue de la régence, un reste de l'orgie politique et financière, moins l'esprit élevé du régent et sans le talent diplomatique de Dubois, Cette agence de pillards tomba devant la menace d'un soulèvement.

Fleury eut pour principe le repos et pour mérite Téconomie. Sous lui, la France respira. A voir ce régime doux, on dirait une convalescence. L'esprit public est conduit sagement^ à petit bruit, avec égards et sanâ fai» blesse. L'esprit philosophique naissant et déjà fort est mis à l'index et au secret. Les maximes de Louis XTV revivent) mais sous une forme nouvelle : en reparaissant après dix années d'interrègne, le despotisme n'a plus son air altier ni sed allures décidées^ il s'efface et s'amortit^ il s'.enveloppe de timidité rusée et d'insidieuse patience^ Le gouvernement de Fleury n'est pas l'époque brillante du siècle^ mais il en est l'époque tranquille^ et si le repos suffit au bonheur des peuples, c'est le moment le plua heureux du règne» Après la mort de Fleury suivent cinq années de guerre, années actives et glorieuses. Le bâton de commandement du maréchal de Yillars a passé

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