‹ L'esprit public au XVIIIe siècleChapitre 88 sur 161 · T. XIII · texte numérisé non relu

T. XIII

chait à lire dans les regards du prince ou demandait à des confidences subalternes, le duc est fort.loin de les dédaigner. U étudie avec un soin vigilant le ciel de Verf^ailles ; mais ce qui le distingue de la plupart des observateurs contemporains, c'est qu'il y portait une curiosité désintéressée; il n'avait point à craindre d'orages nî d'écueils pour sa tranquille fortune, et s'il épie le soleil levant, il ne s'empresse pas d'y courir : « On s'aperçoit depuis huit ou dix jours, et plus partimlièrement depuis deux ou trois^ que le roi ne pense plus de la même façon pour madame de Mailly, et que ce changement vient d'un goût nouveau et paraît très-décidé pour madame de La Tournelle. Cependant les dîners et les soupers continuent comme à l'ordinaire, mais fort tristement, et il y a eu beaucoup de larmes répandues par madame de Mailly *. » Cette observation est du samedi 3 novembre 1742; date à remarquer pour les historiens. Voilà, au regard de la postérité, le côté politique et sérieux des Mémoires du duc de Luynes.

Comme Dangeau, il prend un plaisir infini à enregistrer les faits et gestes de la famille royale, sans se demander si ce qui pique sa curiosité complaisante aura le même attrait, vingt ans après, pour des lecteurs plus difficiles : « U y a quelques jours que M, le dauphin s'est fait peser. Il pesait soixante-dix livres. Le fils de M. le prince de Montauban, qui n'a que quatre ou cinq mois de moins, pesait trente-cinq livres, et M. le duc de Penthièvre, qui a* environ quatre ans de plus, ne pèse que cinquante-cinq livres *. » Quel prince que M'' le dau-

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