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LA STATUE DE VOLTAIRE

(Page 63 : Une statue à Voltaire, pourquoi?)

Ce n’est pas à un clérical, mais à J.-J. Rousseau luimême, parlant cette fois le langage du bon sens, du patriotisme et de l’honneur, que nous renvoyons les mauvais Français qui ont élevé, et les Français beaucoup plus coupables qui ont laissé élever une statue à Voltaire. Voici ce qu’écrit J.-J, Rousseau de Voltaire, le 29 novembre 1769, juste un siècle avant l’apothéose imaginée par M. Havin :

« Ge fanfaron d’impiété, ce beau génie et cette âme basse, cet homme si grand par ses talents et si vil par leur usage, nous laissera de longs et cruels souvenirs de son séjour parmi nous. La ruine des mœurs, la perte de la liberté, qui en est la suite inévitable, seront chez nos neveux les monuments de sa gloire et de sa reconnaissance. S’il reste dans leurs cœurs quelque amour pour la patrie, ils détesteront sa mémoire, et il en sera plus maudit qu'admiré. » (Rousseau, t. XVI, p. 577. Paris, 1817.)

Le Génevois ne parle ici que de son étroite patrie; mais il west personne qui ne comprenne que ces paroles s’appliquent avec une justesse prophétique à la grande patrie française.

LA VIOLATION DU DIMANCHE, VIOLATION GROSSIÈRE DE LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE.

(Page 159 : La violation du dimanche, violation grossière de la liberté de conscience.)

Mgr Dupanloup, dans un substantiel écrit (1), l’a démontré en quelques pages irréfutables dont je transcris ici quelques passages :

Le dimanche, c’est l’affranchissement des consciences, la liberté pour tous de pratiquer la religion et de vaquer aux pratiques du culte.

Eh bien! c’est là notre dernier et grand grief contre l’industrie moderne et les exigences sociales aujourd’hui. On oublie que les travailleurs ont des âmes! on ne compte pas avec ces âmes! Et cette tyrannie de la conscience, qui est un si affligeant démenti donné à nos bruyants principes de liberté, un nombre infini d'hommes l’infligent ou le subissent, Regardez autour de vous, voyez ce qui se passe! |

Est-ce qu’il est libre, l’apprenti que le patron retient à l'atelier toute la matinée du dimanche, jusqu’à midi et au delà? +

Est-ce qu’il est libre, le commis de ces magasins qui ne ferment pas le dimanche, ou qui ne ferment que quand l'heure des offices religieux est passée ?

(1) Le Dimanche. Paris, Douniol.

Est-ce qu’il est libre l’ouvrier qui, s’il ne se rend pas le dimanche à son chantier, sera chassé le lendemain; que vous forcez, en lui enlevant son travail et son pain, s’il refuse, que vous forcez à venir reprendre au jour du repos, comme au jour du travail, sa rude tâche, comme sil n’avait pas d’âme, pas de religion, et pas de Dieu? Ne voyez-vous pas que, par cette contrainte morale que vous lui faites subir, sous la menace du chômage et de la faim, vous attentez ainsi à ses plus chères, à ses plus nobles libertés ?

Est-ce qu’il est libre, l’homme que vous enchaïnez à ces machines qui ne s'arrêtent pas, dans les usines qui ne se ferment pas, et où, nuit et jour, sans relâche jamais, les fourneaux chauffent, les cheminées fument ?

Est-ce qu’il est libre, l'employé de ces vastes administrations qui, préoccupées de leurs dividendes quelquefois beaucoup plus que du respect dû à la liberté et à la conscience de l’homme, n’ont pas plus prévu dans leurs règlements le jour du Seigneur et les devoirs religieux de l’employé, que si tout cela n’existait pas, et mettent des milliers d'hommes dans l’impossibilité matérielle, absolue, de rendre à Dieu les devoirs du culte public? Car voilà, en France, où nous en sommes.

Quand je réfléchis sur létat actuel des hic et de nos habitudes de travail en France, sans doute ce sont presque tous les travailleurs sans distinction qui me paraissent tyrannisés et surmenés par les exigences de ce travail qui ne connaît plus de repos légitime et régulier; mais ce sont surtout les ouvriers innombrables employés au service des machines dans cette grande industrie dont le développement est tout moderne, ce sont ceux-là qui me paraissent avoir le plus besoin du dimanche, et souffrir particuliérement "RE sa disparition. Par une coïncidence à jamais re-

grettable, les progrès de la grande industrie, chez nous, datent précisément de l’époque où limpiété envahissait la France, le déclin du dimanche a suivi le déclin des habitudes religieuses dans nos populations. Ça ,été un grand malheur ; car alors on à constitué chez nous toute cette grande industrie et tous ces grands services publics, comme si le dimanche n’existait pas; il s’est introduit là des réglementations et des habitudes illibérales autant qu’impies, par lesquelles on ne va à rien moins qu’à l’abrutissement physique et moral des hommes.

Comment ! vous ne voyez pas dans tout cela une violence scandaleuse et odieuse faite à la liberté de conscience de tous ces hommes, en même temps que le plus déplorable exemple donné au reste du pays, un permanent scandale, le mépris public et affecté d’une grande loi? Oui, vous violentez indignement, vous, partisans de la liberté de conscience, des milliers de consciences ; vous condamnez, par vos exigences et vos funestes habitudes de travail, des multitudes d'hommes à vivre sans religion ; vous paganisez ainsi la France; vous ruinez dans les esprits, par cette violation d’une grande loi divine, le respect pour la plus sainte de toutes les autorités, qui est celle de Dieu, par conséquent pour toute autorité; car laquelle le peuple respectera-t-il quand il aura sous les yeux le spectacle perpétuel du mépris de lautorité divine? C’est ainsi que, vous-mêmes, vous accélérez dans Le pays ce travail de démo= ralisation populaire dont les progrès vous effrayent si justement.

Combien plus encore on désire cette restauration d’une loi si éminemment civilisatrice et sociale, si bienfaisante et populaire, cette réaction contre un grand scandale donné par la France au monde entier, quand on considère que la

France est seule à le donner! Il n’y a que chez nous, en effet, que le dimanche est ainsi profané : partout ailleurs, chez tous les peuples, catholiques ou non, chrétiens ou non, le dimanche gubsiste dans tout son honneur. Nous sommes en dehors ici, non-seulement du concert européen, mais des mœurs universelles et de la tradition de tous les âges.

Je traversais il y a quelque temps la Suisse, et partoüt je voyais, dans les cantons protestants comme dans les cantons catholiques, les populations suspendre le dimanche leurs travaux et remplir les temples et Les églises. La fière et libre Angleterre, la grande république des États-Unis, ces peuples industriels et commerçants, si attentifs à leurs intérêts, si préoccupés de leur prospérité matérielle, si jaloux de leur liberté, observentreligieusement le dimanche ; le dimanche est chez eux légalement obligatoire. Allez le dimanche à Londres : tout le mouvement des affaires, tous les travaux de cette grande ville paraissent soudain s'être arrêtés ; toute la population est en repos et en fête. Allez le dimanche à Paris, ou dans nos grandes villes commerçantes ou manufacturières : quel scandaleux contraste !

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