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LA TOLÉRANCE

(Page 52 : Au temps de Voltaire, cette tolérance | n'existait pas.)

« Si, maintenant, nous voulons résoudre pour l’époque actuelle lés questions que nous avons posées précédemment : Jusqu'à quel-point l'Église peut-elle revendiquer la contrainte extérieure contre l’abus de la liberté religieuse?

(1) Extrait de l'ouvrage cité de Mgr Ketteler, page 145.

Les catholiques peuvent-ils croire que la liberté de religion est nécessaire ? nous arrivons aux résultats suivants +

4° En général, l’Église considère l'adhésion à la foi comme étant du domaine de la liberté intérieure, et elle conteste au pouvoir civil comme à l’autorité ecclésiastique le droit de linfluencer par la contrainte.

20 La punition des hérétiques par l’Église, dans des cas relativement peu communs, n’avait pas pour but d'imposer la foi par des moyens physiques; elle était inspirée par la persuasion que le chrétien a contracté au baptême des : devoirs qu’on doit le forcer de remplir. Cette répression extérieure n’avait lieu que dans des cas exceptionnels, et seulement contre des hérétiques formels et déclarés, dans le sens qui a été expliqué. Les protestants validement baptisés sont encore, il est vrai, liés par le baptême à l’Église catholique ; mais sans parler des autres motifs qui démontreraient clairement que l’Église n’a point l'intention de les violenter, on ne saurait établir que leur hérésie soit formelle et punissable. Ces seules raisons prouvent que les craintes qu'on nourrirait à ce sujet ne sont qu'un ridicule fantôme.

9° Le caractère de délit civil imputé jadis à l’hérésie avait sa source dans l’unité de la foi; l’unité rompue, l’hérésie a disparu des lois civiles.

4° Un prince catholique doit accorder aux sociétés religieuses reconnues par la loi civile toutes les garanties du droit; il agirait contre les principes de son Église en employant la contrainte.

5° En ce sens, l’Église luthérienne et l'Église réformée ont pleinement le droit d'exister en Allemagne à côté de l’Église catholique, et il est indubitable qu’un prince catholique doit à leur existence légale protection, amour et sollicitude.

6° Jusqu'à quel point le pouvoir civil peut-il autoriser de nouvelles confessions religieuses à titre de corporations libres ? L'Église abandonne pleinement à l’État le droit de le décider. Nul principe religieux ne défend à un catholique de croire qu’il est des circonstances où l’État ne peut rien faire de mieux que d’accorder, sous toutes les restrictions que nous avons faites, une entière liberté de religion.

7° Comme nous maintenons les limites que nous avons assignées plus haut à la liberté religieuse, car elles sont réclamées par la raison et par le christianisme, nous considérons comme abusive la conduite d’un État qui, sous prétexte de liberté de religion, tolère des sectes qui nient l'existence d’un Dieu personnel ou ruinent la moralité. En agissant ainsi, le pouvoir civil se mettrait en contradiction manifeste avec son droit et son devoir ; premièrement, à raison de son origine ; l’autorité émanant de Dieu, on n’en saurait faire un plus grave abus que de nier la négation de Dieu; secondement, à cause de son but; le but de l'autorité est de maintenir sur la terre la paix et la justice; deux choses impossibles sans la moralité, de même que la moralité est impossible sans la crainte de Dieu.

8° Quant à ses propres membres, jamais l'Église ne . cessera de revendiquer sur eux l’autorité qu’elle a reçue du Christ, et surtout le droit d’exclure de ses rangs ceux qui renoncent à sa foi.

À l'autorité de Mgr Ketteler, si grave qu’elle soit, on peut én joindre une autre, encore supérieure en ce sens qu'elle émane d’un livre imprimé à Rome, sous les yeux et avec l'approbation de l’autorité ecclésiastique. Dans un opuscule intitulé les Discussions des catholiques suivant les règles de l'Église, l'avocat Liberati, sur les questions de la tolérance, pose les conclusions suivantes : « Il serait imprudent

ni

et injuste de condamner dans tous les cas la tolérance qui sans autoriser positivement le mal s’abstient de l'empêcher. Dieu lui-même nous en donne l'exemple dans le gouvernement du monde, et tous les docteurs s’accordent à enseigner qu’elle est parfois non-seulement permise, mais obligatoire dans le gouvernement de la société civile ef même de la sociélé religieuse. Si les lois ou les menaces administratives destinées à empêcher un mal devaient entraîner un mal plus grand, elles seraient contraires à la fin que le pouvoir est tenu de poursuivre. Les lois dites permissives et les mesures de tolérance sont donc irréprochables, pourvu qu’elles réunissent les trois conditions suivantes : 1° qu’elles ne contiennent en elles-mêmes rien que d’honnête ; 2° qu’elles aient un but utile dont la gravité compense celle du mal qu’elles tolérent; 3° que la tolérance de ce mal soit le seul ou au moins le meilleur moyen d'atteindre le but. |

L'auteur ajoute que s’il est licite de faire des lois permissives ou de tolérance dans les limites qui viennent d’être indiquées, il ne saurait être défendu d’en promettre par serment l'observation. (La 2e édit, de cet ouvr. trad. en français a paru chez Dillet. Paris, 1873.)

LA PROPAGANDE DU MAL PAR LES CLASSES DIRIGEANTES A L'ÉPOQUE ACTUELLE (1).

(Page 60 : D'où vient que le journalisme prospère?)

« Le respect de Dieu, qui est encore plus nécessaire que l'esprit d'épargne à la prospérité des peuples, est systéma-

(1) Extrait de M. Le Play, Organis. du trav., p. 513.

tiquement détruit dans les cœurs, grâce à la propagande exercée, depuis l’époque de Voltaire, par nos classes dirigeantes. En ce moment on compte à Paris par centaines de mille, et surtout dans les classes ouvrières, les hommes hostiles à tout sentiment religieux. Beaucoup d’ouvriers et de contre-maîtres, auprès desquels j'ai fait récemment une enquête, m'ont signalé à cet égard des faits qu’on ne rencontrerait chez aucun aûtre peuple civilisé. Parmi les milliers d’ouvriers ayant avec eux des rapports journaliers, ils ne sauraient en citer un seul qui se dise chrétien. Ün de ces contre-maîtres m'a même appris que pour vivre en paix avec ses subordonnés, et conserver le pain quotidien à sa famille, il a dû renoncer à toute pratique de religion.

« D'un autre côté, nos classes dirigeantes ne continuent pas seulement à enseigner, pour la plupart, le scepticisme. Elles restent indifférentes à ces symptômes de désorganisation sociale ; elles font revivre, à quatre siècles de distance, la discorde et l’imprévoyance des Grecs de Constantinople, au contact d’une invasion d'erreurs qui n’a point de précédents chez les peuples civilisés. Et cependant cette invasion est plus redoutable que ne le fut alors celle des Tures.

« Ges dangers se produisent, en France, à une époque où la corruption des classes dirigeantes a discrédité la coutume européenne qui, chez les peuples. prospères, conserve fermement une hiérarchie sociale fondée sur le talent et la vertu; où l’homme doué des plus éminentes qualités ne pèse pas plus que l’homme inbabile et vicieux sur les destinées du pays; où, enfin, les écrivains les plus considérés proclament qu’un tel régime est nécessaire et même providentiel. »

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