SCÈNE XIV VINCENT, RODOLPHE
RODOLPHE
Les deux chevaux sont-ils prêts?
VINCENT
Oui, monsieur, et moi aussi. Je comprends.
Tu m'as donc deviné?
VINCENT
Vous allez voir. Je vais partir avec les deux chevaux et faire du bruit comme quatre.
RODOLPHE
Très-bien, Vincent! te voilà passé maître.
VINCENT
Maître en livrée.
RODOLPHE
Eh! ne portons-nous pas tous la livrée? Moi-môme, ce matin, n'étais-je pas le valet d'une femme?... Un frac noir, voilà la véritable livrée. Tu portes l'habit de l'indépendance, toi !... Vincent, tu m'as çendu un service signalé; je ne serai pas. ingrat, et je veux assurer ton bonheur aujourd'hui môme; mon lendemain est douteux. (Tirant un portefeuille.) Tiens,
prends ceci... ceci est à loi. C'est le bonheur en billets de banque.
VINCENT, mi de joie et prenant le portefeuille.
Oh! monsieur de Lucy !...
RODOLPHE
Ceci n'est qu'un à-compte sur un legs ; tu ne seras pas oublié dans mon testament, bon serviteur.
L'argent ne fait pas le bonheur, mais il n'y a pas de bonheur sans argent.
RODOLPHE, nontfant Vincent.
Et elles osent appeler ces gens-là des Yago !
VINCENT, indigné.
Oh!
RODOLPHE
Sais-tu ce que c'est qu'un Yago ?
VINCENT
Non.
RODOLPHE
Tant mieux! Ignore-le toujours.
VINCENT
C'est très-facile d'ignorer.
RODOLPHE
Et, pour te rendre à jamais heureux, je te donne cet ar-
L'essai; du mariage. sa
gênt et ce legs à une condition expresse et facile à accepter.
VINCENT
Laquelle, mon bienfaiteur?
BODOLPHE.
Tu vas me jurer solennellement que tu resteras garçon toute ta vie.
VINCENT, recalant d« deux pat, et à [»art.
Ah ! mon Dieu !
RODOLPHE
Tu hésites ?
VINCENT
Moi, hésiter?... Oh! vous ne me connaissez pas!... Je jure de ne jamais me marier... à dater d'aujourd'hui.
RODOLPHE
Oui, jamais.
VINCENT, i pari.
J'en ai bien assez d'une fois.
RODOLPHE
Maintenant, va te promener avec les deux chevaux. "
VINCENT
Je vais faire un vacarme d'escadron.
(Il sort.)
clairement que je n'ai pas vu ce que j'ai vu, et je tombe à vos pieds.
LAVJNIA, avec un sourire ironique*
Vraiment ! vous auriez cet héroïsme, si je faisais ce miracle?... Oh ! monsieur de Lucy, j'attends mieux de votre noble délicatesse; je laisse les miracles à Dieu, et j'exige de l'homme un héroïsme aveugle et gratuit.
RODOLPHE, à demi subjugue.
Madame...
Voilà un premier pas en trois syllabes... Avancez toujours...
RODOLPHE
Oh ! une voix si douce ne peut pas tromper !... (Tombant à se* pieds.) S'il n'y a pas un pardon pour mon offense, ne me relevez plus, madame, je mourrai ici.
lavinia.
Relevez-vous I... et que ceci soit la dernière leçon de votre noviciat... Maintenant, entrez dans ce pavillon et apportez-moi ce que la main d'une illusion va vous remettre.
(Rodolphe hésite.) Allez...
RODOLPHE
Vous l'exigez?...
Je vous en prie.
(Rodolphe entre dans le pavillon.)
L'essai Dti Mariage. 49