FEMMES FRANÇAISES
Française ! Ce nom dont nous nous honorons, prenait au delà de nos frontières — ne nous le dissimulons pas — un sens désobligeant et sarcastique avant le cyclone qui bouleverse actuellement le monde. Française ! Pour la majorité des habitants de notre planète, ce vocable équivalait à un synonyme de frivolité, d'étourderie, de coquetterie, d'inconscience presque amorale.
Il a fallu la secousse formidable de la guerre pour que la Jemme de France s' affirmât et déjouât les calomnies en révélant ses qualités de Jerme et lucide raison, d'intelligente initiative, de persévérance courageuse. Cependant ces vertus rares, qui lui ont valu l estime et l'admiraUon générales, ne sont pas dues à un miracle d'éclosion spontanée. Si elle ne les avait possédées déjà avant la sévère épreuve, lui eût-il été possible d'affronter tant d'austères devoirs et d'accomplir avee un tel stoïcisme de pénibles renoncements et de poignants sacrifices? "
L'ESSOR nr^s colombes
Cest que jasqaicila vraie Française ne se manifestait guère au dehors. Modeste et digne, elle ne songeait point à faire étalage de ses perfections morales et les réservait au seul charme de rintinnté. Cette Francaise.là, méritoire et discrète, restait projondement ignorée de [étranger. Là, on accordait trop facile-nient créance à ses détracteurs, habiles à se servir contre elle de quelques exemples tapageurs et scabreux. On se bornait à en croire, sur parole, les peintures des rormnciers dits mondains qui, spéculant sur l attrait du scandale et cherchant un siwcèsjacik, la represenr talent en héroïne d'aventures légère^ Qil pimentées- ' \^ Les exceptions, fissure f antique adage, confirment la règle ». Qr, la règle commune, 4^daignée des observateurs superficiels PU 4a? dijjamqlfiiirs ^p.tér^s^ ses, éiail bemco.Ui? plu? ufl^c ,et plu? édifiante.
Aussi nous a-t-il semblé que ce serait besogne patrifi: tique el saine de mettre en Im^re m ii^ériew^ de braves gejis, peuplé de fujwes Jêmnijies, loijaks et pm-es, unjoyer tel qiiil en eçclsle des puliiers d<m§
notre pays. .
C'est dans me pareille vie Jm^cUe' iefl,drç et siofpU, f^e s'épanouit l'âme gr.ademe des colombes de Franceâme de grâce et d'amour, capable msi de force gén^r reim et soutenue et que t instinct profond du dévouement ei delà piUé porte aii-ievai^t de toute so.ujfrance.
Les victimes innombrables d,e cetle gxierre forcenée peuvent en rendre témoignage. Ambulances, hôpitaux.
L ESSOn DES COl.OMBES O
œuvres d'assistance, il nesi point de repaire de misère que nos jeunes filles et nos femmes n'aient animé de leur vivifiante sympathie, de leur alerte et souriante charité, quelles que Jus sent l angoisse et la douleur qui les ravageaient parfois secrètement. Nos Jéministes, elles-mêmes, ont conquis l'approbation de ceux-là qui les critiquaient jadis, en gardant une louable pondération dans le triomphe imprévu de leurs idées. Elevées désormais au dessus des revendications amères et des buts égoïstes, elles s'attachent aux nobles missions qui tendent à remédier aux abus, à réduire l'hydre alcoolique et à solutionner les grands problèmes de la vie moderne, afin d'amener un avenir meilleur où plus de bonheur sera justement dispensé au plus grand nombre. Héroïques et patientes durant la crise, nos colombes de France redeviendront l'enchantement de la paix, et elles auront préparé la nouvelle beauté de la France de demain,
MATIIILDE ALANIC
Avril 1917