‹ L'essor industriel & commercial du peuple allemandChapitre 21 sur 61 · PÉTROLE · texte numérisé non relu

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tifique des questions qui les caractérise, les Allemands ont su embrasser d'un coupd'œil assez juste la consommation et la production pour ne plus s'engager, comme ils l'avaient fait dans la période du Grûnderthum, de la fièvre d'affaires, dans des entreprises exagérées. Et il s'est en somme établi entre la production et la consommation un équilibre que constatent les rapports consulaires, français et étrangers.

« Userait malaisé, lit-on dans un des derniers rapportsdu consulde Belgique àLeipzig,d'assigner une durée déterminée à ['excellent état de choses actuel. Grâce à la bonne marche des affaires, plusieurs branches ont pris une extension telle qu'il y alieu de craindrelesefîetsdelasurproducliondansun avenir peu éloigné... Un réel optimiste continue à régner dans les cercles compétents; on semble admettre que les circonstances actuelles doivent durer encore une série d'années, et l'on envisage un revirement sous ce rapport comme une lointaine éventualité ))(i).

Même note dans les rapports anglais qui se demandent avec inquiétude quelles sont les causes de cette étonnante prospérité. L'exposé des motifs sur lequel le gouvernement impérial appuie sa demande de crédits pour l'augmentation de la flotte renferme aussi d'intéressants détails sur le développement du commerce allemand à l'étranger,

(1) Recueil consulaire du rojjaume de Belgiqiie, t. XCVl, 1897, p. 45.

et notamment dans les pays d'outre-mer (i). C'est môme l'extension des intérêts allemands sur toute la surface du globe qui forme le principal argument invoqué en faveur de l'accroissement de la marine de guerre.

Tandis que la population de l'Allemagne a depuis 1871 augmenté de 30 0/0, le commerce extérieur a augmenté dans le même temps de GO 0/0. Dans ce mouvement ascensionnel c'est la navigation maritime qui figure précisément au premier rang. Le commerce maritime forme à lui seul 66 0/0 de tout le commerce extérieur. De 1873 à 189S le tonnage de la marine marchande allemande a augmenté de 124 0/0. Et si Ton examine l'augmentation au point de vue des pays de destination on constate que c'est surtout le commerce avec les pays d'outre-mer qui a prospéré : c'est ainsi que l'augmentation pour les États-Unis est de 128 0/0; pour le Mexique, l'Amérique centrale et l'Amérique du Sud, elle est de 317 0/0 ; pour les Indes et l'Extrême-Orient, de 480 0/0; pour l'Australie, de 475 0/0. En Europe même la progression est de 119 0/0 pour les pays du Nord, de 88 0/0 pour la Grande-Bretagne, de 60 0/0 pour le Sud-ouest du continent (2),

Les années 1897 et 1898 qui ont été fort trou-

(1) M. Eugène Cor en donne un excellent résumé dans le Moniteur officiel du commerce, du 6 janvier 1898.

(2) Sur le mouvement maritime et commercial en France à la même époque, v. l'article de M. d'Oulrevienne, Revue politique et parlementaire, 10 novembre 1897, p. 378.

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blées dans beaucoup de pays ont été en somme très bonnes pour le commerce allemand. Toutes les grandes industries, sauf l'industrie textile, ont fait des progrès. Si les bénéfices ont été un peu moindres en 1898, c'est par suite d'une augmentation notable des salaires, et aussi du renchérissement des prix d'un certain nombre de matières premières, mais en somme la vie commerciale a été très intense. Tous les rapports consulaires; et la plupart de ceux des chambres de commerce sont d'accord à cet égard (^). On ne peut donner de meilleure preuve de la prospérité économique en 1898 que les chiffres concernant la fondation des sociétés industrielles. 11 ne s'en est pas créé moins de 329 avec un capital-actions de 463.620.000 marcs. Aucune année antérieure n'avait fourni jusqu'à présent un contingent aussi élevé. Ce sont les sociétés métallurgiques (au nombre de 53) qui occupent le premier rang (2).

Les chiffres déjà connus pour la présente année (1899), sont très satisfaisants et attestent un nouveau progrès. Ainsi en 1898 il avait été créé pour 343 millions de marcs de valeurs industrielles, cor-

(1) Quelques-uns semblent cependant croire que le point culminant est atteint, V. par exemple, Jahresberichl der Handels-und Gewerbekammer zu Chemnitz fur 1S98, I, p. IX. Mais l'ensemble est si bon, dit le rapport de la chambre de commerce de Francfort (année 1898, p. 1-3) « qu'on ne doit pas s'effrayer du recul dans certaines branches ».

(2) Rapport de M. Pingaud, Moniteur officiel du commerce, 9 mars 1899, p. 376, d'après les statistiques réunies par le Deutscher Œkonomist.

respondant, caries émissions sont faites naturellement au-dessous du pair) à un total de 477 millions de inarcs. Or pendant le l" semestre 1899 il y a déjà eu des émissions pour 273 millions de marcs correspondant à un capital nominal de 453 millions de marcs! Ces chiffres sont déjà quintuples de ceux de 1894 (i).

La capacité de production de l'Allemagne augmente si rapidement, écrivait naguère l'un de nos consuls les mieux renseignés, M. de Chappedelaine, que l'Allemagne est devenue au point de vue du commerce d'exportation, une redoutable rivale de l'Angleterre. Son exportation progresse dans de telles proportions que si cela continue, da7is trois ans elle atteindra le même chiffre que V Angleterre (2).

Cet essor économique de l'Empire allemand doit nous frapper d'autant plus que pendant long-

(1) (' Nous avons en ce moment, me disait, il y a quelque mois, un ingénieur allemand, une telle quantité de commandes, particulièrement do la part de l'étranger, que pour longtemps encore notre production peut s'accroître en toute confiance o. V. sur les progrès nouveaux qui se sont accomplis en 1899 les Volkswirlhschaftliche Chroniken des Jahrbiicher filr Nationalœkonomie und Statistik, t. XVII, 1899, p. 67, 97; t. XVIIf, p. 227, et le Deutsches Handelsarchiv.

(2) Moniteur officiel du commerce, 25 mai 1899, p. 193. Cf. dans le Journal du Board of Trade, août 1899, p. 154, un article, The increase of population and the balance of trade in Germany, qui ne contredit pas les assertions précédentes. V. aussi sur les progrès du commerce allemand pendant les trois premiers trimestres de Tannée 1899, la revue anglaise The Economiste 28 octobre 1899, p. 1523.

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temps l'Allemagne ne fut pas un pays industriel. Les villes allemandes eurent sans doute au moyen âge leurs jours de prospérité et de gloire, mais au siècle dernier, à la suite des bouleversements que la guerre de Trente ans avait occasionnés dans tout le pays, l'industrie y était dans une complète décadence. Les guerres de la Révolution et de l'Empire comprimèrent ensuite les tentatives de résurrection. Après 1815, la renaissance des idées particularistes fut un autre obstacle ; les barrières elles douanes intérieures ne s'abaissèrent que lentement; la législation surtout ne fut guère favorable au progrès économique.

C'est depuis que l'œuvre d'unification s'est accomplie, c'est-à-dire depuis un quart de siècle, court espace de temps dans la vie d'un peuple, que l'essor industriel et commercial de l'Allemagne s'est brusquement accentué. Bismarck n'avait pas manqué de se faire ministre du commerce et de déclarer qu'après les victoires militaires il entendait bien donner à son pays les victoires économiques. Depuis 1870 le nouvel Empire s'est couvert d'usines, de fabriques, de manufactures de toute sorte. Quelle que doive être au xx' siècle la place que prendra définitivement l'Allemagne dans le monde, l'essor industriel et commercial du peuple allemand ne restera pas moins l'un des traits saillants de la fin du XIX^

Il convient maintenant de passer en revue les principales industries pour montrer combien, dans chacune d'elles, les progrès ont été grands

depuis quelques années. 11 ne peut être question d'étudier dans ce volume toutes les industries qui mériteraient un examen. Nous nous attacherons à celles qui ont fixé davantage notre attention.

Nous parlerons d'abord des deux groupes les plus importants de TAllemagne : des industries minières et métallugirques, d'une part; d'autre part, des industries textiles.

Nous dirons ensuite quelques mots des industries chimiques, des fabriques de porcelaine et de verrerie, des meubles, des jouets et des instruments de musique, du papier et des cuirs.

Nous achèverons cette rapide revue par quelques considérations sur les industries agricoles et spécialement sur les sucreries.

§ 1. — Mines et industries métallurgiques.

L'Allemagne est fort riche en mines de toute sorte. Les mines de houille surtout lui assurent des avantages dont elle tire merveilleusement parti. Elle possède quatre bassins principaux, ceux de la Ruhr, de la Haute-Silésie, de la Saxe et de la Moselle. Leur superficie totale n'est pas inférieure à 3.600 milles carrés, tandis que la superficie des charbonnages français ne dépasse pas 1.800. La production de ces quatre bassins, qui n'était encore que de 37 millions de tonnes en 1870, que de 53 millions en 1879, est aujourd'hui de plus de

120 millions, en y comprenant quelques millions de tonnes de lignite [Braunkohlen) W.

Elle a de 1891 à 1898 augmenté de 30, 5 0/0. Voici quelle a été, dans chacune des circonscriptions minières, la production (en milliers de tonnes) de l'année 1898 :

Circonscription de Breslau 26.853

— Dortmuncl 51.001

— Bonn 11.111

— de la Bavière 1 . 058

— du royaume de Saxe... 4.407

— de la Lorraine 1 .074

Autres circonscriptions 773

La valeur totale de cette production a atteint 710 millions de marcs (dont 373 pour le bassin de Dorlmund qui reste jusqu'ici le meilleur). Les lignites [Braunkohlen) ne sont pas compris dans ces chiffres et représentent une valeur de 73.359.000 marcs (2).

(1) Statistique de la production minérale eu 1897.

Tonnes Valeur

métriques. sui- place.

Houille 91.007 624 798.796 689

Lignite 29.423 432 81.569 184

Minerai de fer 10.099 202 63.063 043

Fonte 6.007 083 382.045 227

Fer eL acier puddlés 1.118 807 185.102 230

Fer et acier fondus 5.107 253 768.873 665

(2) die Ber(jwerke, Salinen itnd Hûtlen im Deulschen Reich tvditrend des lahres, 1898. Vierteljahreshefte zur Stalistik des deulschen Reichs, 48 fascicule 1899, p. 77. Cf. Deutsche Induslrie-Zeitung, 13juillet 1899. V. aussi les circulaires et l'annuaire 1899 du Comité central des Houillères de France et The Colliery Guardian, Journal of the Coal and Iran Trades. Mentionnons aussi le récent ouvrage de Treptow, Wùst et Borchers, Dergbau und Hiiltemvesen. Leipzig, 1900.

Le bassin de la Ruhr, autour de Dortmund, Ilagen, Bochum, Duisbourg, est sans doute le plus riche du continenteuropcen.il fournit plus de 50 millions de tonnes par an. Les houilles weslphaliennes cherchent maintenant à soutenir la concurrence contre les houilles anglaises (*).

Le bassin de la Ilaute-Silésic, qui déborde en Russie et en Autriche n'est, tout au moins d'après les derniers sondages effectués, guère moins riche. H donne déjà plus de 25 millions de tonnes par an, et il est encore en partie inexploité : il renferme de précieuses réserves pour l'avenir.

« Le marché delahouille en Haute-Silésie, écrit M. Raymond Pilet, n'a jamais joui, à aucune époque, d'une prospérité aussi grande que maintenant, prospérité qui dépasse celle des plus excellentes années. L'exportation par chemins de fer, à elle seule, se maintient à une hauteur très satisfaisante et la consommation des fabriques augmente de jour en jour. Une situation semblable est d'autant plus remarquable que les mois précédents avaient été bons (la navigation sur l'Oder

(1) V. l'analyse du dernier rapport de la chambre de commerce de Diisseldorf: tournai des chambres de commerce, iQ octobre 1898, p. 305. Cf. sur les syndicats des charbons et du coke qui « prennent de plus en plus d'extension et ont augmenté leurs écoulements en 1899 », Deutsche Industrie-ZeUung , 12 octobre et 9 novembre 1899, p. 606. La Revue Dos Schi/f, 28 avril 1899, p. 129 donne une carte intéressante de la production du charbon dans la vallée de la Ruhr. Les compagnies minières de Westphalie creusent partout où elles peuvent de nouveaux puits. On vient de faire des forages sur sept points nouveaux. La Ilarpener Gesellschaft a creusé cinq nouveaux puits. Cp. Economiste Européen, 10 novembre 1899, p. 597.

n'ayant pas subi d'arrêt et ayant permis des approvisionnements considérables) et que la crainte de manquer de wagons avait engagé les consommateurs à commander longtemps d'avance pour l'hiver... Le motif de la bonne situation du marché des houilles est en première ligne l'état de l'industrie qui lui donne une forte impulsion. L'exportation par chemin de fer y contribue également Pour la Pologne russe les transports ont

triplé et cet état de choses tend à se maintenir. Une certaine quantité de mines n'ont pas en ce moment le nombre d'ouvriers qui leur serait nécessaire. La situation du marché du coke est très bonne, ettout fait présumerqu'elle restera telle(i)». Le troisième bassin est le bassin saxon, sur le revers septentrional des Monts Métalliques (Erz Gebirge) près de Chemnitz et de Zwickau. Il fournit quatre à cinq millions de tonnes de houille par an (2).

(1) Moniteur officiel du commerce, 30 décembre 1897, p. 940. V. aussi le rapport du Berg-und Iliiltenmannischer Verein (Kattowilz 1898) publié par le secrétaire général, le D' VoUz, auquel nous devons de précieuses indications. Nous lui empruntons le tableau suivant :

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