‹ L'essor industriel & commercial du peuple allemandChapitre 55 sur 61 · SUR L'ALLEMAGNE ET LES ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

SUR L'ALLEMAGNE ET LES ÉTATS-UNIS

Mais il importe de remarquer qu'en dépit de cette progression étonnante des exportations en général, il y a diminution dans l'exportation des produits agricoles; ceux-ci ne forment plus que 71 0/0 du chiffre total au lieu de 72, 74, 78 et même 82 et 83 0/0 dans les exercices précédents. C'est surtout l'exportation des produits manufacturés qui a augmenté; c'est la preuve indéniable du développement extraordinaire de l'industrie américaine (i).

Il est intéressant aussi de se demander vers quels pays se dirigent les produits américains. Les États-Unis n'exportaient en Afrique, il y a dix ans, que pour 3 millions de dollars, ils yen ont envoyé en 1897-98 pour 17.

1860 plus de 66 0/0 des marchandises américaines étaient transportées sur des navires américains, et c'est tout au plus s'il yen a maintenant 10 0/0. Du 1er juillet iS98 au l^r juillet 1899, nous apprend un de nus dernier rapports consulaires, le chiffre total du commerce extérieur des Etats-Unis s'est élevé à 9 milliards 506 raillions (contre 9 milliards 140 millions en 1897-98 et 8 milliards 998 millions en 1896-97). Plus de 500 millions ont été gagnés en deux ans sur le chiffre des échanges. El cet accroissement est d'autant plus remarquable que l'imporiation n'y entre pour rien. C'est l'exportation seule qui y contribue. L'imporiation est au contraire en voie de diminution. Les Etats-Unis aspirent à s'affranchir de la dépendance industrielle de l'Europe et fabriquent maintenant un grand nombres d'articles qu'ils lui achetaient autrefois. Cf. sur le développement du commerce d'importation araéricain, Handels-Museum, 6 avril 1899, p. 163.

(1) Cf. American compétition in Europe. Journal du Board ofTrade, mars 1898, p. 281. Der Weltbewerl) der Vereinigten Staalen von Nordamenka mit Europa, Export, 24 février 1898, p. 97. Preussiche Jakrhiicher, décembre 1898. Rapport de M. Valetz, gérant du consulat de Brème, Moniteur officiel du commerce, 30 nov. 1899, p. 812. Mulhall, Cinq années de progrès américain. ISortli American Heview, octobre 1899. Tolomianl, Le d'velopi>ement économique des Etats- Unis et de l'Europe en 1898. Humanité nouvelle, 10 novembre 1899, p. 572. A lire aussi, ['Exjxmsion américaine, Grande Revue, !<!■• octobre

Au Japon, les chiffres ont passé de 4 millions à 21, en Chine de 4 millions et demi à 10 raillions. En Autriche les importations américaines ont décuplé; en Belgique elles passent de 10 millions de dollars à 47 ; en Danemark de 3 millions à 12, aux Pays-Bas de 16 à 65, en France de 40 à 100, en Angleterre de 362 à 540 (>). Pour l'Allemagne enfin les chiffres sont de 150 millions de dollars au lieu de 56 et demi (2).

Le tableau suivant donnera une idée du mouvement d'affaires de l'Allemagne avec les Etats Unis :

E.xportalion des Etats-Unis, en Allemagne.

Importât!

aux

on allemande Etats-Unis

en millions de marcs

0/0 de 'importation

en millions de marcs

~' 0/0 de l'exportation allemande

(1) Sur l'invasion du marché du monde par les produits américains, V. l'ouvrage de M. Fred. Emory, chef du bureau du commerce extérieur à Washington, « Commercial Relations of the United States ^>, 1898. Sur les finances des Etats-Unis, v. Raphaël-Georges Lévy, Revue des Deux-Mondes, i" août 1898.

(2) Der Aussenhandel der Vereinigten Staaten. Jahrbûcher fur Nationaloekonomie, t. 16 (1898), p. 233, l. 17 (1899), p. 502; Cf. Fisk, Die handelspolilischen und sonstigen Beziehungen zivischen Deutschland und den Vereinigten Staaten, 1897. F. Sartorius von Waltershausen, Deutschland und die Ilandelspolitikder Vereinigten Staaten von Amerika, Berlin, 1898. Walther Borgius, Deutschland und die Vereinighen Staaten, 1899. — V. aussi Deutsch-amerikanischer Handel von 1890-98. Deutsche Industrie Zeitung, 15, 22 février et 8 mars 1899; Deutsche amerikanische Handelsheziehungen, Handels-Museum, 5 janvier, 16 février et 21 septembre 1899, p. 6, 77 et 450 et Moniteur officiel du commerce, 22 février 1900, p. 282 el 293.

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« L'année 1898, li(.-on dans V Economiste français du 15 octobre 1898, a été une mémorable année dans l'histoire des États-Unis. Aux succès militaires de la guerre hispano-américaine on doit ajouter les progrès commerciaux les plus amples... En attendant le brillant avenir que les Américains espèrent et qui sera peut-être d'une réalisation plus laborieuse qu'ils ne le pensent, leur situation économique est brillante et ce n'est pas sans une grande satisfaction que le président Hendrix, de Vamerican Banker's association à Denver, déclarait qu'il n'y avait jamais eu tant de compensations, tant de dépôts et tant d'or dans les banques que pendant les six premiers mois de 1898. Jamais les chemins de fer n'ont tant transporté de marchandises. Les derniers six mois de 1897 et la première moitié de 1898 forment une période très favorisée » (i).

L'année 1899 est meilleure encore. La production métallurgique en particulier s'accroît avec rapidité. D'après la revue Stahl und Eisen (15 août 1899, p. 795) elle a été pendant le 1" semestre 1899 de 6.259.233 tonnes (au lieu de 5.846.555 pendant le 1" semestre 1898 et de 5.814.263 pendant le 1" semestre 1897) (2).

« L'industrie du fer et de l'acier nous dit un de nos consuls, traverse une période de prospérité sans précédent depuis le fameux « boom » du fer de 1779-1880 » (3).

(1) Cf. G. François, Les Banques aux Etats-Unis, Journal des Economistes, 15 nov. 1899, p. 225.

(2) C'est en termes d'un véritable lyrisme que les journaux américains récapitulent en ce moment les résultats économiques de 1899, et exposent la situation dans laquelle l'année qui vient de finir laisse leur pays (V. un article de Pierre Leroy-Beaulieu, Economiste français, 20 janvier 1900, p. 69).

(3) Rapport de M. Yelter. Moniteur of/iciel du commerce, 14 décembre 1899, p. 919.

On ne saurait prévoir ce que sera dans l'avenir la balance da commerce aux ÉlaL-Unis. L'écart formidable entre l'importation et l'exportation ne pourra certainement se maintenir longtemps (i).

Il est dû, pour une bonne partie à la politique commerciale suivie par les Américains (2). Aussi en présence de cet état de choses les chambres de commerce prussiennes ont-elles institué une enquête dont les résultats ont été récemmentpubliés. Elles estiment qu'une guerre de tarifs serait plus nuisible qu'utile à l'Allemagne. « L'opinion générale, dit le rapporteur, est qu'une rupture serait désastreuse pour les deux pays. Les expériences faites avec la Russie et l'Espagne le prouvent. Il ne faut pas prendre à la lettres les récriminations, faciles à comprendre, dos maisons d'importation. Il faut reconnaître que même avec les nouveaux droits le commerce allemand d'exportation fait encore des bénéfices. Une rupture complète nous ferait perdre sans rémission le marché américain au profit de l'Angleterre et de la France. L'industrie américaine serait en outre amenée à prendre un nouvel essor, elle créerait des fabriques qui porteraient le coup de grâce aux produits sinjilaires allemands (3). »

Un autre rapport, présenté à la chambre de commerce de Stuttgart, résume d'une façon assez nette les conséquences que la politique américaine ne peut manquer d'avoir pour l'industrie allemande i^^.

(1) V. les observalions de la Chambre de commerce française de New-York. Moniteur of/iciel du commerce, 18 janvier 1900, p. 79.

(2) V. à cet égard, Taussig. The tariff historij of the United States, 4'- éilit., 1898, p. 327. Cf. W. Burgius, Deutschland und die Vereinigten Staaten, p. 1-24.

(.S) Cf. le rapport de M. Bouliron, chargé d'affaires à Berlin, Moniteur officiel du commerce, 6 octobre 1898, p. 417.

('i)Jahresbericht der Handels-und Gewerbekammer in Stuttgart fiir 1897, p. 138.

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« Le nouveautarifaméricain, dit-il, se distingue avant tout par des inégalités flagrantes entre les droits dont les Américains frappent les produits européens et ceux dont les Européens frappent les produits américains. Pour les harmoniums par exemple, les droits d'entrée sont en Amérique de 385 marcs, contre 74 d'après notre tarif allemand. Pour les meubles, les droits sont de 30 à 35 0/0 de la valeur. Nous nous contentons de 4 à 5 0/0, etc.

Aussi certaines de nos industries ont-elles aujourd'hui bien difficilement accès sur le marché américain, par exemple nos produits chimiques, nos cuirs, notre ganterie, nos chocolats, etc. Et il ne faut pas oublier qu'encore en 1895 nous avons exporté aux États-Unis pour 23.700 000 marcs de tricots, pourH millions, 8 de couleurs d'aniline, pour 10 millions de gants, pour 50 millions, 4 de draps et soieries.

Quel parti devons-nous prendre en présence de cette politique qui nous est si défavorable? Faut-il s'indigner? Faut-il dire comme l'un de nos industriels à la séance du 3 mai 1897 : « L'honneur national et le sentiment de la dignité de l'Allemagne exigent des représailles vis-àvis de ces tarifs douaniers «.Non, cet appel à l'honneur national, commode surtout pour ceux qui n'ont pas d'intérêts directs à une meilleure entente, ne fera qu'envenimer les choses et aggraver la situation. Les guerres douanières ne profitent ni à l'agresseur, ni à celui qu'on attaque. Elles profitent presque exclusivement aux peuples qui étaient jusqu'alors dans une situation d'infériorité économique, s'ils savent en tirer parti. Et les deux partis adverses demeurent si affaiblis, même après la conclusion de la paix, qu'il leur devient difficile de déloger ceux qui pendant la lutte sont parvenus à prendre une position plus forte. La politique commerciale actuelle

des États-Unis ne leur sera finalement pas plus avantageuse que ne nous ont été avantageux nos tarifs de

On peut même se demander si elle réfrénera, en quoi que ce soit, les agissements des Trusts el des Rings. Cela est bien douteux quand on voit que la guerre récente avec l'Espagne n'a pas même pu détendre les mailles de ce réseau dans lequel ils étranglent les producteurs.

Tout ce que peut-être (d'accord avec nos amis de la triple alliance) nous pourrions faire, ce serait d'augmenter les droits sur certains objets d'origine plus spécialement américaine, le pétrole, les fruits, les graisses, les conserves, certaines machines, les harmoniums, divers objets en fer, etc.

Dans une guerre de tarifs c'est le côté mercantile qui doit l'emporter. Faire une guerre douanière, soi-disant pour défendre l'honneur national, ce serait puéril ! 11 faut, avant de s'engager dans une pareille lutte, se demander d'abord : combien notre commerce pourra-t-ily gagner, et ne pas oublier non plus qu'elle ne peut être utile que si on est assuré d'un rapide succès, sans quoi on travaille pour les autres. On a pu en faire l'expérience pendant les guerres douanières de l'Allemagne avec la Russie (1890-93) et de la France avec la Suisse (1892-96) (1).

Une guerre douanière n'est excusable que lorsque la nation qui l'entreprend est sûre de terrasser en quelque mois son adversaire et de le forcer à promulguer des ta rifs raisonnables. Or, l'Allemagne ne peut se bercer d'un pareil espoir dans ses rapports avec les Etats-Unis. Une

(1) V. Ernest Brelay, « Les relations franco-suisses », Monde économique du 16 juillet 1898. Sur les griefs des Américains contre les Allemands, V. Borgius, op. cit., p. 52.

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