‹ L'essor industriel & commercial du peuple allemandChapitre 56 sur 61 · SUR L'ALLEMAGNE ET LES ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

SUR L'ALLEMAGNE ET LES ÉTATS-UNIS

guerre avec eux durerait de longues années et ne se terniinerait que par des blessures terribles pour les deux peuples.

Il n'est plus aujourd'hui un seul Etat industriel au inonde qui puisse régler à lui seul le prix des choses sur le marché universel. Et il est impossible d'empêcher la répercussion des prix de ce marché sur le marché intérieur d'une nation déterminée (i).

Le moment pour engager une guerre avec lès Etats- Unis serait d'ailleurs bien mal choisi. Il est, en effet, permis de croire que le tarif Dingley ne se maintiendra pas longtemps. Et, d'autre part, nous ne sommes pas en état d'imposer aux Etats-Unis des tarifs différentiels.

Que nous nous avisions par exemple de frapper d'un droit différentiel les blés américains. Immédiatement ces blés vont se diriger sur l'Angleterre, la Belgique, la France: nous recevrons alors une quantité plus considérable de blés hongrois, roumains^ russes, argentins. Mais le prix sur le marché intérieur ne changera guère : on l'a bien vu dans la guerre douanière entre l'Allemagne et la Russie. Le blé russe est arrivé par voie de mer sur les places d'Anvers, de Londres, Paris.

En tout cas, à supposer que nos agriculteurs des provinces du Nord et de l'Est puissent retirer quelque pro-

(1) Les Allemands paraissent de plus en plus inquiets du développement que prennent les trusts américains. Au 1er janvier 1899, il y avait 355 trustsavec un capital nominal de 5.832 millions de dollars ; au mois de mai on a publié un supplément à cette liste qui nous apprend que 18 trusts étaient en voie de formation avec un capital nominal de 1.312 millions de dollars. La concentration des capitaux provoqués par ces trusts correspond à une somme de 35 milliards et demi de francs, qui représentent le capital nominal de ces associations inquiétantes, qui dirigent aujourd'hui la production de la plupart des articles fabriqués aux États-Unis.

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fil d'une guRrre avec l'Amérique, il n'en serait pas de même pour ceux du Centre et du Sud : dans ces contrées le nomlire des acheteurs l'emporte de beaucoup sur celui des vendeurs.

C'est surtout dans nos pays de petite propriété qu'on voit combien les intérêts de l'agriculture sont liés à ceux de l'industrie. Il y a des milliers de petits cultivateurs qui ont le plus grand intérêt à pouvoir, à côté de leur culture, gagner quelque chose dans l'industrie. C'est grâce àla prospérité de nos fabriquesque beaucoup de nos petits paysans de l'Allemagne du Sud sont dans un bien être relatif; ce sont d'ailleurs les fabriques qui assurent un débouché aux produits agricoles, qui permettent aux enfants et jeunes gens d'ajouter à leur travail agricole un gain supplémentaire. La réduction des salaires pendant la guerre douanière avec la Russie (1890-93), fut bien plus durement sentie en Allemagne que la diminution du prix des céréales.

Il ne sert à rien de donner aux agriculteurs d'une main ce qu'on leur reprend de l'autre. Que notre gouvernement évite donc tout ce qui contribuerait à élever encore les barrières, qu'il s'efforce plutôt de les abaisser. Qu'il prenne garde de s'engager sur une pente oîi on ne sait plus s'arrêter. Une guerre douanière amènerait nécessairement en Allemagne le déchaînement des pires instincts. Il y a tant de matière inflammable d'un côlé comme de l'autre! Ce serait une conflagration universelle! Ceux-mêmes qui par principe sont partisans de certaines mesures de protection doivent combattre des exagérations qui provoqueraient infailliblement une réaction déplorable.

L'étude même de ce qui se passe aux États-Unis montre à quels dangers on s'expose. Le cours naturel des prix est aujourd'hui altéré par le développement des

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Rings. Le prix des choses nécessaires à la vie augmente. Maîtres du marché, cessyndicats s'arrangent pour vendre bon marché à l'étranger et se soutiennent au détriment des Américains eux-mêmes en maintenant des prix de vente élevés sur le marché intérieur.

Les trusts, les rings, les monopoles pèsent lourdement sur toute la vie économique des États-Unis (i).

Imposer les produits étrangers de 39 à 54 0/0 en moyenne, c'est se rendre incapable d'entretenir pour longtemps une industrie capable de lutter dans de bonnes conditions sur le marché du monde.

Une forte exportation sans importation corrélative cela présage une rupture d'équilibre pour l'avenir. Ne nous inquiétons pas, nous finirons par organiser notre production conformément aux nouveaux rapports du marché. Exportation et importation sont des facteurs corrélatifs dans la vie économique des peuples. L'augmentation des exportations doit nécessairement entraîner comme contrepartie, l'importation de certaines marchandises. Ce sera toujours la grande loi de l'échange qui réglera les rapports entre nations.

C'est en vain que nos agrariens fanatiques déclarent que l'isolement économique de l'Allemagne est un devoir qui s'impose. C'est au contraire par le développement croissant de nos relations avec l'étranger que notre vie politique et économique a grandi.

L'isolement! mais ce serait pour nous une diminution de notre énergie vitale, de notre capacité de soutenir la concurrence vis-à-vis des autres peuples. Nous ne pou-

(1) V. sur les Trusts, le livre de M. de Rousiers, Les industries monopolisées aux Étals-Unis, et la remarquable étude de Schaeffle, dans la Zeitschrift fur die gesammte Staatswissenschaft, 3^ fascicule 1898. Cf. les réflexions de H. Paasche, Kultur-und Heiseskizzen aus Nord-und Mitlel-Amerika (1894), p. 44.

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vons nous associer aux revendications des agrariens. La clientèle de l'étranger est pour nos industriels et nos comntierçants d'une importance capitale. Elle est pour nos ouvriers surtout la condition indispensable de leur nourriture et de leur vie (') ».

Les relations entre l'Allemagne et les Etats-Unis accusent depuis quelque temps une sérieuse amélioration. Dans l'année commerciale qui s'est terminée au 30 juin dernier le total des échanges entre les deux pays s'est élevé à 1.200.175.000 francs contre 1.121.685.000 dans l'année précédente. Jusqu'en 1897 le total des transactions n'avait jamais atteint un milliard (2). Mac Kinley dans son dernier message a mis en relief les relations amicales qui existent entre l'Allemagne et les États-Unis.

(1) Certaines mesures ayant 'été prises à l'égard des importations de viande et autres produits agricoles, un syndicat anglo-américain s'est formé pour amener le gouvernement des États-Unis à user de représailles. Des journaux de New- York ont déjà parlé de la création d'un comité de chimistes appelés à déterminer si les jouets d'enfants de provenance allemande ne devraient pas être prohibés comme dangereux, en raison des couleurs-employées qui contiendraient des substances toxiques. On a parlé aussi de soumettre les vins allesiauds à des analyses.

Les agrariens, de leur côlé, ne cessent de réclamer une protection plus efficace contre les produits américains. Le commerce hambourgeois (V. rapport de M. E. Cor, Moniteur officiel du commerce, 6 octobre i898, p. 417), se préoccupe de cette situation. On pense que si la double campagne du comité anglo-américain et des agrariens parvenait à faire naître une guerre de tarifs, l'Angleterre et la France seraient seules à en profiter au détriment de l'Allemagne.

(2) Les importations allemandes aux États-Unis ont augmenté en 1898 de 25.557.586 tonnes par rapport à 1897. Les exportations ont augmenté de 20.662.794 tonnes.

Le commerce des Étals-Unis avec l'Allemagne représente près de 15 0/0 du commerce extérieur total de la grande république américaine. Le commerce extérieur avec la Russie ne représente que 5,1 0/0.

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Et Tambassadeur d'Allemagne à Washington, le D'' Von Holieben était, il y a quelques semaines l'objet d'une véritable ovation à l'Université de Chicago. Le professeur Laughlin lui a dit en termes chaleureux, au nom des maîtres et des élèves, combien les Etats-Unis devaient à l'Allemagne, et combien les américains admiraient la civilisation germanique.

Un projet de tarif qui doit servir de base aux négociations ultérieures a été récemment élaboré. Il sera prochainement discuté. Déjà le Reichstag s'est occupé à plusieurs reprises cette année de questions douanières. La majorité des députés a paru disposée à donner au gouvernement les armes nécessaires pour user de représailles et défendre les intérêts allemands. On a proposé notamment d'introduire, en dehors des droits spécifiques, des droits ad valorem, afin que l'Allemagne puisse répondre aux chicanes des États-Unis (i). Une motion en ce sens a même été déposée par les conservateurs, le centre et quelques nationaux libéraux. Elle viendra en discussion cet hiver.

On comprend que les Allemands s'inquiètent fort de

(^1) Un député, que nous avons eu à deux reprises l'honneur d'entretenir à Hof (en Bavière), où ii possède de grandes fabriques, M. Miiiicli-Feber, a insisté cette année au Reiclistag sur les chicanes au moyen desquelles l'administration des douanes de New- York entrave l'importation allemande : ainsi il faut légaliser les factures, donner au consul américain dans la circonscription duquel se trouve la fabrique, les détails les plus précis sur le mode de fabrication, la qualité et la composition de la marchandise, le coût du tissage, de la teinture, de l'apprêt, les frais généraux; il faut y joindre trois échantillons, et c'est lorsque le consul a pris note de tout ce qui a de la valeur pour les industriels de son pays qu'il légalise la facture... Il semble qu'on veuille empêcher systématiquement l'entrée des produits qui peuvent être fabriqués aux États-Unis. Cf. Borgius, op. cit., p. 64, 73, 77.

l'importance que prend la vie industrielle en Amérique. L'année 1899, nous dit le dernier rapport de la Chambre de commerce française de New-York, a été exceptionnellement prospère. L'expansion des affaires se traduit par une augmentation de 36 0/0 sur 1898, qui avait déjà donné des résultats supérieurs aux années précédentes... L'Engineering and mining Journal évalue à 413.758.414 dollars la production totale des métaux (au lieu de 314. 255. 620 en 1898). La valeur des substances non métalliques est évaluée à 601.872.631 dollars (au lieu de 483.091.970 en 1898). Quant au charbon, la production en 1899 est supérieure à celle de n'importe quelle année précédente et dépasse considérablement celle de la Grande-Bretagne : c'est un fait de la plus haute importance... L'industrie du fer, qui est considérée comme le baromètre des affaires, est éminemment satisfaisante. Les autres industries n'ont pas marché de pair, mais elles ont pris pour la plupart une extension marquée, spécialement celle des indiennes. Les salaires des ouvriers qui avaient été augmentés de 12 1/2 0/0 en avril dernier, l'ont été de nouveau de 10 0/0 à la fin de l'année. L'extrême activité de l'industrie a déterminé la formation de compagnies industrielles en quantités innombrables el avec des capitaux fantastiques (d'après les annonces au moins). Il y a eu par suite beaucoup de spéculations et de troubles financiers; le marché s'est; aussi ressenti des événements politiques. Les syndicats semblent bien dangereux et sont si généralement considérés comme tels que l'une après l'autre toutes les législatures d'État font des lois pour les interdire ou tenter de les réglementer (l).

(1) L'un des derniers rapports de la chambre de commerce d'Anvers renferme d'intéressantes statistiques sur le commerce du monde en ,

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A supposer même que les craintes que fait naître le développement des Etats-Unis soient un peu exagérées, il n'est pas douteux que le commerce de la vieille Europe avec l'Amérique ne traverse en ce moment une crise. « L'un des traits marquant de l'évolution actuelle, dit M. Marcel Dubois (i), est l'accroissement du nombre de concurrents coïncidant avec la restriction de la quantité même et de la valeur des échanges. Le fait le plus notable à cet égard est le prodigieux gain de l'Empire d'Allemagne, sur des marchés réservés avant 1870 à la Grande-Bretagne et à la France. C'est en quoi l'unité allemande pèse lourdement sur d'autres que le peuple au détriment duquel elle a été faite. Ceux qui s'en sont réjouis comme d'un événement providentiel ne sont pas plus épargnés. On peut en juger par l'âpreté de la concurrence commerciale que se font, parmi ce qui reste d'acheteurs américains, la Grande-Bretagne et l'Allemagne. La Grande-Bretagne, prêchera en vain à ses

1897. Le chiffre total esfévalué à 93 milliards de francs : 49 milliards, 7 représentant la valeur des importations et 45 milliards, 3 celle des exportations. Ces chiffres se répartissent de la manière suivante entre les cinq parties du monde :

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